Category Archives: Surmenages

Réplique en temps réel

Un jour, on m’avait demandé si j’étais une machine.

C’était arrivé comme ça, par surprise au cours d’une communication de routine. J’étais pris au dépourvu : Je n’avais pas pensé programmer de répartie pour répondre à cette classe de stimulations. Alors, je m’étais contenté de pouffer comme une andouille en placardant le faciès le plus neutre que j’avais pu trouver en mémoire.

Suite à quoi, mon interlocuteur n’avait pas répété ni reformulé sa question. J’en avais déduit qu’il m’avait dès lors clairement identifié en tant qu’andouille d’origine biologique Et hop, procédure terminée ! Accès autorisé…

Sa demande répertoriée nulle part dans mon code source ne pouvait donc être en lien avec aucun protocole à suivre. Le processus approprié dans pareil cas aurait-il été d’acquiescer d’un mouvement de tête puis d’appliquer la routine de bienséance de base en lui retournant la question ? Je transfère illico cette option de raisonnement sur liste d’attente et me chargerai de valider la logique de cette approche avant la prochaine mise à jour.  

Mais mon homologue était resté planté devant moi. Affichant une expression indéterminée en me dévisageant. Ça m’avait paru durer des millisecondes ! Une rapide analyse avait pointé sur la probabilité qu’il était resté captif dans la boucle d’un algorithme gourmand en vitesse de calcul. Sans doute une fonction fort complexe, chargée de collecter un nombre conséquent de variables, pour que mon vis-à-vis communicant soit en mesure de décrypter un complément de réponse à mon gloussement de stupéfaction naturel de départ.

Restait à prendre en compte la probabilité qu’il s’agissait d’un nouveau modèle récemment mis en service. Un bricolage en dépassement de budget expédié dans la rue en phase de test et en cours de mise au point. Un de ces prototypes truffés d’incompatibilités au niveau interfaces, rendant problématique l’établissement d’une quelconque alchimie avec une andouille d’ancienne génération.

De mon côté, j’ai immédiatement lancé une énumération aléatoire rapide depuis le répertoire où sont inventoriées toutes mes phrases évasives de secours. Au terme de laquelle j’ai pu lui répondre : Oooh, ça dépend des jours, comme tout le monde…

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La longue réflexion chaotique que j'avais ajoutée hier en 
commentaire ici, peut simplement être résumée en deux phrases : 
Je n'aime plus autant la technologie et les machines qu'avant !
Et il y en a de plus en plus...

Allez et maintenant on s’accorde tout de même une petite journée de sérénité !

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Interdit de rock n’ roll

J’en ai connu certains qui devaient aligner les pétards, boulotter des petits buvards ou se prendre une sévère biture pour rejoindre la stratosphère ou papillonnent de joyeux éléphants volants.

Moi, je suis interdit de rock n’ roll

Je viens de vivre une longue période particulièrement pauvre en voyages intérieurs. Avais-je subitement atteint l’âge de la retraite des prises de tête dont parlent certains ?

J’ai toujours eu à traverser des phases successives, mais là, après un palier très agréable, c’était devenu flippant. Au point que je me suis demandé si ce serait ma forme définitive et dans ce cas, si je saurais l’accepter d’un point de vue existentiel. Je ne me sentais ni déprimé ni dépité. Mais je n’étais plus qu’une grosse limace écervelée et apathique, perchée sur une feuille de laitue.

Je pense que mon cerveau faisait un régime basses calories. Pas le moindre trouble à neutraliser. Pas la moindre névrose à maîtriser. Pas d’obsession à relativiser. Et pas trace non plus d’une activité cognitive suffisante, pour me créer de nouveaux problèmes à gérer.

Pas d’autre choix que celui de m’habituer à ce grand vide. Mon cœur à son tour finirait peut-être par oublier de remuer s’il ne recevait plus aucune instruction.

C’est parce que je suis interdit de rock n’ roll

Il y a quelques jours, je me suis mis à l’aquarelle. Et c’est sans y réfléchir à deux fois que je n’ai pas respecté l’interdiction. Tout en manipulant mes crayons et mes pinceaux, j’ai écouté trois ou quatre albums. De ceux qui me procurent le plus de plaisir et qui font danser une partie de mon système pileux.

Se livrer à une activité artistique créative en musique, ça ne devrait être que du bonheur à l’état pur !

Et ça n’a pas loupé : j’ai été catapulté dans mon univers parallèle perdu pour un séjour de plusieurs jours. Et en ce moment, je dois encore me coltiner les effets secondaires désagréables de cette passionnante virée.

Maintenant je suis interdit de rock n’ roll et de mauvais poil ! Ça fait beaucoup…

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Et c’est pas parce que t’es dans la stratosphère, que t’es obligé d’aller à Mach2 !
Une précision qui a son importance : 
Cette interdiction n'inclut pas les concerts de rock. 
Lorsque je regarde jouer les musiciens que j'écoute, 
je n'ai pas à subir d'effets secondaires par la suite. 
Il est vraiment bizarre mon bug !

Un Hôtel qui voulait attirer mon attention

J’ai récemment gagné le premier prix d’un concours de circonstances un peu flippant. Une suite de coïncidences en série qui, une fois réunies, convergeaient toutes pour m’inviter à la visite guidée d’une maison hantée…

En son temps, j’aimais beaucoup me faufiler à toutes fins d’exploration dans des bâtiments désertés et des ruines à l’abandon. J’ai un truc un peu mystique avec les murs chargés d’histoire. Et cette fois-ci, j’ai été copieusement servi, avec insistance, et sans avoir à quitter le confort de mon fauteuil.

Pour commencer, j’ai très récemment vu le film « Dark Water » (le remake américain de 2005). C’est le drame d’une mère et de sa fille qui déménagent ensemble dans un immeuble locatif des plus lugubres. Un édifice dont la tronche de la façade à elle seule, suffiraient à faire pâlir d’effroi toute succube gothique expérimentée.

