Category Archives: Bavardages

Un tournée à haut-risque

-Dis, tu savais que j’ai failli devenir cascadeur ?

-Ben non ! T’étais un casse-cou toi ?

-Oui, c’était ancré dans ma nature profonde !

-Mais finalement, tu ne l’es pas devenu ?

-Disons que je ne n’ai pas pratiqué longtemps dans cette discipline. C’était parce qu’en même temps, j’étais aussi un casse-pieds !

-Tu veux dire que tu étais pointilleux ? Comme sur le respect des règles de sécurité par exemple ?

-Entre-autres, oui. On m’a vite reproché ma tendance à pétouiller avant d’aller au casse-pipe. Tu vois, c’est un domaine dans lequel, les risques sont calculés avec la plus grande précision. Et la mise en place aussi, elle doit en tous points correspondre à celle qui avait été définie en amont dans un cahier des charges détaillé.

-J’imagine ! C’est que ça reste extrêmement casse-gueule comme profession et que tu ne peux rien laisser au hasard !

-Je ne voudrais pas passer pour un casse-bonbon avec cette histoire, mais le mieux serait peut-être que je te raconte l’une de mes expériences concrètes…

-Tu peux y aller, j’ai tout mon temps !

-Un jour, j’avais pour mission d’effectuer un grand plongeon spectaculaire dans le bassin bouillonnant d’un torrent. Je devais m’élancer du haut d’une falaise abrupte. Alors, je m’étais préparé avec le plus soin pour assurer la réussite de cette performance. En gros, je n’allais pas aller au charbon pour un simple bond dans l’inconnu !

-Mais à la dernière minute, tu n’as pas pu te retenir de chipoter sur un détail ?

-Alors ça tu peux le dire ! Quand je suis arrivé sur les lieux de mon exploit, il n’y avait même pas de cascade ! A la place, il y avait juste une toute petite chute de merde… Bon, t’en reprends une ?

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Traçabilité Totale !

-Mais… On n’a pas de steak au menu aujourd’hui ???

-Hélas non. A la place, ce sera ce grand bol de tofu mariné !

-Oh je suis déçu : je me réjouissais de dévorer un bon steak !

-Hé bien, désolé ! Et si tu veux vraiment le savoir, au magasin, il y avait pénurie de steak mais profusion de tofu transgénique . Motif affiché : Mesure écologique !

-Quoi ? Parce que les steaks, ça rote et ça pète des tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ! C’est juste pour ça ?

-Non, dans ce cas précis, pour une fois ce n’était pas lié à de quelconques problèmes de gaz. Et si tu veux vraiment le savoir, avec notre fournisseur, on a jeté un rapide coup d’œil sur les données de traçabilité : Alors, les steaks qui à l’origine étaient destinés à garnir nos assiettes du jour sont morts prématurément le mois dernier dans d’atroces souffrances. Ils n’ont donc pas été conditionnés comme prévu, en barquette pour nous, mais en boîtes de pâté pour chats.

-Oh mais quelle tristesse… Et ça c’est juste parce que les chats ont plusieurs vies, et que c’était moins risqué pour le producteur de leur refiler nos steaks patraques ?

-Si tu veux vraiment le savoir, ton futur steak, il broutait comme prévu dans sa prairie et c’est par un malheureux concours de circonstances, qu’il a bouffé une canette de soda qu’un crétin avait jeté dans l’herbe. Et comme l’aluminium déchiqueté, c’est coupant, ça lui a infligé des dégâts internes qui lui ont été fatal…

-Argh mais c’est horrible ! Me voilà bien plus motivé pour le tofu ! Et pendant qu’on y est, dis moi, c’est quoi ce liquide suspect dans mon verre ? Il y avait aussi pénurie de boissons gazeuses au magasin ?

-Ça c’est du sirop de fleurs de sureau du jardin. Et si tu veux vraiment le savoir, d’après les données de traçabilité, la canette de soda que tu aurais sans doute préféré boire aujourd’hui était très étroitement liée à celle qui a atterri dans la panse de ton steak. Il était prévu qu’elle passe par le centre de recyclage, mais voilà, il y a eu ce malheureux imprévu qui a encore tout foutu par terre

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La bête de course

Mon chériiii ? As-tu pensé à aller faire les courses aujourd’hui ??

