Category Archives: Enfantillages (gamineries)

Le cancre du cours de solfège

C’était moi, le cancre du cours scolaire de solfège. C’était même mon premier sentiment dévastateur d’incompétence. Elle sentait la symphonie de mauvaises notes, cette galère !

En comparaison, l’effort surhumain qu’il m’était recommandé de fournir en matière de discipline semblait à ma portée et résoudre à la main des divisions complexes (dans l’optique de me préparer à mieux régner) restait une performance tout-à-fait accessible à mon niveau.

Mais alors, décoder au premier coup d’œil le placement vertical des notes emberlificotées dans tous ces fils, était un véritable calvaire pour moi. J’avais alors du prendre conscience dans la douleur, qu’il devait manquer un module crucial dans mon unité centrale ou alors qu’il n’avait pas été réglé comme du papier à musique avant ma sortie d’usine. Et visiblement, j’étais le naufragé solitaire de la salle de musique, le seul qui ramait. Des camarades, par exemple, envisageaient une carrière de virtuose de l’accordéon, se voyant volontiers lire des partitions en pompant de l’air, et tant qu’à faire en même temps, en remuant encore une bonne dizaine de doigts.

Le temps a passé et je n’ai jamais insisté pour tenter, malgré les revers subis, d’assimiler cette matière-là. Mais je me dis parfois encore qu’au prix de quelques efforts supplémentaires, ou dans de meilleures dispositions, j’aurais peut-être fini par savoir lire et même écrire de la musique. Même si je pense que ça restera un mystère…

Parce qu’entre-temps, j’ai repéré d’autres dysfonctionnement qui selon moi, relèvent du même module…

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La semaine prochaine, je vous expliquerai pourquoi je déconseille de débuter une carrière d’artiste-peintre à l’école avec une boite de gouache et donc comment réduire le risque de passer complétement à côté pour atterrir sans grande passion dans la filière des experts en divisons complexes…

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Tu es vraiment à croquer !

Certains m’ont déjà demandé s’il m’était déjà arrivé en marge de mes délires courants de me livrer à des expérimentations sur le vivant. Ma réponse a été claire : Jamais ! (enfin presque)

Je m’étais chargé du développement de la partie électronique et du codage du logiciel embarqué d’un gros projet qui comportait une expérience sur des souris de laboratoire ! Mais le chef de projet, devant ma mine embarrassée en m’apprenant la nouvelle, m’avait certifié, que les rongeurs testeurs n’étaient pas sacrifiés au nom de la science et que, mis à part une inévitable poussée de stress, ils s’en tiraient sans mal à la fin.

Par contre, je le concède, il m’est arrivé de me consacrer à des expériences invasives en laboratoire sur des cornichons. Mes recherches portaient sur l’optimisation du croquant de mes sujets d’étude. J’ai donc par la force des choses été amené à torturer voire sacrifier quelques cucurbitacées, mais c’était pour la bonne cause. En dehors de cela, si ça peut rassurer certains, je ne ferais pas de mal à une mouche ni même à un petit pois innocent.

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Ma baby-sitter virtuelle

Je n’ai jamais eu de baby-sitter ! Un seul salaire suffisait généralement encore à couvrir un budget familial ce qui faisait que c’était ma maman qui était toujours de permanence pour veiller à ce que je respecte les termes et conditions de l’harmonie familiale et ne mette pas le feu au foyer.

Elle n’a jamais délégué son rôle de gardienne de petit monstre à une jeune fille ! Mais c’était peut-être dans l’esprit de ne pas dissuader une jouvencelle innocente d’un jour souhaiter en dompter d’autres à temps plein.

Une autre hypothèse qui expliquerait cette situation serait celle que ma mère avait compris qu’elle pouvait m’abandonner sans sentinelle au centre commercial, dans le rayon bandes-dessinées et pochettes de disques vinyle 33 tours. Ce secteur était si généreusement achalandé en articles fascinants, qu’il ne me serait même pas venu à l’idée de partir sans prévenir explorer le quartier des fruits et légumes ou de m’en aller multiplier des trajets en escalator.

Le deal convenu entre nous était que j’enrichissais mon univers culturel et visuel pendant qu’elle se chargeait, privée de mon assistance, de la tournée des étals dénués d’intérêt…

Mais en y réfléchissant bien, si je n’en ai jamais eu une, c’était peut-être tout simplement parce qu’il n’y avait pas de rayon baby-sitter dans ce grand magasin et que dans les environs, nous en visitions rarement d’autres…

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Le rayon baby-sitter

( Source web + quelques modifications )

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Ma figurine favorite du Monopoly vintage

J’ai retrouvé mon jeu de Monopoly vintage dans un carton d’archives.