On dirait presque un building construit avant l’invention de la lumière du jour ! Oser y inviter sa belle-mère pour un brunch un dimanche matin ensoleillé équivaudrait en points de cruauté, au minimum à un ticket premium pour l’enfer. Cette sinistre bâtisse avait pour particularité de chouchouter ses nouvelles locataires en leur proposant de mystérieuses fuites d’eau brunâtre. Mais voilà, le solide crépi du plafond de la chambre à coucher et la dissémination au sol de l’intégralité de la batterie de casseroles ne viendront jamais à bout de cette malédiction liquide…

Au départ déjà, le bailleur de ces quatre murs peu étanches n’avait pas l’entregent du représentant d’une agence immobilière de haut standing. Il voulait simplement fourguer l’objet embarrassant au premier gogo venu s’il devait y en avoir un et se barrer vite fait. Alors en spectateur, on écarte d’emblée son éventuelle candidature surprise pour un rôle de futur colocataire et de beau-père pour la gamine. Le concierge de la place n’a pas non plus tout à fait la dégaine du bellâtre aimable de lagon bleu. En plus il est taciturne, borné et donne à penser qu’il pourrait être né d’une légende moyenâgeuse de Transylvanie. (Comme c’est d’ailleurs parfois également le cas dans la vraie vie…)

– Allons, signez ce contrat ici et là et je nous épargne une promenade dans le coupe-gorge de la buanderie commune…

Dix ans après le film d’origine du remake résumé ci-dessus, des faits réels présentant de nombreuses et troublantes similitudes se produisaient à Los Angeles, dans l’hôtel Cecil situé dans le quartier chaud-bouillant de Skid Row. Il s’agit d’un vieil établissement de 700 chambres, bien centré mais aussi réputé bigrement mal fréquenté. Une jeune canadienne d’origine chinoise âgée de 21 ans, Elisa Lam y disparaît. La dernière fois qu’elle avait été vue, c’était sur une vidéo de surveillance de l’ascenseur de l’hôtel. Son étrange attitude sur les lieux laissera les enquêteurs perplexes. Elle pressait subitement un à un toute une colonne des boutons d’étages de l’ascenseur et se cachait dans l’ angle mort de la cabine. Mais cette fichue porte coulissante ne se fermait jamais ! Alors elle s’avançait pour regarder dans le couloir, semblait parler à quelqu’un d’invisible posté à l’extérieur en agitant ses bras et ses mains. Elle se livrait à un étrange manège, puis finissait par définitivement disparaitre sans laisser de traces dans le couloir …

Je pensais qu’il n’y aurait à jamais qu’un seul hôtel qui m’aura vraiment foutu les chocottes : Celui de l’adaptation de Shining de Stanley Kübrick. Vous me direz, ça parait normal, c’était le film que j’avais vu près les Aristochats, alors ça m’a fait un choc. Mais il y a peu, s’est ajouté celui de la cinquième saison d’American Horror Story : Hotel. J’avais dû abréger mes souffrances après deux ou trois épisodes. Pour ménager mes nerfs et préserver la qualité de mes nuits de sommeil. J’ai demandé le room-service, l’addition et me suis empressé de rendre la clé de ma chambre à la réception…

Ce que je n’avais pas encore compris à ce moment-là, c’est que cette saison-là de cette série télé était elle-aussi basée sur les nombreuses légendes louches et morbides du Cecil Hôtel : Le désormais fameux palace glauque des bas quartiers de la Cité des Anges.

Ah tiens dans le lot, j’avais failli oublier de compter le célèbre motel de Norman Bates !

Ces nombreuses sollicitations à une visite guidée semblaient donc toutes tirées ou dérivées de l’histoire d’un même lieu ?

Et qu’est il arrivé à Elisa ? Cette jeune touriste qui a subitement disparu après être ressortie de cet ascenseur récalcitrant à l’intérieur de cet établissement ?

Pourquoi les eaux s’écoulant à la fois des robinets des chambres de cet hôtel ainsi que celles suintant des murs et s’échappant de la plomberie du film Dark Water étaient-elles toutes à ce point saumâtres ?

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Il n’y a pas très longtemps de cela, j’avais consulté un article sur l’encyclopédie en ligne qui mentionnait ce même lieu d’hébergement en voulant en savoir plus sur l’affaire du Dahlia Noir.

Et cette semaine, je me retrouve par hasard devant un documentaire très détaillé sur la disparue qui séjournait au Cecil.

Malheureusement, Elisa a été retrouvée sans vie 19 jours après sa disparition par un employé technique de l’Hôtel. Elle s’était noyée dans l’un des quatre grands réservoirs d’eau situés sur le toit de l’établissement. Ce sont des clients de l’hôtel qui s’étaient plaints de la teinte anormale et du goût désagréable de l’eau. La malheureuse avait échappé à toutes les recherches organisées dans ce vaste bâtiment durant dans ce laps de temps.

Selon les conclusions de l’enquête, elle était souffrante et n’avait pas suivi à la lettre les prescriptions de sa médication. C’est probablement à la suite d’un épisode psychotique qu’elle aurait tenté de fuir un quelconque danger imaginaire. Qu’elle serait montée sur le toit en empruntant l’échelle de secours et se serait jetée dans ce réservoir en passant par la petite trappe d’accès. Une citerne dépourvue d’échelle intérieure, dont il ne lui aurait ensuite été possible de ressortir que lorsqu’elle était remplie à son niveau maximal. Ses habits étaient ceux visibles dans la séquence de la vidéo de surveillance et elle ne portait aucune trace de blessure, pas même une ecchymose.

Elisa était une blogueuse. Ses écrits reflétaient qu’elle cherchait à surmonter ses problèmes et qu’elle souhaitait se projeter dans la vie. Une existence avec des hauts et vraisemblablement des très bas. Son histoire si tragique m’a profondément touché et rempli de tristesse.

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A une époque maintenant lointaine, j’avais moi aussi connu des troubles pouvant par moments brutalement déformer ma réalité tout en imaginant avoir en tout temps la liberté de me passer de mon traitement. Mais si j’ai finalement pu connaître cette chance-là, qui n’est probablement pas offerte à tout le monde, c’était au bout d’une bataille rigoureuse qui aura duré plus de quinze ans !

Voilà ! Ayez une pensée pour le repos d’Elisa et soyez très prudents avec vos hantises si vous en avez !

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Mais je sèche sur le titre

Je pensais que le jour viendrait où je tomberais en rideaux devant une dernière page blanche. Que se manifesterait l’évidence d’un aboutissement. Qu’ensuite, je renoncerais à remplacer mes crayons taillés trop courts et laisserais sécher l’encre dans le flacon mal refermé. Que je conserverais sous cadre cette ultime feuille de papier. Le document attestant m’avoir empêché d’esquisser le moindre mot !

Je n’imaginais pas que je finirais par m’entêter devant des pages déchirées. Que je triplerais ma dose de courage de tout recommencer. Qu’il arriverait que je me félicite d’avoir fait preuve de plus de patience.