-Évidemment ma colombinette ! J’ai passé l’essentiel de mon après-midi à faire les 500 miles d’Indianapolis et les 24 Heures du Mans…

-Oui, mais non… Je veux dire… As-tu pensé (- et même éventuellement pas que – ) à t’occuper du ravitaillement ?

-Je confirme ! Mais après ces moults saisons de championnat, comment peux-tu encore douter de mon esprit d’équipe : Alors je résume pour toi: le premier Pit-Stop, c’était au 29ème tour et puis, changement des pneumatiques au 58ème , un coup de torchon anti-moustique sur la visière et puis après, à fond les papillons, dès la sortie des stands…

Halala ! Non mais non, Là moi je te parle de la nourriture et des boissons, tu sais… ces autres choses essentielles à notre survie, quoi !!!

-Mais je crois me souvenir ma colombinette, que c’est justement pour ça que tu as épousé THE BEST champion du monde du circuit, celui qui connait toutes les tactiques de course sur le bout de ses gants à cinq doigts:  Alors je résume pour toi : un centimètre de barre de céréales chocolatée tous les deux tours quand il n’y a pas de duel engagé et une petite lichette de boisson énergisante en synchronisation millimétrée avec le petit coup de gaz qui fait toute la différence à la sortie de la dernière chicane avant de pouvoir enfin aplatir le champignon dans le fond du châssis, pour assurer au plus grave, dans la longue ligne droite…

Dis-moi mon chéri, histoire de maintenir le régime moteur de ton ingénieure de course préférée en dehors des limites de la zone rouge, pour notre repas du soir, il ne nous resterait pas encore une dernière botte de paille au fond de ton écurie, avec éventuellement pour l’arroser, un petit fond de bidon d’huile pas trop dégueulasse ?

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Comme toujours, Je me décline toute responsabilité dans 
le cas où suite à la lecture de cet article, un divorce 
devait être déclaré dans une quelconque écurie du monde !

Un petit effort sur la ponctualité

-Permets-moi de te féliciter, parce j’ai constaté que tu es sur une très bonne série en ce moment. Je sais bien qu’on n’est pas des machines, mais j’ai noté que ça fait une semaine que tu es arrivé à l’heure chaque matin !!

Merci beaucoup chef ! J’apprécie le fait que ça ne soit pas passé inaperçu !

-Pour tout te dire, je n’étais pas loin d’avoir perdu tout espoir. Alors je salue tes efforts avec force de conviction !

Oh moi c’était pareil niveau espoirs. Mais la bonne nouvelle, c’est que je n’ai pas eu à fournir d’effort : je n’ai rien fait d’autre que d’accepter de participer à un projet pilote.

-Ah ? Quel genre de projet ? Une nouvelle boisson énergisante ? Un traitement hyper-vitaminé révolutionnaire ?

-Non, rien de tel : je teste un prototype d’exosquelette qui est aussi léger et invisible qu’il est efficace : Il se charge de compenser une partie des défauts humains. Par exemple avec lui, c’est terminé de trainer au lit au réveil… Un manque de motivation ponctuel ? L’exosquelette apporte son assistance. Une envie de flâner en chemin ? L’exosquelette s’occupe de presser le pas et d’optimiser les trajectoires. Une sensation de faiblesse physique avec intention de se déclarer hors service ? L’exosquelette bardé de capteurs analyse l’employabilité du porteur en temps réel et adapte les solutions de renfort nécessaires. De plus, ce système te permet d’assurer une productivité constante, même en cas de coup de mou, de défaut de concentration etc… Et comme tu l’as remarqué, il apporte également toute son expertise en terme de précision...

-Wouaw ! Mais je l’adore déjà cette technologie ! Et en plus, cet équipement ne génère aucun supplément de mauvais stress chez toi ???