Je ne m’attendais pas, depuis mon dernier passage dans le coin, à ce que ce secteur du pays se soit enrichi d’autant de nouvelles constructions ! Et surtout que les prix aient à ce point pu prendre l’ascenseur ! Rien qu’une simple nuit à l’Hôtel sur place, c’est déjà le coup de fusil !

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Ma figurine favorite du Monopoly de mon enfance était le cochon. Cet animal était probablement un symbole porteur de chance local à l’époque sachant que l’autre figurine dont je me souvienne était un petit ramoneur portant une échelle sur son dos. Mais la figurine porcine n’existe plus. Pas même dans ma bonne vieille boîte de jeu personnelle : Une réelle déception en ouvrant la boîte. Et je n’ai pas trouvé de photo souvenir nulle part sur la toile, pouvant attester de son existence historique ! D’où ce dessin inspiré de ce souvenir lointain et mis au goût du jour…

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P.S. : Ha ! Mystère élucidé ! Je viens de trouver ma réponse sur internet :

“Avoir eu de la chance se dit en allemand «Schwein gehabt», (avoir eu du cochon) “

( Je connaissais cette expression, mais n’avais jamais pu faire le lien avec la figurine )

La boîte de jeu de mon enfance était une version suisse-alémanique !

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L’attaque des clones présumés

Je poussais mon chariot en me dirigeant vers la soute de chargement de mon astronef dans le parking d’un centre commercial, quant un bambin installé dans le cockpit du caddie qui me précédait, m’a désigné en affichant un large sourire et en criant :

– Papaaa !!!

C’est sans vouloir le contredire, que je l’ai cordialement salué à mon tour d’un profond et caverneux :

– Hello… Luke ! 

Il faut dire que je portais mon masque respiratoire noir, mon long manteau d’hiver noir et mon couvre-chef noir. Ce qui n’était évidement pas d’une grande originalité sous les étoiles…

De toute manière, de mémoire de maître de l’univers, je ne m’étais jamais encore aventuré sur une orbite proche de celle de cette progéniture autoproclamée et toute évidence, ne m’étais jamais approché non plus du champ d’attraction de sa génitrice. Et puis cette descendance présumée comptait en tout et pour tout déjà trois têtes blondes fort remuantes. C’était carrément une trilogie ! Un escadron de triplés, visiblement prêt à venir foutre le boxon dans mes quartiers si ce n’est jusque dans les confins les plus reculés de l’Empire !

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Remuant le passé

Chose étonnante hier, c’est en remuant le passé entassé dans un carton d’archives, que j’ai retrouvé mon carnet de vaccination. S’agissant d’un thème brûlant en ce moment et puisqu’on me l’avait demandé le jour de ma première injection anti-covid-19, cette trouvaille inattendue a été l’occasion d’une petite réflexion…

Je constate que ce carnet est quand même assez bien rempli en fin de compte. A part celles qui me paraissent évidentes, je ne sais même pas exactement contre quelles maladies j’ai été protégé. Mais dans mes souvenirs, mon préféré était celui contre la poliomyélite, parce qu’il suffisait d’avaler le contenu d’un petit gobelet de liquide sans avoir à me soumettre au supplice de l’aiguille. Je me rappelle aussi qu’en ces temps-là, à mes yeux en tout cas, les bénéfices de la vaccination ne prêtaient pas tellement à discussions et qu’on s’y pliait avant tout pour le bien collectif.

Ceci me laisse l’impression que dans le passé, la population était particulièrement disciplinée et consciencieuse et que de nos jours, on dirait que tout ça, c’est un peu devenu le foutoir.

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Dans le même carton d’archives, il y avait également mes carnets de notes scolaires. En y jetant un coup d’œil curieux, j’y ai décodé des annotations manuscrites de mes profs que je n’avais encore jamais lues jusqu’ici.