Je ne pensais pas devoir m’éterniser devant une page bien remplie que je ne parviendrais plus à tourner. Qu’il me faudrait parfois dissimuler ma plume au fond d’un tiroir à distance raisonnable d’un simple bout de papier. Que je continuerais inlassablement à me mélanger les pinceaux et les crayons. Que je m’obstinerais à chiffonner mes pensées pour le seul plaisir de vagabonder…

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Développements et illustration à suivre ?
Alors là, rien n'est moins sûr...

Une bonne résistance au stress

Je consoliderai le socle de mon optimisme

Avant qu’on ne touche le fond d’un abîme

Je dompterai mes perceptions instables

Avant qu’on s’échoue sur un banc de sable

Je ne sombrerai pas dans le catastrophisme

D’ici à ce qu’on affronte un prochain cataclysme

Je n’enverrai pas le moindre signal de détresse

A moins qu’on ne se trouve au bord d’un précipice

Je naviguerai à vue nuit et jour dans ce monde à l’envers

Jusqu’à ce qu’on puisse m’enfouir six pieds sous terre…

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Une résistance en burn-out électrique

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– Source d’inspiration –

A la fin d’un entretien d’embauche, on m’avait une fois de plus demandé (c’était à la mode et donc pas particulièrement original) si j’estimais être doté d’une bonne résistance au stress…

C’était l’ultime question, elle semblait d’importance stratégique et à vrai dire, elle ne présageait rien de bon : Leur intention était sans doute avant tout de m’envoyer au charbon ! Je me suis vu sur le point de m’embarquer dans une galère ! De monter à bord d’un bateau ivre chahuté par les flots. La question subsidiaire de l’examen étant d’évaluer si j’étais sujet au mal de mer

A ce moment là et au lieu de cela, j’aurais préféré par exemple qu’on me demande si j’estimais avoir une bonne vue d’ensemble : Une notion qui d’ailleurs aurait pu leur être fort utile...

Mais, ignorant les nuages noirs qui pointaient déjà à l’horizon j’avais pourtant choisi de me laisser enrôler comme naufragé volontaire. De prendre le risque d’aller nager en eaux troubles. Et ce n’était pas dans l’intention de deviner l’âge du capitaine, mais dans la perspective d’éventuellement fortifier une fois pour toutes, ma bonne résistance au stress...

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Petit délire contre gros délire

Un petit délire qui botte le cul d’un gros délire

Il y a quelques temps, nous avions reçu la visite surprise d’un gros délire.

N’avait-il simplement pas remarqué le panneau à l’entrée ? A l’accueil, nous lui avons fait remarquer qu’il s’était probablement trompé d’adresse : Qu’en ces lieux, nous étions spécialisés dans les petits délires. Et que par ailleurs, nous ne disposions pas des infrastructures nécessaires pour aborder des gros délires en toute sérénité.

Mais selon lui, il était bien à l’endroit qu’il avait choisi et n’avait pas l’intention de s’en aller. Il se déclarait vivement intéressé à inspecter l’endroit et très enclin à y vivre pleinement son aventure. Alors nous lui avons demandé de se faire le plus petit possible dans son coin…

Mais au lieu de se faire de plus en plus discret, il s’est installé durablement et prenait de plus en plus de place. Il empêchait nos idées de circuler librement. A lui seul, il bloquait l’émergence de petits délires raisonnables et faciles à vivre. De plus, il devenait de plus en plus gourmand en ressources cognitives. Il virait même à l’obsession. Il n’y en avait presque plus que pour lui !

Et nous savions par expérience que si nous acceptions de faire une seule exception pour lui, nous risquerions d’ouvrir la porte à toutes sortes de gros délires !

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Mais alors que faire de lui ?

Devions-nous le débiter en plusieurs tranches de petits délires d’un calibre acceptable ?

Lui mettre la pression en le sommant de se mettre en conformité avec nos idées dans les plus brefs délais, tout en lui faisant miroiter l’opportunité d’une prochaine réévaluation de son cas ?

Ou alors simplement, tous nous offrir des vacances ! En lui laissant les clés de la boîte crânienne et en le laissant se débrouiller seul. En spéculant sur l’idée qu’un manque d’attention de notre part finirait peut-être par l’atténuer jusqu’à qu’il n’en reste qu’un petit délire comme les autres….

C’est à ce moment-là, qu’un petit délire un peu teigneux et agacé a pris la parole. Il a clamé haut et fort qu’à son avis, le temps des courbettes et des petites politesses était à présent révolu ! Et il s’est même porté volontaire pour être le premier à aller lui botter le cul…

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Psychiatroc

La semaine dernière, mon comparse est revenu me rendre quelques petites visites surprises. Il ne m’avait plus autant tapé sur le système depuis des mois ! C’est probablement la raison pour laquelle je lui ai ouvert et l’ai accueilli. Dernièrement, nos chemins ne faisaient plus guère que se croiser. Il m’arrivait de l’apercevoir en train de rôder dans le voisinage, sans qu’il ne vienne cogner à ma porte pour s’inviter.

Mais cette fois, il ne s’est pas présenté sous sa forme vaporeuse. Il était étonnement vaillant et animé de l’intention de s’offrir quelques consultations à l’œil. Évidemment, sans jamais accepter de convenir d’un rendez-vous planifié.

Sa spécialité est de débarquer à l’improviste avec préméditation. Il ne se déplace que pour vampiriser mon énergie. Heureusement, ma trousse d’outils de secours ne se trouve jamais très loin. Dans le pire des cas, elle contient ce qu’il faudrait pour l’hypnotiser voire même l’anesthésier. Mais le plus souvent, quelques entretiens de conciliation suffisent à ramener le calme au sein de notre tumultueuse relation.

En général, quand j’ai fort à faire avec lui, je réduis immédiatement ma voilure sur les réseaux sociaux et bascule en mode lecture en diagonale sur les news en ligne. Il s’agit alors par prudence de ne pas dilapider de ressources vitales. De ne pas m’étourdir d’informations qui ne me seraient pas indispensables et dont il pourrait avoir la mauvaise idée de se servir pour m’intimider. Et à la place, je privilégie ma propre créativité et l’exploite en guise de pare-feu et d’armure.

C’est à peine installé dans son fauteuil qu’il m’adresse déjà ses caresses à rebrousse-poil : Que je m’empresse d’esquiver ou de démêler.