-C’est bien cela… Dedans, je suis toujours le même que la semaine passée… Ah ! … Mais là je suis forcé de t’abandonner une petite heure : mon exo vient de m’informer qu’il fallait aller recharger nos batteries à la cafétéria… Il faut dire que ce matin, ça a été particulièrement dur pour lui...

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Quelques rounds d’observation

-Et alors… Vous en êtes où, avec cette histoire… Toujours en plein rounds d’observation ?

-Hééé oui ! Je crois qu’elle adore le suspense ! Dès le début, je le savais : Elle avait coché la case « ça doit venir de lui ». Comme ça, à vue de radar, je crois avoir compris qu’elle attendait de moi, que je lui exprime ma flamme en gigabytes, à la cantonade, sur le réseau social de mon choix.

-Et si tu n’a pas encore tombé le genou virtuel et tardé à dégainer ta meilleure plume à pixels, c’est parce que tu penches encore pour un supplément de rounds

-Non, ce n’est pas ça. Je préfère miser mes billes les plus transparentes sur une possible étincelle réciproque en terrain miné. Un peu comme dans ces face-à-faces vintage sans filtres ni interfaces.

-Et ensuite, tu as cherché à le lui faire comprendre et elle s’est empressée de te répondre le plus clairement du monde, qu’il lui manquait encore quelques rounds avant de se sentir plus encline à entrer en matière pour un duel sentimental à haut potentiel et en présentiel…

-Pas tout à fait ! Elle s’est montrée intéressée, elle-aussi, de passer à une évaluation en chair et en os… De son point de vue, le temps était venu de faire un premier pas l’un vers l’autre !

-Aaaah mais bonne nouvelle alors ! C’est vrai que ces rounds d’observation hein, ça va un moment

-Faut pas te réjouir trop vite, mon vieux : Elle m’a envoyé son drone. Et il me semble encore à l’heure où je te parle, que ça s’est très bien passé…

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Premier rendez-vous

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L’opération “Mozerboard”

-Docteur, vous avez vu ? On a un problème !! Voyez, ici et là...

-En effet, j’ai vu ça ! Même si en 30 ans de bloc opératoire, je n’avais encore jamais vu ça ! Passez-moi le micro-tournevis cruciforme

-Voici votre outil. On n’a pas trouvé de donneur à 100% compatible ? Sommes-nous encore en présence de l’un de ces cas d’obsolescence programmée ?

-Je ne pense pas. Ce patient-là avait un Pentium Core I7 à quadruple cœurs de 7ème génération du millésime 2017. Et ce modèle de circuit est introuvable sur le marché, même dans les brocantes d’organes. Mais il fallait tenter l’impossible, alors on s’est rabattu sur un Core I3, très proche d’un point de vue mécanique. Il fallait tenter de sauver ce qui avait une chance de l’être. Passez-moi la pince à long bec à 45 degrés

-Tenez là voilà. Est-ce que je peux couper le circuit d’alimentation auxiliaire ?

-Oui, coupez tout, avant que le module de rechange implanté ne se mette à surchauffer. On va au plus vite devoir chercher un autre donneur compatible, qui nous fournirait un ventilateur adapté. Passez-moi le tube de pâte thermoconductrice

-Et voilà. Et maintenant, qu’allons-nous faire du patient ? Est-ce qu’on informe ses proches que nous avons été confrontés à des complications ou alors est ce qu’on les prévient qu’ils doivent commencer à envisager d’acheter du neuf ?

-On va maintenir le client en coma artificiel jusqu’à ce qu’éventuellement, on puisse trouver la pièce conforme. Et on informe les proches qu’on va tenter l’impossible et qu’ils ne doivent pas perdre tout espoir. Passez-moi une petite boite, pour les vis…

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J’ai un fort penchant pour la réparation. C’est une manie chez moi qui peut friser l’acharnement thérapeutique. Techniquement tout est toujours d’abord potentiellement réparable, comme “dans le bon vieux temps”. Et je peux faire preuve d’une obstination déraisonnable à vouloir dépanner des objets qui dysfonctionnent. Je pense que les batailles d’ordre technique, libèrent chez moi un niveau de dopamine comparable à celui qui anime ceux qui ont une forte addiction au jeu. Et je ressens une certaine jubilation, lorsque je suis parvenu à prolonger la durée de vie “de mon patient”. Et ce, que ce soit avec ou sans avoir eu à recours à de l’aide extérieure.