Et là, c’est une autre impression qui m’a sauté à la figure :  Apparemment à l’école, c’était moi qui étais très indiscipliné et loin d’être consciencieux. C’était moi qui mettais le foutoir dans la classe. Alors qu’il me semblait comme ça en toute innocence que je n’avais été qu’un gamin lambda sans problèmes ou presque… En réalité, j’étais passé à deux doigts d’une prescription de Ritaline ou équivalent…

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Et sur le thème brûlant de la vaccination en ce qui me concerne, je préférerais ne pas voir apparaître un mutant encore plus dévastateur de ce virus. Une erreur de copie nettement plus virulente que l’original qui décimerait la moitié de la population mondiale en quelques semaines… Mais il est fort possible aussi, que je regarde bien trop de films d’épouvante et que ça biaise tout ou partie de mes capacités de jugement.

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Le variant classique
Le variant rock
Le variant punk
Le variant anglais

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Mon tout premier téléphone portable

C’était à l’occasion de fêtes de Noël que J’avais reçu mon tout mon premier téléphone portable. Il était temps car j’avais déjà deux ans d’âge révolus au compteur !

Au prime abord c’est vrai, j’avais l’air ravi de ce cadeau… Mais le modèle en question n’avait pas d’écran tactile, était dépourvu de caméras et était exempte d’interface sans fil Bluetooth !!! Pire, il fallait carrément une sacoche de bûcheron pour le trimballer sur le terrain. Et j’étais sensé retenir par cœur tous les numéros de mes futurs interlocuteurs !

Alors évidement, je n’avais pas attendu une seconde de plus pour tenter de contacter ma planète d’origine à l’aide de cette technologie primitive, faute de mieux. J’avais insisté pour qu’on m’envoie une soucoupe volante de sauvetage dans les plus brefs délais…

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Il y a un monstre sous mon lit

Évidement que je suis resté un grand enfant ! Même si en grandissant, j’ai complétement occulté certaines terreurs récurrentes de mes plus jeunes années !

Aujourd’hui par exemple, je n’ai plus la moindre pointe d’hésitation et ne ressens plus de pincée de frayeur avant de poser les pieds à terre en quittant les hauteurs réconfortantes de mon berceau !

Les chances qu’il existe une quelconque créature planquée sous mon lit, capable de patienter durant de nombreuses heures, que sa seule proie loin à la ronde ose enfin se risquer à découvert, sont tombées à zéro.

Mais tout ça, c’est surtout parce qu’avec les années, ma notion du temps a énormément évolué !

Et puis à cette lointaine époque, je redoutais une sorte de crocodile. Une créature physiquement assez plate et volontiers silencieuse et immobile pour se sentir éternellement à l’aise dans un espace aussi retreint en hauteur entre un grillage de ressorts grinçants et une descente de lit poussiéreuse.

Mais l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un cocodrille assez allergique aux eaux stagnantes pour préférer squatter mon parquet ciré, a également au fil du temps perdu en crédibilité dans mon jeune esprit. En général dans la nature, un prédateur digne de ce nom est doté sur mesure des meilleures évolutions facilitant les captures qui assureront sa survie. Et dans ce cas, la gueule horizontale du croco ne me semble plus vraiment être le concept idéal pour se saisir d’une paire de chevilles bien verticales au saut du lit. Parce que ce lézard géant mal intentionné ne disposerait pas de l’espace nécessaire sous plafond pour l’ouvrir en grand ou pour pivoter sur son flanc pour adopter une position plus favorable à une attaque efficace de mollets…

Non ça y est, le croco sous le sommier, on me la fait plus. Mais tout ça, c’est aussi parce qu’avec le temps, mes facultés en vision spaciale tridimensionnelle et mes connaissances en cinématique ont considérablement évolué !

En fin de compte, ce serait bien mieux si le monstre sous le lit serait une sorte de serpent-limace ou de pieuvre extra-plate… Ah c’est bête, j’aurais du y penser plus tôt.

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Fleur bleue et outil de jardin

Si je me rappelle bien, la première fois que je suis tombé raide-dingue d’une attirante jouvencelle, je n’étais encore qu’âgé d’une dizaine d’années. C’était durant la saison d’hiver aux alentours des fêtes de fin d’année.

Suite au décès de son paternel, cette charmante demoiselle était devenue la domestique de sa belle-mère. A la maison, elle était maltraitée et contrainte de se charger des tâches ingrates.

En plus d’être belle comme le jour, elle était chaleureuse et espiègle, Mais aussi très en harmonie avec la nature environnante. Elle m’avait ensorcelé ! Jusque-là je ne m’étais encore guère laissé envoûter par les filles : Je me destinais à vivre une existence d’aventurier indomptable et sauvage !