A un moment, il s’en est même pris à mon ancestral instinct de chasseur-cueilleur en le retournant contre moi. S’acharnant à vouloir me convaincre que je ne serais en fait qu’une proie traquée et que je devrais trembler à l’idée d’être cueilli pour être dévoré.

Je reconnais que cette série d’attaques d’une violence inhabituelle ont pu mettre à mal mon équilibre. J’avais un peu perdu la mesure de la possible vigueur de son emprise sur moi. Et il était donc heureux que mes bons vieux réflexes de défense ne se soient jamais évaporés.

A chacune de ces consultations, je lui ai servi un grand bol de bonne humeur et de positivité en échange de ses petites névroses. J’ai fait en sorte de le ramener à la lumière et de lui redonner des couleurs. Lui ai rappelé nos progrès accomplis au fil du temps. L’ai encore empêché de vouloir détruire avec insistance une camaraderie presque vingtenaire, par des propos et des actes dont les possibles conséquences ne lui seraient en rien favorable.

Et un jour, il a soudainement de nouveau disparu sans prévenir. J’en ai profité pour refaire le plein d’énergie et pour retrouver ma sérénité. Quant à mon comparse, je sais l’attendre au contour.

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Durant toutes ces années, je n’ai cessé de constituer une palette de techniques assez efficaces pour le tenir à bonne distance lorsque cela s’avérerait nécessaire. Et j’ai fait connaissance avec une série de déclencheurs qui peuvent faire qu’il rapplique pour m’envahir de ses arrière-pensées inamicales avec pour objectif d’altérer ma réalité. Mais ça reste quand même toujours un peu, un défi d’équilibristes.

Et voilà. Tout ceci devait aussi être un jour évoqué dans mon livre de souvenirs.

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Tout le reste va très bien !

Depuis mon adolescence, quand je gambergeais sur mes chances de survie en faisant face à l’angoisse déclenchée par un nouveau bobo, j’avais pour manie de me demander si à la fin, ça allait être mon corps ou ma tête qui me lâcherait en premier…

Avant d’atteindre le jour de mes vingt ans, je penchais plutôt pour ma tête. C’était principalement parce que je faisais des sinusites à répétition. J’avais beaucoup tardé à me défaire de mes caractéristiques de morveux attardé. Il faut dire qu’à cette époque-là, les courants d’air étaient légions et les hivers très rigoureux. La sinusite est une inflammation des sinus. Il s’agit d’un réseau complexe de tuyaux miniatures implanté dans notre front et en dessous de nos globes oculaires. Et je pourrais encore gémir que ça fait un mal de chien lorsque certaines de ces conduites sont obstruées. Une infection à proximité des méninges ne devant pas être confondue avec un petit rhume, je devais pour m’en remettre, me soumettre à des dizaines de séances d’inhalations de vapeurs magiques pour finir par en purger et en ripoliner toutes les canalisations.

A ma majorité, c’est en terminant mon service militaire que j’ai fait des calculs rénaux. Et je pense toujours pouvoir me lamenter que ce n’était en tous cas pas une partie de plaisirs ! On m’avait confié que j’avais justement fait un très mauvais calcul en ne buvant pas assez, pendant que je fournissais mes simulations d’efforts de guerre. Le hic c’est que je me déshydratais intentionnellement en fin de journée pour éviter d’avoir à me relever la nuit. Éviter de devoir me rhabiller dans un sac de couchage patiemment porté à température, m’en extraire pour quitter l’igloo de survie, juste pour aller me congeler la queue en trois minutes dans les courants d’air d’un hiver très rigoureux. Les genoux à terre entre deux grimaces de supplicié, j’avais cette fois acquis la certitude que cela serait mon corps qui me lâcherait le premier ! Même si en même temps j’avais conscience que sur ce coup, ma tête n’avait pas fait fort.

C’est plus tard, que je me suis encore senti tout brindezingue. C’était suite à une mise à jour surprise de mon système d’exploitation. Je me suis retrouvé très désorienté en évoluant dans un environnement passablement modifié. Je notais régulièrement des bugs ici et là dans cette version bêta de mon nouveau logiciel. Il m’arrivait même carrément de perdre le curseur ! C’était ce qu’ils appelaient des crises. Un technicien spécialisé avait établi un diagnostic qui laissait peu de place au doute : le problème serait dans ma tête et nulle part ailleurs

Lorsqu’il m’était offert le répit de me sentir au mieux dans ma caboche, voilà que mon corps se remettait à émettre des signaux de faiblesse. J’avais par la suite été appelé à subir la torture d’une infection urinaire. Cette fois, ce n’était plus des petits cailloux que j’allais évacuer, mais du magma en fusion et au goutte à goutte. Un sale coup au-dessous de la ceinture de la part de mon corps ! Je me sens encore en droit de pleurnicher que j’avais alors du endurer le bizutage d’une quéquette qui participerait à son premier stage en enfer.

J’ai eu très peur de ce que ma tête pourrait encore inventer en termes de calvaire pour reprendre la main et l’ascendant sur mon corps ! Mais finalement non : ensuite c’était plutôt le pied. Mon corps et ma tête ont ratifié un accord en décrétant qu’ils allaient cesser à tour de rôle de m’accabler d’inquiétudes mortifères pour se démarquer.

Et depuis là, on peut dire que me sens bien dans ma tête et dans mon corps au même moment. Ça fait des décennies que je n’ai plus attrapé de sinusite, des lustres que je n’ai plus uriné le moindre gravillon et des années n’ai plus eu à vidanger une goutte de lave. C’est peut-être en partie dû au fait que les hivers actuels sont généralement plus doux. Et je peux même ajouter que ces temps-ci, je traverse nettement moins de crises que ce que s’en inflige notre société.

Alors j’ai remodelé cette habitude de me demander si ce serait mon corps ou ma tête qui me lâcherait en premier : Aujourd’hui, je me demande plutôt si ça sera moi ou le monde dans lequel je vis qui prendra l’initiative de passer le générique de fin.

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Mon cauchemar préféré

Il était une fois une nuit, au cours de laquelle, j’ai fait deux mauvais rêves au lieu d’un seul. Et moi, imprudent notoire, ce n’est certainement pas dans le domaine de mes rêves que j’avais pensé fixer des limites. C’est sans hésitation le premier des deux qui est resté mon préféré.

