Category Archives: Témoignages

Sur la route avec ma maison

Je viens de lire un article sur les “vanlifers” actuels, source d’inspiration pour ce petit dessin. Avec la pandémie du covid-19, il y a eu une explosion du nombre de ces voyageurs bohèmes et pour différentes raisons liées à cette crise, il y aurait eu un grand nombre de déceptions aussi.

On peut dire que j’ai fait partie des “vanlifer” de la “première heure”.

Il y a des années, je vivais dans ma vieille camionnette sommairement aménagée et n’avais pas de pied-à-terre en briques. J’étais capable d’arriver en retard à mon travail même quand je dormais dans le grand parking qui jouxtait l’entreprise de mon employeur ! Évidement en dehors des emplacements de campings, je n’avais aucun chauffage, ce qui ne me poussait pas à sortir des plumes d’oies sauvages, au petit matin des saisons fraîches.

Si on m’avait laissé poursuivre cette aventure sans me raisonner jusqu’au cœur de l’ hiver, je crains que serais mort mort jeune et congelé dans ma boîte-de-conserve sur roues. Mais que de merveilleux souvenirs !

Ce que je leur envie le plus, c’est l’existence d’internet. Elle leur permet le télétravail et leur offre des opportunités de gagner leur vie tout en voyageant.

Même si je m’en suis passé durant de nombreuses années, je possède à nouveau une SunGonette prête à partir en road trip. Mais cette période de semi-confinement m’a un peu refroidi. Plus de destinations touristiques, de manifestations locales, de concerts et de festival de rock en plein air… Et en même temps en tant que vétéran du genre, j’ai donné plus de place à ma conscience écologique et réalisé que le “monde” autour, avait beaucoup changé. Il y a beaucoup plus d’interdictions un peu partout, comme c’est souvent le cas lorsqu’il y a surnombre. La priorité des communes est de ne pas se laisser envahir, de rentabiliser leurs espaces publics et avant-tout de favoriser le chiffre d’affaires des hébergements et des commerces locaux. Et c’est sans compter les mesures dissuasives mises en place suite à des comportements inapropriés, comme le litering, les déversements sauvages, etc…

Alors jusqu’à nouvel ordre, je vais dormir sur mes deux oreilles en sédentaire dans ma caverne…

De toute façon, je ne me vois pas tout à coup me métamorphoser en youtubeur en filmant les étapes de mes périples ou de me mettre à partager mes brossages de dents sur les aires d’autoroute…

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Déplacements d’anxiétés

J’ai enfin ces dernières semaines, trouvé une réponse à l’une de mes vieilles questions qui était restée ouverte. Il y a de cela deux décennies, j’avais dû commencer à prendre des anxiolytiques prescrits par mon psychiatre. Au départ, c’était vraiment des doses de cheval et avec le recul, je n’ai rien à redire là-dessus. Cette molécule a réellement permis de calmer la bête, a contribué petit à petit à re-stabiliser la boussole et à me remettre les idées bien en place.

Beaucoup plus tard, la ration quotidienne est tombée à des valeurs, disons… d’entretien. Ça douillait quand même encore 10.— par jour pour un seul cachet. Sur un an, ma petite dépendance aux molécules magiques engloutissait quelque chose comme un budget de vacances de rêve sur une île paradisiaque. L’ombre des palmiers sur une plage de corail, je pouvais donc mettre une croix dessus pour raisons de santé. ( Je vous épargne les petits calculs en matière de primes d’assurance maladie, décomptes d’honoraires et de franchise pour ma pomme etc… )

Je n’avais jamais eu à rouspéter non plus devant les compétences sensibles de mon thérapeute. Il m’avait fourni des outils théoriques efficaces et m’avait guidé pour que je puisse aux mieux me dépatouiller avec la confusion dans laquelle me mettait ma situation.