J’avais par la suite gravé l’intensité de ce déchainement de sentiments dans mon recueil d’enthousiasmes de référence ! J’étais dès lors prévenu, qu’au cours de mes futures pérégrinations, je risquais fort de connaître d’autres bouleversements d’une magnitude comparable. Je me trouverais un jour ou l’autre incapable de rester de marbre et de poursuivre ma route solitaire.

Je n’avais eu la chance de revoir la pétillante créature qu’à la même période de l’année suivante. Et mon juvénile palpitant s’était à nouveau affolé : Je ressentais une passion dévorante et durable pour cette ravissante inspiratrice. C’est là que j’ai appris que l’amour pouvait durer très longtemps : Une année, ce n’était pas rien !

Ce n’est que dans une troisième phase que je me suis pris mon premier râteau. Par la force des choses, mon aveuglement langoureux s’était atténué. Alors que je n’avais d’yeux que pour elle, les siens n’avaient cessé de loucher en direction de ceux d’un fils à papa de la haute société. Et elle s’obstinait à vouloir aller s’embourgeoiser dans le château de cet énergumène.

Et voilà. C’était le résumé de ma première simulation de situation amoureuse. Heureusement pour me préserver un peu, elle était fragmentée en trois étapes distinctes.

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Se prendre un râteau – Expression – Modification d’une image de base trouvée sur internet

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Y a t’il un scaphandrier pour sauver Noël ?

Depuis quelques semaines déjà, le bruit court que le PèreNo 2020 serait un super-propagateur ! Cette année, il serait préférable de ne pas croire en lui et si ce n’est pas possible, il est alors recommandé d’aller se coucher tôt à une distance d’au moins 15 mètres de sa cheminée de salon, de son sapin et de sa chaussette. Et ceci, au minium une heure avant le début de sa tournée et après avoir bien aéré la pièce. Les couche-tard, les somnambules et les insomniaques doivent être informés qu’en cas de rencontre fortuite avec le PèreNo 2020, il sera impérativement équipé du scaphandre de protection officiel (voir photo ci-dessus). Et que si cela ne devait être le cas, il s’agirait vraisemblablement d’un imposteur, éventuellement animé d’intentions mercantiles ou suspectes et il serait alors plus que jamais impératif de respecter les mesures de distanciation sociale et celles des gestes barrière.

Pour rappel, l’année passée déjà, le pèreNO (le vrai) avait déjà pris toutes les dispositions nécessaires en vue de la future crise sanitaire pour assurer ses livraisons par drones, entre autres pour ne plus avoir en personne, à quitter son quartier général. (voir lien ci-dessous)

A bonne école !

J’ai été à l’école des imbéciles. Je m’étais majestueusement planté au test d’aptitudes pour être reçu à l’école des prodiges. Les experts m’avaient assuré qu’il ne fallait pas me sentir dévalorisé ni frustré : Qu’il y avait un avenir qui se dessinait pour moi aussi et que le monde des adultes comptait un grand nombre d’imbéciles parfaitement heureux. Je n’ai jamais pu devenir un premier de classe ni un élève modèle. Une relative timidité entravait quelque peu l’expression de ma nigauderie et bridait le développement de mon complexe de supériorité. Il m’a donc fallu rester de nombreuses fois en retenue après les cours pour travailler en particulier sur ce point. Pour rattraper un léger retard sur la norme, j’avais engagé un répétiteur à domicile chargé de m’aguerrir dans mes prédispositions à ne pas faire mes devoirs. Je m’étais aussi assuré les services d’un assistant personnel dans l’imitation de la signature de mes parents dans mon carnet hebdomadaire de mauvaises notes .

Jamais un seul de nos professeurs ne s’était fait porter pâle parce que soudainement tombé en dépression nerveuse. C’était parce que l’Instruction Publique avait renoncé à mettre toute la pression sur leurs épaules en leur fixant des objectifs inatteignables. Nos instituteurs étaient généralement assez rustres et déconneurs et nous laissaient libres d’être aussi studieux et attentifs que possible. Nous profitions quand même un peu de notre présence pour nous instruire, lorsque notre quota de zizanie quotidienne avait pu être semé aux quatre vents.