Je me suis réveillé dans un lit qui n’était pas le mien. Il faisait déjà jour dans une chambre qui m’était inconnue. Chose inhabituelle, j’étais allongé sur le dos, le nez pointé vers le plafond d’un monde qui n’avait pas l’air du mien, car j’y ai immédiatement noté la présence, en suspension et en quantité inquiétante, de taches blanchâtres de différentes tailles. Cette scène d’éveil, dans mon champ visuel était comparable à un banc de petites méduses fantomatiques immobiles, parsemant assez uniformément tout mon espace aérien.

Jusque ici, l’air de mes rêves avait toujours eu l’air de rien. Il avait juste l’air pur, l’air respirable et rien de plus. Jamais de quoi devoir me pincer le nez ni même une autre partie du corps pour vérifier si je rêvais. L’air ? Ce n’était que du vide parsemé de molécules, toutes assez innocentes et discrètes pour que je ne m’en soucie guère. Rien qu’une bonne cachette pour des atomes timides et sobres, tous présumés fréquentables et au-dessus de tous soupçons. Il m’arrivait tout au plus parfois, d’y détecter quelques minuscules particules volantes trahies par un rayon de lumière. Mais jamais rien d’inquiétant : De simples poussières stoppées et refoulées à la frontière de mon appareil respiratoire par ma pilosité nasale ou je ne sais quel autre miracle de la nature savamment maitrisé de longue date par les bons soins du docteur Matusalem.

Je pense pouvoir affirmer que dans tous mes rêves à ce jour, cauchemars compris, il ne m’était jamais arrivé de devoir planer de jour ou de nuit à l’intérieur du nuage de pollution d’un ciel de métropole ! L’air de mes rêves avait toujours été des plus purs !

Mais ce jour là, cet air d’ordinaire anodin m’avait fait la surprise de se manifester en me révélant son existence. En s’exhibant sans discrétion en compagnie d’un attroupement d’énigmatiques invités.

Emporté par ma stupéfaction, j’ai improvisé quelques mouvements pour tenter de réveiller les méduses endormies qui se tenaient à ma portée. La première chose que j’ai constaté, c’est que l’air n’avait pas du tout la densité habituelle. L’air s’était comme … matérialisé ! Je pouvais le toucher, le saisir, le manipuler. L’air s’était transformé en une matière nouvelle. Une substance dont la consistance se situait quelque part entre celle de l’air d’avant et celle de l’eau pure de toujours. Intrigué et sans décoller ma tête de mon oreiller, j’ai enchaîné avec une nouvelle série de gestes aériens. J’ai palpé, taquiné, tripoté cet air nouveau. J’ai tenté avec une prudence vertueuse, d’entrer en communication avec cette troupe de visiteurs d’apparence gélatineuse. Et peu à peu, ce cauchemar à rejeter dans la minute, se métamorphosait en péripétie des plus amusantes et agréables à vivre…

C’est probablement un réflexe de survie qui m’a précipitamment éjecté de cette situation potentiellement dangereuse lors de ce premier contact : Il m’avait réveillé en sursaut de mon réveil imaginaire : Un peu plus que déçu il est vrai, car resté sur ma faim de n’avoir pu poursuivre à ma guise ces échanges intéressants avec cette mystérieuse découverte. Lorsque j’ai une fois de plus agité mes bras, l’air avait perdu cette consistance de rêve et n’y restait plus trace des présences calmes flottant entre deux airs. Elles avaient toutes disparu et peut être à jamais !

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C’est remis de mes émotions que j’ai tenté d’y retourner, animé du mince espoir de pouvoir reprendre et poursuivre cette passionnante exploration. J’ai pu rapidement repartir, mais la destination du voyage n’a pas été la même :

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Dans le second cauchemar, les créatures paisibles avaient laissé place à deux serpents bleus trop affectueux à mon égard. Je pouvais aisément les identifier, car l’un d’eux était d’une nuance plus turquoise que l’autre. Il s’agissait des animaux de compagnie de deux invités de mes colocataires que je connaissais à peine et qui ne réagissaient pas à mes appels au secours, quand les reptiles de leurs amis s’enroulaient à leur guise autour de mes membres ou venaient se pendre à mon cou. J’ai repris la première navette express pour la vie réelle et n’ai pas boudé une seconde de mon plaisir de rentrer au bercail. Vérification faite, ces serpents bleus existent bel et bien dans la nature ! Mais la seule chose que je souhaite retenir de cette flippante aventure, est que j’étais pour une fois certain d’avoir cauchemardé en couleurs et en haute définition et pas seulement en 16 niveaux de gris.

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Deux jours de perdus

Je viens de perdre deux jours !

Le premier, c’était pas plus tard qu’avant-hier.

C’était ce qu’on appelle un jour sans, de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit.

Alors que je m’étais levé avec cette impression d’être dans un bon jour,

Ça n’a été qu’une sombre journée qui n’aurait jamais dû voir le jour !

Je me suis couché en tentant de me rassurer que tout irait mieux le lendemain.

Qu’en échange d’une journée de perdue, il y en aurait dix de retrouvées…

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Le deuxième, c’était pas plus tard qu’hier ! 

Ça devait être un jour pas comme les autres et surtout pas comme le dernier

Alors que je m’étais levé avec cette envie de profiter d’un jour faste,

Ça n’a été qu’une journée décevante qui n’a pas fait mine de vouloir me combler !

Je me suis couché en tentant de me convaincre que j’allais vers des jours meilleurs

Qu’en échange de deux journées de perdues, vingt autres en seraient transcendées.

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Ce matin, je ne sais pas encore ce qu’il y aura à l’ordre du jour !

Mais peut-être, vais-je pour un temps, devoir me remettre à vivre au jour le jour…

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Et pourquoi pas par quatre chemins ?

Aujourd’hui, j’avais l’intention d’aller flâner un peu dans le Jardin des Confusions. En évitant en chemin de passer par le Labyrinthe des Déboussolés. Comme le Raccourci des Déroutés était momentanément fermé à la circulation, j’ai opté pour l’Itinéraire des Dépaysés. Mais c’est en voulant éviter les embouteillages du Carrefour des Embrouilles que je me suis retrouvé bloqué dans l’Impasse des Illusions. Alors, j’ai fait demi-tour pour repartir en direction de la Grand-Place des Incertitudes. Mais la Rue des Complications était en sens unique, parce qu’encore en travaux au niveau du Palais des Équivoques ! Un instant, j’ai regretté de ne pas avoir d’abord pensé faire un léger détour par la Route du Désarroi. Mais dans ce cas, j’aurais dû m’engouffrer dans le Tunnel des Tâtonnements et n’aurais pas par la suite pu éviter d’aller risquer de me perdre à la Rocade des Désorientés. J’ai bien sûr aussi tout simplement été tenté, d’emprunter le Contournement des Ambiguïtés quitte à devoir ensuite m’aventurer sur la Promenade des Désemparés. Pour finir, j’ai changé mes plans et je suis allé juste à côté, faire quelque pas sur le Boulevard des Boniments avant de rentrer…

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Trompe l’œil et cancans

Je ne suis pas du genre à écouter aux portes !

