Category Archives: Chroucroutages (peinture)

L’office des égarements initiatiques

J’ai ouvert une agence de voyages bien centrée dans ma tête

Elle me déclare en partance sans fixer d’escales ni de destinations

Et me recommande de n’emporter nul autre bagage que ma musette.

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Je n’ai pas acheté de tickets à l’avance et n’ai que faire de réservations

Pas même d’horaires à respecter en explorant les curiosités de ma planète

Je n’ai jamais à attendre un départ ni besoin de monter toute une expédition.

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J’ai inauguré un office du tourisme au milieu de mon monde imaginaire

Il m’embarque dans des échappées et m’organise de nombreuses excursions

Et me conseille d’aller sans craintes fureter au-delà de mon petit univers.

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Pas de billet retour en poche et aucun agenda dans mon balluchon

Pas même d’itinéraire à suivre et libre d’adapter ma vitesse de croisière

Paré pour m’égarer souvent, même si ce n’est jamais loin de ma maison.

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J’ai installé un atelier à rêves dans les combles de mon carafon rudimentaire

On y élabore des recettes épanouissantes, y travaille des sensations d’évasion

Et on y prescrit des abus de fantaisie et de légèreté, pour pimenter l’ordinaire

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Le quartier général

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Vol au-dessus d’un coucou suisse

Jamais je n’aurais imaginé un jour dessiner/peindre quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un coucou suisse !

Ce délire-là est parti de l’une de mes séries de notes. En particulier de cette phrase composée d’un proverbe bien connu et de mon petit grain de folie additionnel :

Plus on est de fous, plus on rit, le soir dans le grand dortoir !

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Je m’intéresse à ce qui touche à l’urbex (L’exploration urbaine). J’apprécie particulièrement les documentaires et les photographies d’endroits, d’installations et de bâtiments désaffectés et abandonnés. Je pratiquais volontiers l’exploration de maisons et d’usines désertées quand j’étais gosse. Il y avait même un bâtiment presque en ruine et inhabité de cinq ou six étages juste à côté de chez moi. Je crois me souvenir que le propriétaire en avait hérité, mais ne disposait pas des moyens nécessaires pour l’entretenir et le rénover. A cette époque-là, on ne vivait pas encore dans cette société ultra-sécurisée et hyper-rentabilisée. Les lieux délaissés ne manquaient pas, même au village. Et trainait toujours sur place, quantité d’objets divers et variés, comme si les occupants avaient du partir précipitamment ou n’avaient pas eu les moyens de financer une déménageuse. Je me créais moi-même mes frissons, mes scénarios et mes films d’épouvante en me faufilant dans des greniers et des caves sombres. Souvent sans même me rassurer d’une lampe de poche. La règle était de ne jamais rien vandaliser : Pour que d’autres, puissent eux aussi ressentir l’impression grisante d’être les premiers à investir les lieux, depuis au moins… des décennies. Je me suis réellement construit durant l’enfance avec ce type d’exploration. Parce que le train-fantôme de la fête foraine une fois l’an, c’était insuffisant, trop concentré, trop guidé et manquait de réalisme !

L’illustration du coucou ? C’est parce que je suis tombé sur la photo en noir et blanc d’un grand dortoir d’hôpital psychiatrique. Deux rangées de lits vides et bien alignés mais que j’ai animés d’une ambiance imaginaire : Je me suis dit qu’on devait y passer des nuits de folie ! Qu’à l’heure du couvre-feu, on y passait du côté obscur de la camisole de force ! Qu’on y chuchotait des petites phrases électrochoc pour faire rire les autres pensionnaires de la chambrée ! Et qu’on devait certainement y voler au-dessus d’un nid de coucou…

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Le menu du jour de fermeture

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En ce moment par ici du moins, tous les restaurants sont fermés pour cause d’épidémie et ce, déjà depuis belle lurette maintenant…

C’est une période oppressante et étrange. Comme le sont cette petite mise en scène, cet échange verbal et la curieuse ambiance qui assaisonne cet article.

  • C’est certain, je réserverai encore une table ici et sans attendre la fin du monde !
  • Et alors, quand allez-vous vous l’offrir ce fameux dîner aux chandelles ?
  • Garçon ? C’était délicieux ! Remerciez le chef et toute sa brigade en cuisine !
  • S’il vous plaît, apportez-moi encore un espresso et l’addition !
  • Bonne continuation !