Mais une chose qui m’avait frappé, c’est qu’il me répétait toujours exactement la même phrase à chacune de nos séances mensuelles et qu’elle ne cadrait pas avec le reste, alors qu’il n’avait pas autrement pour habitude de radoter :

– C’est comme l’insuline pour un diabétique, il va falloir le prendre à vie…

J’avais trouvé très louche et même parfois agaçante, cette phrase récurrente martelée en dehors de nos échanges intéressants et constructifs. Pour les non-initiés, il faut savoir que ces crises étaient entrecoupées de longues phases de répit complet. Et mon problème n’avait évidement rien d’aussi dangereux dans mon cas en tout cas, qu’un diabète mal soigné. Mais il fallait avaler le bonbon quotidiennement pour me prévenir d’éventuels déclenchements. Et il était semble t’il écrit quelque part que je risquais même un jour de me retrouver enfermé dans une crise sans fin. Un billet aller simple pour le nid de coucous, on va dire.

Bien sûr lorsque tout allait bien, j’avais tenté d’interrompre mon traitement et connu quelques rechutes bien glaçantes. Ce n’était donc pas la bonne solution. Et si c’était pour m’entendre encore répéter en boucle la fameuse comparaison avec l’insuline du diabétique…

Ces derniers temps je retombe justement souvent sur le scandale des prix de l’insuline aux USA. Il y a là-bas beaucoup de diabétiques qui n’ont pas les moyens de se payer ce produit qui est vital pour eux ! Il n’y a que trois sociétés qui la distribuent et ils en ont “artificiellement” gonflé les prix jusqu’à l’exorbitant. Quand on s’y intéresse un peu, ce n’est franchement pas du tout le rêve américain ! Et c’est là que j’ai découvert que l’une de ces sociétés-là, était la même que celle qui produisait aussi ma dragée journalière à dix balles !! Et moi les coïncidences, on peut dire que ça me parle…

Donc mon psy avait certainement du être “travaillé” par “un -e influenceur – euse de ces laboratoires pharmaceutiques“. Un(e) délégué(e) commercial(e) très au fait de deux traitements, très rentables sur le long terme et volontiers fournis à volonté par leurs soins…

J’ai tout de même fini par pouvoir arrêter ce traitement par moi-même, en adaptant ma manière de le prendre et en diminuant petit à petit son dosage. Cela ne s’est évidement pas fait en quelques mois, c’est sans doute ce qu’on appelle prendre son mal en patience. Par chance, les comprimés faisaient de plus en plus d’effet et je pouvais donc en réduire progressivement et prudemment la posologie. Vers la fin, je devais même couper mes petites pilules en deux au canif, parce qu’il n’y avait rien de plus léger de disponible en pharmacie.

Ça fait pas mal d’années maintenant que je n’en ai même plus en réserve dans ma pharmacie. Et j’en ai jeté pas mal à la poubelle sans trop compter.

Mes dix balles d’aujourd’hui, tant qu’à faire, je préfère les investir dans le plaisir d’un bon produit de brasserie. Tout en espérant qu’en appliquant cette réaffectation, mon divorce pharmaceutique n’aura pas pesé trop lourd dans la décision en faveur d’une augmentation massive des prix de l’insuline au pays de la liberté de baiser ses compatriotes jusqu’à l’os…

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Madame Lelivre et Monsieur Lecahier

Il était une autre fois et il y a fort longtemps, un grand soir où j’étais de sortie dans le grand jardin des péchés de toute nature. J’y avais fait la rencontre de deux personnes que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. L’homme était assez calme et la femme un peu foldingue. Elle semblait bien partie pour croquer une récolte entière de fruits défendus. Il s’est avéré que ces deux-là n’étaient pas en couple.