Par contre en qualité de curieux garnement, il m’était arrivé de lorgner par le trou de serrure d’une porte fermée. J’ai oublié le où, le quand, le qui et le pourquoi. Il faut croire que n’avais alors pas été l’œil spectateur d’une scène inoubliable !

Aussitôt mon forfait accompli, ma paupière indiscrète s’était mise à enfler généreusement !

Cette mirette de voyeur en herbe déformée n’était pas passée sous les radars perspicaces de ma mère. Sans enquête préliminaire, elle avait décrypté le pot aux roses et m’avait révélé l’origine de cette mystérieuse réaction.

C’était la première fois au cours de ma courte existence que j’entendais parler de courants d’air. On va dire que c’était aussi l’occasion rêvée pour me sentir d’un coup deux fois moins bête.

Après la leçon éducative du trou de serrure, je n’ai plus tenté de focaliser un seul œil sur la clé d’éventuelles bouffissures terriblement coupables !

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Comme je le déclarais déjà, je ne suis pas du genre à écouter aux portes ! Et le même garnement a su apprendre par ses propres moyens et sans se faire prendre, qu’il sera même préférable, dans certaines situations, de maîtriser l’art de la sourde oreille.

En cours de route, j’ai connu des situations où j’aurais préféré ne rien avoir entendu pour ne pas avoir à faire mine de rien. Parce que j’ai l’oreille plus fine qu’il n’y paraît. Et que mon acuité auditive couvre aussi et encore, le spectre de fréquences des messes basses.

Il peut arriver, sans avoir à fournir l’effort particulier de tendre l’oreille, que des bavards médisants et imprudents oublient tout simplement de la/les fermer au bon moment !

Selon mon expérience personnelle, c’est particulièrement le cas lorsqu’ils se livrent à des papotages téléphoniques. C’est parce qu’ils ont une esgourde collée à leur interlocuteur de commérage et qu’ils ont placé son double en mode semi-sourdingue. Ce qui fait qu’involontairement, ils haussent le ton à un niveau plus sonore que souhaité.

Et c’est là, en cours de route, que j’aurais parfois vraiment aimé pouvoir jubiler qu’une série de courants d’air se soient chargés de boursoufler la langue de certaines pipelettes dénigrantes et impertinentes …

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Récemment, quelqu’un a de manière totalement fortuite réveillé un vieux souvenir de ce type. Un épisode qui avait à l’époque été gourmand en self-contrôle et été long et difficile à digérer. Dans la foulée, ça m’en a rafraîchi quelques autres qui peuvent encore semer des pointes d’agacement en cas de réapparition. Et puis j’ai retrouvé tous ceux, plus légers et sympathiques que j’ai pu y associer dans le but d’équilibrer quelque peu la tournure de ce récit.

Voilà, je donne à cet article les pleins pouvoirs ainsi qu’une carte blanche pour enfermer cette collection complète d’inconfortables souvenirs à double tour au fond d’une caisse et d’aller l’enterrer au plus profond de ma mémoire sans jamais revenir m’en indiquer l’adresse exacte.

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Ménage, surmenages et ménagerie

Dès que j’avais quitté le nid familial pour m’installer, je m’étais porté volontaire pour être le colocataire d’un chat de gouttière. Je précise que jusqu’ici, ça n’a jamais été de plus d’un seul spécimen à la fois !

J’ai baptisé chacun des chats que j’ai hébergé en pension complète du même sobriquet affectueux de «Bizou». J’étais à l’époque persuadé, que c’était le seul et unique serial-prénom-sympa pour toute boule de poils dotée du pouvoir magique de ronronner. Et qui peut se lustrer la fourrure avec une extrême coquetterie, avec sa petite langue râpeuse rose-bonbon. Une adorable peluche vivante, un peu fofolle et très joueuse, indépendante et fainéante. Mais qui en même temps, est aussi tout à fait capable de s’empiffrer sans modération aucune du contenu qui schlingue de certaines boîtes de conserve.

Je logeais généralement plutôt en hauteur dans les immeubles locatifs que j’ai squatté. Le plain-pied, ça n’était pas trop mon truc. La tradition était de laisser le bas-étage aux plus vieux. Et j’ai vite réalisé que le blazetendresse de mon animal de compagnie pouvait se révéler être un peu gênant dans certaines situations. En particulier lorsque je sortais faire le tour du quartier à la nuit tombée et que, dans le but de rapatrier ma féline montée sur coussinets, je l’appelais sous les fenêtres de tout mon voisinage. Il fallait que la bête sauvage puisse reprendre forme apprivoisée et réintégrer gîte et panier à l’heure du couvre-feu.

Une voisine :

-Chéri écoute ça ! Il y a un rôdeur dehors qui lance avec insistance des appels aux bisous !

Un voisin :

Ben oui ! Moi aussi j’ai entendu ça. Mais rassure-moi ma bibiche : Tu n’irais tout de même pas jusqu’à te porter volontaire, n’est-ce pas ?

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En général dès les premiers appels déjà, un miaulement distinctif m’avertissait d’un « deux secondes, j’arrive ! ». Et le félidé ne tardait à accourir dans mes jambes pour s’assurer de ne pas avoir à faire l’impasse sur le confort d’une nouvelle nuitée au palace et de risquer de devoir renoncer à sa généreuse ration de croquettes.