J’ai baptisé cette habitude pathologique le syndrome de MacGyver. C’est inspiré de la série originale du même nom. C’était un type futé et ingénieux qui bricolait de petits miracles avec les moyens du bord, comme par exemple un cure-dents, deux boulons et un élastique de pot de confiture..

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Le client régulier

-…

-Alors, qu’est-ce que vous sers aujourd’hui, cher Monsieur ?

-Mmm.. Je vais prendre le plat du jour d’hier avec le potage en entrée.

-Mais voilà un très bon choix, cher Monsieur ! C’était un franc succès ! De nombreux clients l’ont commandé hier déjà, ce qui fait qu’aujourd’hui, il est malheureusement épuisé… Mais à la place, je peux vous conseiller le plat du jour d’aujourd’hui, qui je vous l’assure, est tout aussi délicieux ! Mais je vous conseille de vous décider rapidement, parce que je devine que demain, il n’y en aura déjà plus !

-Ah quel dommage, j’étais venu avec l’idée de me régaler de celui d’hier. C’est qu’hier, je n’avais que peu d’appétit et m’étais contenté d’une petite salade de saison. Mais en repartant, tout au fond de moi, je sentais bien que j’étais un peu resté sur ma faim… Et c’est tout bien réfléchi qu’aujourd’hui, j’ai réservé cette table pour rattraper le coup…

-Je comprends fort bien, cher Monsieur. Et j’éprouve parfois moi-aussi, quelque difficulté à vivre au jour le jour…. Peut-être préférerez-vous porter votre choix sur un mets à la carte ? Et si je puis me permettre en passant de vous conseiller de jeter un petit coup d’œil sur les spécialités du mois… Vous verrez que le chef a mis les petits plats dans les grands

-Bon. Je vais étudier ça… Mais rassurez-moi, vous n’allez pas m’apprendre qu’en ce moment, vous ne faites plus non plus la spécialité d’avril dernier ?

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Une Hotline de rêve

-Allo la Hotline ? … Oui bonjour ! … Je vous appelle pour une réclamation !

-Bonjour à vous aussi, cher client ! Je vous écoute !

-J’ai constaté ces dernières nuits que les rêves que vous me fournissez ont beaucoup perdus en piquant et en qualité. J’irais même jusqu’à prétendre que dans leur globalité, ils ne correspondent plus aux conditions définies dans notre contrat !

Mais où sont passés ces splendides décors en extérieur ? Où sont ces spectaculaires délires architecturaux ? Qu’est il advenu de mon catalogue de pouvoirs spéciaux ! Que sont devenues ces incroyables histoires à dormir debout ? Mais qu’a t’il bien pu arriver de fâcheux à vos scénaristes ???

Pouvez-vous me décrire-plus en détail le genre de problèmes que vous avez rencontrés, cher client ?

-Alors prenons la nuit dernière, par exemple : Je me suis retrouvé seul, confiné dans une grande baraque à courants d’air à moitié en ruine. Les couloirs étaient tous sinistres. Quant aux pièces, elles étaient tout sauf accueillantes et l’ensemble manquait désespérément de style. Déjà là comprenez-vous, je m’attendais à au moins un minimum de confort de base et à la présence d’une, ne serait-ce que modeste, sensation de bien-être.  De plus, l’électricité avait été coupée et le chauffage était en rade. Et dehors la tempête de neige redoublait d’intensité…

J’ai entrepris de faire un feu de cheminée pour nous réchauffer, cette ambiance morose et moi. Pour ce faire, j’ai sacrifié l’une des rares pièces de mobilier en bois qui avait été abandonnée sur place. C’est là que j’ai accidentellement un peu maladroitement aussi bouté le feu au parquet. Pris de panique, j’ai cherché à rêver d’un extincteur, mais sans succès ! Par contre j’ai fini par trouver un appareil téléphonique. Un accessoire qui celui-ci, avait été inclus dans mon inventaire. J’avais l’intention d’alerter les pompiers, mais il n’y avait pas de tonalité ! La ligne avait elle-aussi été coupée !