Nous étudiions assidument l’histoire de la connerie humaine. Une matière chargée d’inspirations pouvant faire référence dans l’exercice de nos futures balourdises. Nous apprenions tout de l’art de faire des mauvais calculs. Nous nous initiions à la pratique de la mauvaise foi. Nous imprégnions des mécanismes subtils de l’hypocrisie. Décortiquions avec soin chaque chapitre du guide spirituel à l’usage du ballot cabochard. Étendions notre savoir-faire entendre notre son de cloche à qui ne voudrait pas l’entendre.

Même pendant la récréation, nous ne perdions pas notre temps à ne pas nous comporter comme des imbéciles. Nous nous y mesurions dans des joutes stupides pour acquérir la maîtrise de mauvaises manières brutales et y affûtions nos habiletés à exercer un chantage sur les plus demeurés.

J’ai terminé ma scolarité obligatoire avec bon niveau d’instruction. Et il me restait encore toute une vie devant moi pour me perfectionner si je devais ambitionner de devenir un grand imbécile réputé et chevronné. La meilleure filière pour obtenir un diplôme postgrade était alors d’étendre et de de consolider en autodidacte le panel d’expériences de ma bêtise sur le terrain. L’Instruction Publique ayant fermé l’université des imbéciles faute d’inscriptions et de crédit, en faveur de la fondation d’une toute nouvelle école des crétins.

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A gauche : Le jeune SunOf pendant un cours de sciences. A droite : Son “cool backpack” trop stylé

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L’équerre de posture à 45 degrés du jeune SunOf

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Le train en provenance de Rome

J’ai récemment pu assembler quelques pièces de plus de mon puzzle historique !

Quand je n’étais encore pas plus haut que trois pommes, nous habitions en ville de Zürich chez mon grand-père maternel. Je ne sais pas si dans sa jeunesse il avait aussi fait partie des Waldstätten, mais en tout cas, on m’avait confirmé qu’il avait bel et bien été garde suisse au Vatican. J’aurais aimé assister à l’un de ses combats à la hallebarde, mais tout ça c’était avant ma naissance. J’étais surtout intrigué par leurs uniformes hauts en couleurs, conçus pour ne passer presque inaperçus, qu’à l’intérieur de ma grande caisse de briques Lego.

Je savais aussi que plus tard, il avait changé de voie et était revenu au pays pour devenir cheminot aux chemins de fer. J’ai pensé que c’était parce que tous les chemins de fer mènent à Rome et donc, permettent aussi un jour d’en revenir…

Un soir, pour des motifs que j’ignore, mon grand-père et moi nous sommes rendus à la gare centrale de la ville. C’était à l’heure de pointe et il y avait foule sur les quais. C’est peut-être parce que j’étais le seul petit nain coincé au milieu de tous ces géants, que j’ai été pris de claustrophobie ou suite à un autre paramètre déclencheur que j’ai oublié : mais j’ai soudain décidé de lui lâcher la main et de lui fausser compagnie ! C’est là qu’il a réalisé qu’il valait mieux être au service de la sécurité du Pape que d’officier dans la garde rapprochée de son fugitif en herbe de petit-fils. Je me rappelle qu’il avait pu me récupérer au service d’accueil des jeunes filles de la gare : Je l’attendais, sagement installé sur les genoux d’une admiratrice prête à signer les papiers d’adoption au cas où mon patriarche ne devait jamais venir se présenter aux objets trouvés. Je présume qu’ils avaient diffusé une annonce dans tous les haut-parleurs de la station pour lui indiquer l’endroit où j’avais trouvé refuge et que ma fugue l’avait rendu furibard !

Quelques années plus tard, c’est lui qui m’avait invité à mon tout premier enterrement. C’était le sien. C’était à une époque où se rendre à des obsèques vêtu de bleu marine pouvait déjà être considéré comme un brin trop provocateur. Mais moi, pour coller un minimum avec le style rock n’roll de la tenue qu’il portait au cours de ses années de garde, j’ai enfilé de longues chaussettes rouge vif sous un pantalon un poil trop court. Il faut dire que pour moi, les chaussettes noires, c’était réservé à la joyeuse bande de troubadours à bananes d’Eddy Mitchell !