Au cours d’une conversation avec le gars en question, me voyant intrigué par les sursauts excessifs de la dame assise à proximité, il m’a confié à peu près la phrase suivante :

-Alors elle, si on veut, c’est un peu comme un drôle de livre : Elle a toutes les pages, mais pas dans le bon ordre…

Cette représentation surprenante est depuis à jamais restée gravée dans ma mémoire. D’ailleurs il arrive que je m’en serve en pensée dans certaines situations. Et avec ma manie de tout visualiser, je l’ai imaginée en album psychédélique haut en couleurs, saturé en rebondissements anarchiques. Je l’ai simplement référencé du titre de Madame Lelivre.

J’avais par la suite un autre soir sympathisé avec elle. Son interprétation m’avait parue moins chaotique qu’ils avaient pu me la laisser entrevoir. Mais elle avait assurément une personnalité discordante d’avec les standards les plus répandus. Je me rappelle encore qu’elle méritait tout à fait sa deuxième lecture !

Cette circonstance peu ordinaire m’a rappelé ce type singulier, qu’on avait invité à venir avec nous dans une discothèque lointaine. Lui, c’était sur la piste de danse, qu’il faisait soudainement des bonds en se livrant à des gesticulations excentriques. Tout cela en vociférant une phrase aussi étrange que comique. Et ainsi, il libérait naturellement tout l’espace nécessaire autour de lui sous la boule à facettes. Et puis, une fois sa chorégraphie d’extra-terrestre qui se lâche terminée, il retrouvait toute sa réserve. Quand on a percuté que ce n’était pas des clowneries intentionnelles, on s’est évidemment amusés à spéculer sur l’origine de ces effets secondaires. Qu’il avait probablement dû chuter de la table à langer. Et certainement la tête en bas, le pauvre !

Je l’avais ensuite revu un autre jour par hasard dans un train. Il m’avait alors présenté son cahier rempli de poèmes manuscrits. C’était un recueil d’impressionnantes envolées lyriques très bien et très proprement écrites, truffées de mots savants qui m’ont ensuite encouragé à ouvrir plus régulièrement mon dictionnaire. Monsieur Lecahier, cet alien qui dansait comme un pied, était donc loin d’être complétement frappadingue !

Ce sont deux personnes que je n’ai plus jamais revues après notre deuxième rencontre.

Et moi alors dans tout cela, que suis-je ? Un carnet de notes, un roman à l’eau de rose, un guide touristique ou un bouquin de recettes ? Ou peut-être une compilation de tout ça ?

Je sais qu’il m’est arrivé de me mélanger les chapitres. De m’égarer dans ma propre lecture. Mais j’ai également démêlé des intrigues. Tiré des énigmes au clair. Biffé des passages nébuleux et sans grand intérêt. Surligné des paragraphes importants. Et aujourd’hui, il m’arrive de penser que j’en sais déjà presque trop sur moi-même.

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Mauvaise passe pour l’optimiste de l’an 2000

> il était une fois … il y a des siècles <

Lorsque l’aube du 2ème millénaire nous paraissait encore loin, j’étais de ceux qui envisageaient l’an 2000 sous un angle optimiste !

Optimiste et futuriste ! Assez proche de ce nous présentaient des magazines illustrés, des documentaires télévisés et tout ce que prophétisaient de plus réjouissant, des romans graphiques d’anticipation. On y découvrait des villes splendides, nickel chrome et tape-à-l’œil à la pollution inexistante. Des enchevêtrements d’architectures esthétiques dans un environnement sain et agréable à vivre. L’image proposée était celle d’un monde apaisé, capable d’offrir à tous ses citoyens, une existence calme, pacifique, passionnante et bienheureuse. On y prédisait un avenir merveilleux de fluidité et un ciel bleu constellé d’automobiles volantes. Et je pouvais aisément me projeter en futur passager du futur : Aller me joindre à la béatitude et à l’allégresse généralisée en prenant place dans l’un de ces aérotrains à sustentation magnétique, perché sur un rail unique, glissant sans bruits ni à-coups désagréables, à destination d’un futur idyllique et harmonieux…