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Je crains fort qu’aujourd’hui, j’étais en train de faire ma première petite déprime de cette période de confinement. C’est certainement le trop-plein de nouvelles inquiétantes qui avait été atteint. Alors j’ai improvisé un petit resto virtuel en compagnie d’un ami imaginaire immunisé par nature. Un invité qui aime jouer avec les mots, se montrer rassurant et à l’écoute. Nous avons partagé la simulation d’un agréable moment de proximité en dégustant un délicieux repas.

Reste ce dessin là en haut qui me laisse encore un peu sur ma faim. Je ne le trouve pas assez à mon goût dans cette recette. Je vais devoir en faire une nouvelle mouture qui m’apporte plus de satisfaction…

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Et voilà, ce dessin là, me semble moins expérimental et plus festif que le premier !

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Un effet de style hypnotisant

Dans ma série de dessins expérimentaux que j’appelle volontiers “nul en cheveux” et dont la plupart n’ont pour seul but que de chercher à progresser, voici un exemple où une large part de hasard a fini par coiffer la très séduisante modèle d’un effet visuel assez hypnotisant.

Je n’ai pas insisté sur des finitions. ( Le rendu de l’original au format A4 est meilleur que celui réduit de ce scan ) Et puis, si vous vous laissez vous aussi un peu hypnotiser par cette charmante créature, vous ne devriez, en principe, plus être en mesure de déceler le moindre défaut… 😉

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Mon petit musée (5)

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On dirait bien qu’à l’âge de 7 ans, il y avait déjà de l’inspiration au bout du pinceau ! Depuis tout gamin, j’entretenais une forme particulière d’obsession pour tout ce qui touchait à la peinture.

D’après cette photo, on pourrait croire que je ne m’adonnais à l’exercice de cet art que très sagement dans la quiétude d’un atelier spacieux et propret. Détrompez-vous ! Je n’ai pas toujours peinturluré la vie en rose : J’ai également tenté de suivre la voie des artistes-peintre rebelles et torturés !

J’ai par exemple entièrement repeint mes mobylettes à plusieurs reprises. Et on ne pouvait pas dire que les résultats obtenus étaient conformes à mes objectifs ! J’ai vite découvert qu’en matière de peinture, on ne peut plus revenir en arrière. Au pire, on en rajoute une couche. On recouvre une débâcle en tentant de faire mieux. Beaucoup plus tard, j’ai improvisé une peinture complète sur ma première voiture. La couleur choisie était celle de la marque au canasson cabré. La bagnole en question était très ancienne et rouillée comme un vielle passoire. Elle n’était pas dommage pour subir une expérience de ce type. Bien sûr, erreur de débutant oblige, j’ai repeint tout l’intérieur de mon garage en rouge vif et en rose en même temps que je recouvrais la tôle de mon vieux carrosse d’occasion d’une robe flamboyante. Je me rappelle qu’il y avait quand même une petite surface totalement exempte de grain ou de coulée. Une superficie de quelques centimètres carré qu’on aurait pu qualifier de travail de pro. Au moins la nuit, ma caisse avait fière allure : Elle virait à un rouge-orangé assez spectaculaire ! C’est probablement cette expérience là qui m’avait conduit à abandonner la perspective de me lancer dans une profession touchant à la carrosserie automobile.

Plus tard, m’est venue l’idée saugrenue de vouloir peindre un visage féminin stylisé sur le capot de cette voiture. J’avais été profondément inspiré par un dessin que j’avais trouvé super cool. Mais par prudence, avant de massacrer encore plus le prestige de ma bagnole, je me suis livré à un essai préliminaire sur une planche en bois aggloméré. Résultat, une véritable catastrophe ! Le visage en question aurait fait battre en retraite une troupe des zombies les plus affamés. Si j’avais reproduit cette horreur sur mon capot, plus aucun moustique n’aurait pris le risque de venir s’écraser sur mon parebrise ! C’est suite à cette énième contre-performance, que j’ai enfin cessé d’insister de vouloir tout repeindre à tout va. C’est bien des années plus tard que j’ai retrouvé ce terrifiant essai pictural que j’avais planqué au fond des archives de la honte dans les combles. Et il me mettait toujours très mal à l’aise. Alors j’ai décidé de détruire ce chef d’œuvre maudit pour qu’il ne glace plus jamais personne d’effroi …