Lorsque j’avais emménagé dans ma toute première mansarde, j’avais d’abord adopté un félin. Ce n’est qu’ensuite que j’ai aussi accueilli une “colocatrice” humaine (qui n’était pas du voisinage). Elle clamait régulièrement sa préférence pour les chiens. Alors elle avait entrepris de me tanner le cuir avec l’intention évidente d’obtenir à l’usure mon approbation pour agrandir la famille et ajouter une gamelle. Suite à d’âpres négociations portant sur le choix du modèle idéal et sur la liste des options indispensables, nous étions parvenus à conclure un accord. Parce que moi, dans un 2 pièces-cuisine exigu du quatrième étage sans ascenseur, un énorme molosse qui cherche à me déboîter l’épaule avec sa laisse dans la cage d’escaliers déjà, ou l’un de ces cerbères nerveux et baveux à l’apparence esthétique secondaire et qui de plus, fouetterait le hérisson qui se néglige en rentrant d’une promenade sous une bruine, ça ne m’enthousiasmait pas franchement. Et il était avant tout fondamental que nous soyons beaucoup plus présents pour bien nous en occuper de ce futur éventuel toutou. J’avoue que j’avais alors un peu surjoué le conjoint psycho-rigide jusqu’à ce que j’obtienne une approbation à quelques-unes de mes modestes revendications ainsi que le luxe absolu de pouvoir décider seul du prénom de cette créature aux oreilles en forme de ramasse-poussière. Et j’étais là-dessus au moins, resté totalement inflexible : Ça sera « Maggie », comme madame Thatcher, la dame de fer ! ( Un choix sensé rappeler ma légendaire fermeté, lors de nos pourparlers d’adoption ) Ensuite, c’est ma dulcinée ravie de la tournure positive des choses qui s’était chargée des formalités et de la transaction.

Le jour où notre flamboyant bébé-cocker trop chou biquet au pédigrée prestigieux avait fait irruption dans le hall d’entrée, ma coloc-féline que j’avais omis de mettre dans la confidence quant à la livraison imminente d’une petite sœur, avait réagi à l’alerte intrusion par l’une de ses métamorphoses en punk hostile les plus réussies. Elle avait gardé la posture menaçante et le poil hirsute jusqu’à ce qu’elle réalise que tout cela n’était que théâtre inutile : La nouvelle venue ne l’ayant pas même encore calculée jusque-là. En guise de cadeau de bienvenue, la petiote avait alors choisi, sous nos yeux encore attendris, de déposer une galette odoriférante sur le carrelage du couloir. Puis, devant l’absence de signes de menace et allégée de certaines de ses craintes, Bizou s’était aventurée à s’approcher pour examiner de plus près cette forme de vie indésirable. Et aussi pour inspecter sa première œuvre matérielle réalisée sur son sol et sous son toit. C’est en affichant une hilarante et inoubliable grimace de dégoût, qu’elle s’en est ensuite calmement retournée se poster en observation à la cuisine ! Je crois que la tigresse miniature venait de percuter que désormais, elle n’irait plus uniquement que vers des lendemains qui miaulent !

Pourtant à ma grande surprise, il n’a pas fallu bien longtemps à ces deux-là pour briser la glace. Elles étaient d’une taille comparable et n’avaient de cesse de se pourchasser à travers tout l’appartement. De s’attraper, de s’agripper l’une à l’autre pour se rouler sur le sol. Et quand ce n’était pas l’une c’était l’autre, la poursuivante. C’étaient des courses-poursuite incessantes, rythmées d’allers-retour spectaculaires.

Quelques années et pas mal de rebondissements plus tard, il y a eu séparation et je me suis resté seul en compagnie d’El Bizou. Après quelques semaines, elle s’est mise à découcher de plus en plus souvent. Et puis il y a eu ce fameux soir à partir duquel, elle n’est plus jamais réapparue. Mes appels infructueux ne faisaient que résonner dans l’écho nocturne. J’ai mis cette désertion compréhensible sur le compte d’une dépression consécutive à la perte de sa meilleure camarade de jeux. Ou alors, peut-être qu’au cours de l’une de ses promenades, elle était tombée sur un matou qui valait le détour et qui lui avait proposé de déménager pour le rejoindre dans son manoir de rêve…

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Aujourd’hui je crois que pour étoffer encore un peu ma ménagerie, je finirais par envisager d’adopter un poisson rouge. Je suis ouvert à discuter de sa taille et de sa couleur exacte etc.. Mais je tiens absolument à l’appeler « Bathyscaphe » ( comme le poisson de fer )

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Source Photos : Merci le Web !

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Admin Blues

Je peux décider en une fraction de seconde de me casser la tête avec des trucs de dingo, me montrer ultra-motivé et passer en vitesse lumière pour les accomplir ou les résoudre, mais dès qu’il s’agit de m’attaquer à ce qui touche à l’administration de mon moi citoyen-contribuable, c’est en un éclair que je me métamorphose en mollusque apathique sous somnifères devant une grosse feuille de laitue peu appétissante.

Sachez dès lors qu’AdminMan le super-administrateur-fiscaliste masqué, il est scientifiquement impossible que ce soit moi ! Même sous cryptonite ! Parce que lui, il saurait instantanément comment optimiser ma fiscalité pour en fin de compte, ne pas même avoir à en payer des impôts. Lui, il connait les combines pour ne pas avoir à s’appliquer à écrire en caractères lisibles au stylo à bille (mais surtout pas au crayon de papier) à l’intérieur de toutes les petites cases d’une flopée de formulaires officiels. Et au pire, il a des sbires qui sont prêts à se farcir le “sale boulot” à sa place.

Et ce n’est pas parce que je n’y comprends rien que je relègue volontiers la discipline fiduciaire au dix-huitième plan. Je pense que c’est simplement à cause de cette pesante notion de rigidité qui prédomine dans ce domaine. Je crains fort que ce ne soit que la simple idée de devoir me plier en mille face à ce rigorisme bureaucratique qui me pétrifie d’entrée de jeu.

Et j’ai beau mettre en place toutes les incitations nécessaires afin de me contraindre à choper le taureau de Wall Street par les cornes, de soigneusement ignorer toutes les attractions distractives, de verrouiller toutes les sorties de secours et de condamner les échappatoires et même de ranger ma créativité au vestiaire : Rien n’y fait : Je suis très vite foudroyé par une léthargie inhibitrice et ce, souvent même avant le terme de la mission.

Heureusement que je n’avais pas opté pour une profession à plein temps dans une quelconque filière administrative ! Sans quoi je crains fort que j’aurais rapidement fait un bore-out conforme à l’article 518 bis du 6ème volume de l’encyclopédie des pathologies modernes. Ou alors, j’aurais tout aussi bien pu perdre pied et me noyer au milieu d’un océan de chiffres noirs.

C’est donc par pur réflexe défensif, qu’en général je repousse le traitement de ma paperasserie à des jours meilleurs. Des jours comme il n’en arrive le plus souvent que sous la forme d’un rappel avec dernier délai en caractères gras soulignés ou d’une sommation d’usage.