La touche excentrique de ma tenue vestimentaire de deuil est restée gravée dans toutes les mémoires présentes ce jour là et elle déclenche aujourd’hui encore quelques hilarités familiales. Mais pour une fois au moins, je n’avais pas pu foutre les boules à mon grand-père ! C’est d’ailleurs peut-être un peu en réaction à cette extravagance que ma mère a décrété qu’il n’y aurait désormais plus jamais d’eau à la cave et m’avait condamné à une longue et lourde peine de pattes d’eph au moment où ça venait de passer de mode à ringard…

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Mon petit musée (10)

Ma réputation d’enfant modèle (du moins en photo) étant construite, j’avoue ensuite avoir été tenté de monter en gamme et d’accéder au rang plus prestigieux d’enfant gâté.

Je venais de prendre possession de mes nouveaux quartiers dans une grande chambre individuelle. J’y disposais dès lors de tout le volume nécessaire pour me livrer sans restriction aucune, à l’approfondissement de mes multiples inspirations juvéniles.

C’est dans le but d’agencer un recoin encore inoccupé de mon nouvel espace de créativité, que J’ai entrepris de solliciter le père Noël pour qu’il me fournisse, dans ses meilleurs délais, un piano demi-queue en bois précieux. Dans ma longue lettre à son intention, je lui avais fait part des profondes convictions qui me tourmentaient : Qu’il se pourrait fort bien qu’il ne soit pas déçu, s’il décidait d’entrer en matière en ma faveur en contribuant matériellement à l’éclosion de mes plus prometteurs talents de prodige du clavier.

J’étais en mesure d’argumenter que je disposais d’une excellente oreille musicale et que j’avais à ma naissance été gratifié d’une tessiture d’enfant de chœur. Mais j’avais au passage soigneusement évité de lui rappeler mes médiocres résultats au cours de solfège de l’école et ne lui avais pas dévoilé mon sentiment que je ne saurai sans doute jamais lire ni écrire : Que je resterais à jamais un analphabète de la partition de musique.

Le généreux barbu s’était montré compréhensif et n’avait pas tardé à me livrer mon instrument (voir photo). Il avait sans doute lui aussi pu déceler que dans mon cas, le plus tôt serait le mieux. Qu’il fallait éviter de pourfendre dans l’œuf, les prédispositions précoces d’un futur Amadeus du Bontempi…

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Lorsque j’ai commencé à faire des gammes et à improviser quelques cacophonies sur mon orgue électrique, le compositeur, l’interprète et l’auditeur réunis en moi ne tarissaient pas beaucoup d’éloges. Mon magnétophone qui restait à portée de mains pour immortaliser la quintessence de mes arrangements n’était pas mis à contribution aussi fréquemment qu’espéré.

Mon oreille musicale affûtée par exemple, se montrait peu enthousiaste à l’écoute de mes récitals. L’interprète clamait son insatisfaction en s’apercevant de son incapacité à pianoter quoi que ce soit d’à peu près audible du bout de ses dix boudins engourdis. Quant au compositeur trop fougueux, il reprochait à l’interprète de ne pas vouloir au plus vite consentir à fournir plus d’efforts rudimentaires avant d’envisager créer une symphonie ou de sortir le tube de l’année.

Bref, avec cette audition de mélomane, cette impatience créatrice et cette dextérité de mollusque, je n’étais pas près de décrocher mon ticket pour le conservatoire ou de partir en tournée mondiale avec Kraftwerk…

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Je crois que c’est là que j’ai commencé à me considérer moi-même comme un nouvel instrument. Celui dont je ne pourrai évidement jamais me débarrasser par contrariété ou par découragement. Celui dont il serait inévitable de persister à chercher à en déjouer les fausses notes. Que j’apprendrais à composer avec les meilleurs accords possibles entre les différentes facettes de ma personnalité et la variété disponible de mes sens. Que je m’efforcerais à harmoniser cette polyphonie intérieure et trouverais de bons rythmes…

Et dans mon cas de toute évidence, cet équilibre ne pourrait aisément être atteint au synthétiseur ! Alors j’ai repris contact avec l’équipementier de la Nativité avec l’espoir qu’il serait enclin à étendre son soutien au charmeur de claviers.

Et il n’a pas tardé à m’accorder un micro-ordinateur Commodore 64 !

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Mon petit musée (9)

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J’ai longtemps cru que c’était par crainte que je ne me transforme un jour en Bossu ou en Ogre, que ma mère me demandait si souvent de corriger l’alignement et la verticalité de ma colonne vertébrale et aussi de manger moins vite, m’assurant que personne n’allait, dans des délais raisonnables, venir me souffler mon repas de l’assiette.

Par contre, elle n’a jamais vraiment du me seriner pour que je marche droit et que je finisse mes légumes !

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