Même si je n’en suis pas très fier, je considère avoir été l’un des précurseurs du graffiti mural à la bombe de spray. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai barbouillé de noir, le rez-de chaussée d’une façade jaunâtre d’un immeuble de ma rue. Il s’agissait d’une réaction désespéramment monochrome à une profonde injustice que m’avait infligé la personne qui travaillait à cet endroit dans un domaine artistique intéressant. Probablement la première personne de ma jeune existence en qui j’avais confiance et qui s’est finalement révélé n’être qu’un sale connard profiteur. Mon geste vengeur était certes disproportionné, mais de la couleur de mes desseins à son encontre. A cette époque, “ça ne se faisait pas” encore de taguer les murs ou les trains. Et j’ai vite été copié, et souvent dépassé… Je suis récemment repassé en curieux devant cette maison. Elle a encore été repeinte et c’est très réussi. Mais pour moi, mes fameux “graffitis” de la révolte sont toujours là, incrustés dans la matière, quelque part cachés en dessous…

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Déni de faciès

Je me considère comme étant très “branché visage“. Je dispose d’un bon décodeur pour une lecture facile et immédiate des expressions faciales. Alors j’en arrive à préférer par plaisir les contacts avec des personnes qui possèdent un registre d’expressions faciales étendu parmi tous ceux que je parviens à lire.

Et les personnes qui n’affichent qu’un faciès paralysé, une binette soporifique, une tronche déplaisante, une bouille pétrifiée, une figure barbante, une gueule rasoir se transforment assez vite pour moi en l’une de ces silhouettes blanches sur fond grisâtre. Un peu dans le genre de celle que vous rencontrez là où vous n’avez pas encore téléchargé votre photo de profil.

Le problème c’est que cette manie de dévisager et de me focaliser sur des visages se manifeste également dans la plupart de mes dessins de personnages : Je pourrais me satisfaire de ne dessiner que des séries de portraits en buste et alimenter un trombinoscope géant.

Mais faisant cela, je me dispenserais d’explorer le vaste catalogue des postures corporelles ainsi que le grandiose inventaire des décors. C’est pour contourner cette habitude obsessive, qu’il faudrait aussi dessiner ou peindre des personnages dont on ne pourra que chercher à deviner les traits. Simplement chercher à se contredire pour voir où ça pourrait mener.

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Langage corporel

Expressions faciales, expressions corporelles

regard, sourire, grimace, partage, naturel, provocation,

attention, surprise, attitude, gestuelle, mouvements !

Ces petits quelque choses d’intéressant, de captivant, de différent…

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Hier elle était un rapide crayonné inspiré et motivé par le souvenir de ma perception d’une femme qui me fascine. Je m’étais l’espace de quelques instants senti plus clairvoyant en décryptant un échantillon de la magie que ses expressions corporelles pouvait exercer sur moi. C’est sous l’éclairage de cette séquence d’appréciations de chacun de ses mouvements qu’il m’était venu à l’idée de saisir mon crayon et de le laisser librement vagabonder. Et aujourd’hui, elle était devenue un dessin à l’encre de chine, avant que je la laisse se reposer quelques heures sur le papier. Pour mieux la retrouver animé par la curiosité d’un regard nouveau, baignée dans une autre lumière, plus intense et naturelle. Mais c’est là que ses nombreux défauts à mes yeux se sont révélés. Bien que je sache apprécier et laisser intactes ici ou là quelques erreurs ou de surprenantes déformations, ses formes étaient loin d’êtres toutes harmonieuses. Ses jambes tordues, irréalistes, mal proportionnées. Son visage inexpressif et terne. J’ai bien tenté de lui offrir quelques retouches pour la sauver, mais il ma paru évident qu’elle n’était en devenir, qu’une peinture ratée ! Il m’aurait fallu le courage de m’avouer découragé et tout recommencer. Alors elle s’est transformée en fichier graphique, plus facile à remanier. Ne serait-ce que pour ne pas jeter à la corbeille, le fruit et le souvenir de l’enthousiasme d’un enchantement.

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