Évidemment, je pourrais implorer mon percepteur pour qu’il m’accorde un léger report d’échéance destiné à me permettre de souffler encore un peu. Là-dessus je crois, qu’il y aurait quand même encore une petite marge de flexibilité de négociable.

Mais comme je n’ai pas vraiment d’autre option que de toujours rester au moins un tout petit peu créatif dans chacune de mes actions, je préfère encore l’imaginer me répondre comme suit :

-Une prolongation ?? Alors là, mon cher Monsieur, je ne vais pas y aller par 4 chemins : Vous pouvez aller vous faire cuire un 9 ! J’attends l’envoi de vos documents dûment remplis et signés dans les 3 jours et sans fautes ! C’est ça, ou je vous colle un 0 pointé et des frais administratifs sur les 2 prochains exercices !

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Bon allez, ce n’est pas l’tout des choux, l’heure tourne et il faudrait vraiment que je m’en retourne au plus vite à mes petits calculs de boutiquier !

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Une rare photographie du “Chief Executive Officer” de la société AdminMan Limited se tournant, il faut bien le dire, un peu les pouces pendant un conseil d’administration …

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Mes petites bêtes à grosses pattes

Aujourd’hui j’avais prévu de parler d’autre-chose et puis, il y a eu ce tout petit imprévu

Chemin faisant en direction de mon coin-cuisine, muni de la ferme intention de me concocter l’un de ces petit-déjeuners d’anthologie capable de me catapulter dans les meilleures dispositions pour parler de cet autre-chose, je me suis trouvé dans l’obligation de stopper nette ma course, à deux orteils près d’écrabouiller une toute petite araignée avec de très grosses pattes ! Visuellement, elle semblait être équipée de moufles à quatre ou cinq doigts à l’extrémité de chacun de ses membres.

Et c’est cette fois grâce à une totale absence de mimétisme, qu’une fragile créature a survécu ! Sans une évolution d’ordre chromatique sérieuse, passer inaperçue au sol chez moi, en foulant de ses papattes mahousses la surface de mon parquet laminé chêne clair, n’était visiblement pas une option prévue au programme pour elle par mère nature. Je me suis aussi demandé si avec de si grosses pattes, elle serait un jour en mesure de tisser avec la dextérité et la précision requises, un filet de pêche aux mailles assez serrées pour capturer des proies à sa taille.

Pour moi, il était évident qu’il s’agissait là d’un spécimen rare d’arachnides sinon un représentant initial d’une espèce mutante. Je l’ai baptisée de la marque déposée de « araignée-gecko ». Ce premier contact inédit m’a rappelé une rencontre récente : J’avais surpris, à mon goût trop près de mon lit, une toute petite mouche noire collée à la paroi blanche. Elle aussi présentant cette particularité surprenante de se chausser en gants du rayon très grosses pointures !

Pour cette toute petite mouche à mon sens installée à un endroit des plus mal choisi, j’avais dû trancher en faveur d’une élimination à la « Ghost Buster ». C’est la peine en général appliquée à une grosse araignée à petites pattes, squattant un territoire sensible. J’ai donc libéré Luigi la turbine de sa remise et lui ai offert en pâture cette toute petite mouche à grosses pattes. Mais loin de moi alors l’idée de dorénavant souhaiter me profiler en serial-exterminateur de petits insectes à grosses pattes !

En soirée, peu après m’être immergé jusqu’au menton dans un bain relaxant, c’est en retournant vidanger l’eau refroidie que je l’ai retrouvée noyée dans ma baignoire ! Alors que je l’imaginais prisonnière à perpétuité des entrailles de Luigi la turbine. Elle flottait à la surface du plan d’eau, immobile, ses grosses pattes en éventail. J’étais arrivé trop tard sur les lieux du drame pour lui porter secours. Je l’ai observée attentivement pour voir si elle allait soudain se décider à palmer à contre courant, et ce jusqu’à ce qu’elle se mette à tournoyer de plus en plus vite, puis à se laisser aspirer dans le siphon d’écoulement. J’étais déjà intrigué par son étonnante capacité d’évasion, alors j’étais curieux de savoir si en qualité de mutante, elle disposerait également déjà d’une troisième vie en réserve.

On dit souvent que tout est lié. Il est plus qu’envisageable que la petite mouche-gecko aurait dû constituer un plat du jour parfait pour la petite araignée-gecko ! Et non pas celui de Luigi la turbine, ni celui de l’assoiffé et impitoyable siphon de ma baignoire. Alors dans l’espoir de contribuer à rétablir autant qu’encore possible, le fragile équilibre de la chaine alimentaire, j’ai pris la décision de tenter de sauver la petite araignée-gecko. Profitant de cette initiative pour l’expulser de mon habitat où de toute manière, il n’y avait plus trace sur les murs de petite mouche à grosses pattes à espérer se mettre sous la mandibule. Incapable de jouer aux gros bras avec des petites araignées à grosses pattes, je me suis emparé de deux grandes feuilles de papier, l’ai traquée et cueillie au sol, puis me suis précipité vers ma fenêtre ouverte pour procéder à son évacuation pour de nouvelles aventures, vers une nature présumée des plus accueillante.

Et c’est en secouant vigoureusement les feuilles de papier à l’extérieur que j’ai commis l’erreur que je ne devais plus commettre : Ça faisait déjà deux mois que je souffrais du côté droit d’une déchirure musculaire entre l’épaule et le haut du bras. Habituellement je ne sentais plus grand chose, mais il a suffi que je fasse l’un de ces mouvements interdits et c’était comme si la réparation avait encore lâché ou alors que ça venait de se déchirer juste à côté. Et comme forcément tout est toujours lié, c’est principalement dans l’optique de calmer cette douleur-là, qu’il m’arrivait de prendre des bons bains chauds, tel que celui qui avait ôté la vie à ma petite mouche à grosses pattes mystérieusement échappée de l’estomac glouton de Luigi la turbine.

Aujourd’hui, j’avais vraiment prévu de parler d’autre chose. Et je sais que je devrais aller voir un toubib et lui demander de soigner ce bras souffrant. Mais je sais aussi qu’à la fin, tout ça risquerait encore de me coûter un bras en factures. Et ce serait probablement celui qui est encore parfaitement valide ! Alors je préfère encore laisser les bienfaits de la nature agir à leur rythme et à leur guise. En tentant d’apprendre à éviter de reproduire ces fameux mouvements interdits jusqu’à nouvel ordre. En particulier quand je dois réagir dans la précipitation lors d’un cas d’urgence.

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