Il suffisait alors encore d’affubler d’un beau “2000″ en quatre belles grandes lettres pour l’emmailloter dans une modernité révolutionnaire, le dernier modèle d’un robot ménager, l’appellation d’un projet ferroviaire avant-gardiste ou même, le patronyme d’une station de sports d’hiver. (etc…)

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L’an 2k ? Je ne l’appréhendais pas vraiment en pessimiste. Devoir resquiller au quotidien à bord d’un train-fantôme peu sûr, crasseux et malodorant. M’empiffrant de rations de malbouffe entre deux affrontement avec d’autres bipèdes ramollis du clocher, alors ça… non ! Pas vraiment tentantes non plus, les réalités alternatives présentées dans les films de science-fiction post-apocalyptiques. Autant que ne m’alléchait pas franchement, la perspective de devoir un jour évoluer dans le monde tout en laideurs dépeint par des punks prisonniers de leurs plus mauvais jours.

> 2000 <

Le jour venu, il ne s’était en réalité finalement pas passé grand-chose. Les projections d’un passage éclair dans ce fameux monde perfectionné n’avaient pas été réalisées. Pire, la naissance du nouveau millénaire devait débuter à minuit une, par une chaine de catastrophes liées à un ridicule bug informatique  ! Cette erreur était une fois de plus d’origine humaine ! Il n’y aurait à l’évidence pas franchement assez de crédibilité en termes de compétences à allouer aux cadors de notre instable espèce, qui se révéleraient susceptibles de changer quoi que ce soit et qui viserait à efficacement sauver nos miches de la désintégration prochaine de cette pétaudière en ébullition.

Le Mixer2000 était frappé d’obsolescence programmée. La station de ski 2000 devrait s’équiper d’au moins deux mille canons à neige pour espérer survivre à son concept. Et les chemins de fer 2000 s’étaient contentés de raviver l’aspect de quelques unes de leurs rames de trains vintage à l’origine toutes uniformément kaki-vert-bouteille, en les rhabillant de quelques timides couleurs à peine un peu moins déprimantes.

> 2020 <

Arrivée de la 20e des années 2000 ! Et toujours pas trace d’un seul prototype à moitié crédible ressemblant à un monde proche de nos idéaux pré-millénaristes. Au lieu de cela, le temps était avant tout venu pour la population du monde entier, de prendre conscience de l’urgence d’oser radicalement et de concert, se risquer à tenter de le sauver ! Quitte à devoir rater le premier passage d’un flamboyant autorail futuriste …

Et moi de toujours me déplacer avec une fourgonnette obsolète de l’an 2000 ! L’un de ces modèles d’autrefois qui ne volait pas encore…  

> 2021 <

C’est le jour de l’an de la 21e des années 2000 que j’ai compris qu’elle savait aussi et conformément à son bon vouloir, ne plus rouler non plus. Que j’ai dû faire face à mon bug de l’an 2021 personalisé ! L’espace intérieur des restaurants étant encore tous fermés au public pour cause de pandémie, je me suis rendu à la va-vite au Drive-In du fast-food situé dans une zone post-industrielle de la cité. C’est que résister à l’envie d’un Happy1000 et à son jouet-cadeau en plastique à usage unique, ne faisait plus partie de mes bonnes résolutions. Alors j’ai été puni par le destin pour cet écart de conduite malheureux sous la forme d’une avarie embarrassante survenue devant le guichet de réception de la camelote. J’occupais la pole position de la file de véhicules individuels quand j’ai réalisé que mon départ en trombe, pour prendre le large dès le premier virage devant tous les autres concurrents présents sur le circuit, s’avérerait plus que problématique ! J’ai été contraint à l’abandon sur problème mécanique. J’ai dû pousser ma bonne vielle monture de l’an 2000, avec laquelle je nourrissais l’espoir de gagner toutes les courses de la saison, vers la place de stationnement la plus proche. Et c’est l’appétit coupé lui-aussi, que j’ai derrière un volant désormais décoratif, englouti mon ravitaillement expéditif-bourratif.