A peine une dizaine de secondes plus tard, c’était déjà un brasier ! C’est certainement du à ces panneaux de décor légers; ils sont réputés vite partir en fumée… A court de solutions pouvant me permettre de circonscrire l’incendie, je me suis mis à l’abri et ai déclenché la procédure d’interruption d’urgence du rêve ! … Vous mesurez certainement l’ampleur du traumatisme subi ! Comment pensez-vous que dans ces conditions, je pourrai encore trouver le sommeil ?

-Je compatis cher client ! Vous avez dû vivre un vrai cauchemar et nous en sommes navrés ! Je peux vous promettre que c’est en priorité que nous allons intervenir sur votre dossier …

-Je vous en remercie d’avance ! J’en profite pour vous livrer mon sentiment que ce n’était encore qu’un rêve à budget limité ! J’ai la nette impression que dernièrement, votre société a commencé à rogner sur ses prestations. Alors que je me rappelle avoir signé pour un abonnement à du contenu de moyen à haut de gamme. Je dois vous avertir que dans le cas où ce genre de désagrément devait se reproduire trop souvent, j’envisagerai sérieusement de changer d’opérateur !

-J’ai compris le message, cher client. Et je m’occupe de transmettre vos reproches aux différents départements y compris à la production. Mais je dois aussi vous informer qu’il n’existe pas d’autre opérateur que nous sur ce marché et que de plus, vous êtes l’unique client de cette Hotline. J’espère ne pas vous avoir réveillé en sursaut avec cette révélation…

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Un peu comme une intervention divine

-Chef ! On a une alerte !

-Et voilà ! juste avant la pause !!! Pffff ! Et c’est où ?

-Sur la planète Terre !

-Encore ??? Non mais sérieux ??? Ils abusent là-bas !

-On fait quoi ? On envoie d’urgence une équipe sur place ?

-Holà tout doux ! Vous avez déjà vu dans quel état ils reviennent ? Il faudrait aussi qu’on pense un peu à ménager nos effectifs. Vous avez essayé de régler cette affaire au travers de la télémaintenance ?

-Oui on y a pensé, mais l’origine de l’alerte est humaine ! Et ce canal ne fonctionne jamais vraiment très bien avec eux. Trop de lignes… c’est compliqué…

-Ho-làlaaa !!! Mais ce boulot va finir par me rendre chèvre !!!

-Attendez que je vérifie… Non non… Tout est au vert pour les chèvres : Aucune alerte. Et je confirme, c’est bien les humains !

-Mais c’est toujours les humains nom de Dieu ! Laissez-moi réfléchir… Vous leur avez déjà conseillé de bricoler une solution temporaire sur place ? Avec les moyens du bord, ils ont de quoi faire là-bas, il me semble…

-Bien sûr ! Ils ont répondu qu’ils ont déjà tout essayé mais sans succès.

-Et si pour changer on n’intervenait pas ! Si pour une fois, on laissait juste pisser le mouton ?

-Je vérifie… Oui c’est ok. Pour les moutons tout est au vert aussi …

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Des carottes plein la prairie

-…

-Tu vis une relation stable et durable en ce moment ?

-Oui, mais elle est virtuelle. On tchatte presque quotidiennement et depuis de nombreux mois…

-Et ça n’a encore jamais abouti au moindre rendez-vous en tête-à-tête dans le monde réel ?

-Ma foi non. Mais c’est le principe de base de notre site de non-rencontres animalier : le réseau intermédiaire qui nous permet de communiquer…

-Animalier ???

-Tu ne connais pas encore ? Je t’explique : moi je suis un bison et elle, c’est une gazelle. Et c’est vraiment chouette : on échange comme des bêtes dès les premières heures où tous les chats sont gris et ça peut se prolonger jusqu’au chant des oiseaux. Parfois il nous arrive même de compter les moutons ensemble… Crois-moi, depuis que nous avons établi ce contact privilégié, je me sens comme un poisson dans une piscine olympique…

-Et tout ça, sans jamais avoir été tenté de faire une entorse à ce fameux règlement ?

-Hé si ! Il nous est déjà arrivé de craquer et de vouloir aller plus loin. D’ailleurs, notre score officiel actuel sur le site est de trois lapins à un, en sa faveur.

-Aaah là tu me rassure. C’est comme le grand retour du printemps, hein… impossible de résister aux sollicitations de mère nature, n’est-ce pas ?

-Tu sais, dans cette histoire, nous sommes deux adultes qui ne perdons jamais de vue qu’en tant que gazelle et bison, bien que nous soyons tout à fait sur la même longueur d’onde et nous sentons complémentaires, ça ne pourrait pas coller… Tu vois, d’un point de vue physique, on ne joue pas dans la même ligue. Et puis heureusement, lorsque l’un de nous perd la tête, c’est l’autre qui maîtrise les chevaux d’une éventuelle débauche de passion. Tu comprends, je ne suis pas l’un de ces kangourous prêts à sauter sur tout ce qui bouge. Alors pour concrétiser un éventuel rapprochement, ce n’est dans la poche quoi…

-Mais dans ce cas, à quoi bon poursuivre cette relation incomplète ? A la place, tu pourrais par exemple concentrer tes efforts sur une dulcinée au pedigree compatible ? Ou alors même s’il le fallait… courir deux lièvres à la fois ?

-Oh tu sais, je crois que suis fait comme un rat ; parce que je me suis fait prendre au jeu. Tu peux certainement imaginer à quel point un bison, ça ne rentre pas volontiers bredouille après avoir fait le pied de grue dans la prairie à l’occasion d’un rencart manqué. Sinon, j’aurais plutôt opté pour pigeon ! Et une raison de plus pour poursuivre cette liaison, c’est que je compte bien lui poser les deux prochains lapins. Au moins pour essayer de recoller au score…

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T’es en retard, en retard…

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En flagrant délire

-Et ton épouse, elle se porte bien elle-aussi ?

-Oui, aux dernières nouvelles du moins. Mais peut-être n’as tu pas encore eu vent de la nouvelle : Nous avons divorcé !

-Mais non ?! Tu m’en vois sincèrement désolé ! Mais que s’est-il passé ? Si ce n’est pas chose trop indiscrète de te le demander …

-J’ai tout d’abord constaté qu’elle était à l’origine de nombreuses dépenses inhabituelles. Et ensuite, j’ai trouvé très louche que pour aller faire du shopping en ville, elle ne se serve plus que du SUV familial plutôt que de sa citadine compacte. Et elle se faisait coquette, en plus. Peu à peu, ses sorties hors du domicile ont commencé à se multiplier et à se prolonger. Alors pour découvrir le pot aux roses, j’ai engagé un détective privé pour qu’il se charge discrètement de la prendre en filature

-Aïe mon pauvre ! Tu suspectais donc une aventure extraconjugale ?

-Affirmatif ! Mais ce que je comprends mal au final, c’est que son soupirant là, ce n’était ni un bad boy irrésistible et fauché, ni un bellâtre charmeur et sans-le-sou. Et pourtant, elle l’avait déjà quasiment recouvert de pièces d’or, ce larron opportuniste  !!!

-Mais as-tu tenté d’en discuter avec elle ? De la retenir ? De la reconquérir ?

-J’ai absolument tout tenté, cher ami ! Arguments en béton et photos compromettantes à l’appui ! Mais hélas, ce ne furent que démarches sans succès : l’asticot s’était déjà installé dans la pomme !

-Tu veux dire que ton détective était parvenu à les surprendre en flagrant délit ?

-Oh que oui ! Et à pas moins de cinquante reprises. Et tiens toi bien, c’était un peu comme si elle avait cherché à me pourfendre le cœur, mais ces rapports tactiles et tarifés, c’était avec un parcmètre qu’elle les partageait ! Et toi aussi tu le sais bien, à quel point je les déteste, ces saletés qui par les temps qui courent, poussent comme des champignons un peu partout…

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Célibatman

Extrait d’une conversation téléphonique qui a eu lieu dans la Célibatcave

Notez qu’on “n’entend” pas le son de la voix de l’interlocuteur à l’autre bout du fil, ici représenté par un -…/.

-…/.

-Ouiii je vais bien merci et toi ?

-…/.

-Nooon, toujours célibataire ! Oooh tu comprends, maintenant que j’ai épongé toutes mes peines de cœur, j’aurais tendance à éviter de replonger la tête la première…

-…/.

-Nooon je ne me suis pas encore inscrit sur une appli de rencontres… Tu sais, j’ai encore du mal avec cette idée dans ce domaine-là, de passer des commandes en ligne.

-…/.

-Nooon rien de concret en vue dans la vraie vie non plus… Rien n’a changé : je suis toujours aussi transparent aux yeux de celles qui me tapent dans l’œil… Et ne me demande pas pourquoi, mais généralement celles qui me voient aussi sont soit déjà en couple, soit polyamoureuses, soit pansexuelles, soit d’une autre communauté particulière qui n’est même pas encore inscrite sur ma boussole.

-…/.

-Ooooh tu sais, mon palpitant s’est toujours enflammé un peu vite et je préférerais ne plus avoir à sauter en catastrophe sur l’extincteur … Et puis depuis que je me suis fait implanter un modèle en pierre, tu n’y mets plus le feu avec une simple étincelle ! Ce modèle-là, déjà pour le faire monter en température, c’est au minimum au flambeau qu’il faut s’y attaquer…

-…/.

-Mais nooon ! Ce n’est pas à ce point. J’avais récemment eu un immense béguin pour une créature de rêve au cœur d’or. Une véritable princesse à courtiser avec passion et assiduité. Mais tu me connais : moi et le protocole, ça fait vite deux ! Et comme je souhaitais moi-aussi faire valoir mes modestes revendications, on s’est un peu marché sur les pieds pendant la danse nuptiale … Et puis le temps a passé et aux dernières nouvelles, elle est en couple avec une fille. Alors j’ai classé l’affaire. Mais j’ai quand même conservé son dossier à portée de mains, on ne sait jamais…

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Une rare photographie de Célibatman quand il est de sortie en soirée costumée pour protéger la veuve et éventuellement aussi l’orphelin, lorsqu’il y en a déjà un qui traine

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Retrouvailles qui vaillent

-Hé mais, ça faisait un sacré un bail

-Ho ben, dans les dix ans, je dirais…

-Et alors, depuis tout ce temps, tout va bien ? La famille, le boulot, la santé ?

-Je n’ai pas trop à me plaindre ! Ma femme s’est barrée avec un jeune et mes enfants ont tous quitté le nid. Et je suis “déjà” trop vieux pour espérer trouver un job stable, intéressant et régulier…

-Aïe ! Mais, reste la santé alors ? Ah mais attends, que je me souvienne : Tu entendais des voix il me semble ?

-Heum… Non, aucune idée où t’as vu ça : Je n’ai jamais entendu de voix ! C’était un problème de gestion du stress.

-Ah bon, j’ai cru que…

-Non non, vraiment ! Pas de voix… Mais à bien y réfléchir, ça aurait peut-être pu être sympa que Freddie Mercury vienne me chanter un « we are the champions » dans ma tête de temps en temps ! Mais et puis toi alors, tout va bien ?

-Moi c’est un peu pareil que toi. Mes gamins sont mariés et parents. Et je vis chez ma mère parce que je suis au chômage et qu’elle se sent seule, la pauvre…

-Houlà c’est rude ! Mais reste au moins la santé alors … Ah mais attends… tu n’avais pas des hallucinations toi ?

-Haha, mais non t’es con… Je n’ai jamais eu le moindre problème de vision. Quoique, j’ai évidement perdu quelques dioptries dans l’exercice. Mais pour l’instant, rien de trop préoccupant à ce qu’on m’a raconté…

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Consultation de crise

Alors, comme ça tu nous refais encore une de tes petites crises ?

-Hé bien oui, je le crains. Et le pire, ce n’est plus qu’une seule à la fois ! C’est d’autant plus inquiétant !!!

Tu veux dire qu’en ce moment, tu souffres simultanément de plusieurs crises en parallèle ? Ça c’est intéressant ! Mais alors laisse-moi deviner : 1) N’endurerais-tu pas une forme sévère de torture psychologique, basée sur un amalgame explosif composé de crise existentielle et de crise identitaire ?

-Pas du tout ! Les crises de ce genre, j’ai appris à les gérer sur le tas et avec le temps !

2) Bon, alors ne me dis pas que tu nous fais une crise de la quarantaine sur le tard. Un chaos psychique en partie du à une crise d’adolescence mal surmontée, causée entre-autres, par de trop fréquentes crises de jalousie très mal vécues durant ton enfance ?

-Non, non ! Là aussi, j’ai fini par assez bien maîtriser le sujet. Et j’ai pu classer sans suites tout ce qui relevait de ce type de troubles-là !

Alors … 3) C’est une crise de nerfs au bureau ! Parce qu’ils t’ont sucré toutes tes heures supplémentaires et ont liquidé ton solde de vacances ? Soi-disant, par solidarité dans cette lutte contre les effets de la crise économique subséquente à la crise sanitaire et blablabli et blablabla…

-Bien vu ! Mais c’est encore perdu ! Ce n’est toujours pas ça ! Dans ce domaine, je suis aguerri au combat. D’ailleurs, c’est aussi pour cette raison qu’à mon âge je ne trouve plus de poste stable. J’ai de la bouteille, mais suis un profil plus assez malléable. Je sais enfin dire “Non !”. Et les petites crises d’autorité des uns et des autres, elles me passent cent kilomètres au-dessus…

-Ah, alors ça ne sera pas facile de deviner ! Allez : 4) il s’agit d’une crise d’angoisse, parce que la question de la crise écologique qui te tenait très à cœur est passée au second plan. Elle s’est escamotée derrière la crise économique. Et parce que la morosité ambiante qui découle d’une crise de confiance mondiale, plombée par l’émergence de nouvelles tensions entre États et sérieusement aggravée par la crise sanitaire, s’est muée en crise politique internationale ?

-Hé ! Pas mal ! Mais toujours pas trouvé. Aujourd’hui je suis capable de contrôler, dès leur apparition, le déclenchement de crises d’angoisses qui auparavant pouvaient me conduire à des crises de panique ! C’est bien simple, je ne me rappelle même plus de ma dernière crise de colère ! Et je n’arrive plus à me remémorer une quelconque crise de folie, même passagère ! Avec les années, j’ai vraiment gagné en robustesse mentale et en capacité d’indifférence. Mais dit comme cela, je réalise que devrais probablement m’en inquiéter !

Mais alors, tu fais preuve d’une sacrément bonne gestion de crise. Alors en 5) Je suppose que tu n’es pas passé me consulter dans cette cellule de crise, pour que je te soulage d’une inquiétude quant à une éventuelle crise d’arythmie ou pour que je te rassure au sujet d’une crainte de l’imminence d’une crise cardiaque… En réalité, tu traverses une crise de placidité agrémentée ici et là de bouffées de bien-être. Ceci en éprouvant le réel danger de te voir un de ces jours submergé par une crise d’hystérie euphorique ?

-Ça y est ! Tu as tout deviné ! Bravo docteur, je te félicite !

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J'aime beaucoup imaginer et développer des dialogues
thérapeute-fada vs. patient-frappadingue.
Apparemment, il s'agit d'une fantaisie récurrente 
chez moi.
C'est en écrivant ce commentaire que j'ai pu en 
retracer l'origine profonde et le cheminement qui 
m'y a conduit. Je ne devrais donc même pas aller 
consulter pour décoder la source de cette petite  
manie :-)

Et voilà, fin de la (des) crise(s)

>.<