Diagnostics plausibles pressentis :

  • L’ordinateur de bord de vingt ans d’âge révolu, n’a pas été conçu pour fonctionner fiablement au-delà de 2020.
  • Un problème quelconque survenu au mauvais moment dans le circuit de la pompe à essence.
  • Autres et/ou impondérables

C’était un jour férié, à une heure à laquelle on ne dérange pas volontiers des dépanneurs qui s’apprêtent à partager un repas équilibré en famille. Hormis si on se trouverait à l’article de la mort ! Alors j’ai abandonné mon van à l’autonomie réfractaire. A lui, il lui était possible d’envisager dormir sur place. Et à défaut d’une ligne de navettes perchées sur monorail et cadencée au quart d’heure, je suis rentré à pieds en affrontant le froid glacial. Une promenade forcée, mais susceptible de faciliter à la fois la digestion du menu avalé de traviole et la contrariété de mon tout premier déboire de l’an neuf.

Le jour suivant, je suis retourné au chevet du malade avec un léger regain d’espoir de survie ainsi que d’un supplément d’outillages. J’ai vérifié les fusibles et le relais suspectés, puis procédé à l’ultime tentative de réanimation miraculeuse. Avant cette fois d’appeler le dépanneur.

Sur place il a procédé à une inspection méticuleuse. Il a écarté mes suspicions de problème d’ordinateur de bord ainsi que celui de l’arrivée d’essence en faveur d’une absence fatale d’allumage. A l’instar de mes attentes utopiques quant au jaillissement d’un an 2000 très raffiné, je m’étais fourvoyé en me limitant aux résultats d’une analyse trop optimiste. A l’image des bougies de mon sapin de Noël, la fête était également terminée pour celles chargées d’illuminer la ténébreuse intimité de mon moteur.

L’urgentiste de la mobilité motorisée a ensuite hissé ma fourgonnette sur le gabarit métallique de sa dépanneuse et nous avons ensemble quittés le parking du fast-food. En route pour le dépôt, j’ai réalisé que ma fourgonnette de l’an 2000 – que je savais déjà incapable de voler – ferait par contre parfaitement office de remorque habitable en cas de l’imminence d’une fin du monde

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L'occasion de republier un ancien dessin !
La voiture grise est une machine voyager dans le temps.
Et il arrive qu'elle tombe en rade...
   

Le Golden Six-Pack

J’ai déniché un fournisseur qui m’autorise à réussir mes œufs sur le plat comme un chef ! Et ceci et c’est très inhabituel, presque à tous les coups ! Et je m’interroge depuis sur la nature particulière du savoir-faire de ces poules. Selon la pancarte, il semblerait qu’elles évoluent en liberté et sont autorisées à pondre à l’endroit où ça leur chante. Donc pas trace de cage à poules exiguës et pas de tapis roulants pour la collecte. Alors j’imagine de fringantes et heureuses gallinacées avec du vent dans les plumes, picorant de succulentes graines de premier choix, gambadant sur des pelouses verdoyantes et écoutant du rock progressif à longueur de journée…

C’est suite à la délicate manœuvre de l’ouverture d’une large brèche dans la coquille, suivi du processus d’extraction du fragile contenu, puis de sa dépose dans la poêle que le miracle d’un jaune qui reste parfaitement intact se produit !

Est-ce la coquille brisée qui serait moins tranchante ? Ou alors est-ce cette pellicule de protection gélatineuse qui serait plus résistante ? Ou même les deux ? Mystère ! Moi jusque-là, j’avais toujours attribué mon ridicule taux de réussite à mon manque de technique et de dextérité. Je n’avais jamais même pensé laisser endosser une part de la responsabilité de mes ratages à tout autre drôle d’oiseau que moi-même.

Depuis que j’ai découvert cette nouvelle source d’approvisionnement, je peux en général me délecter de mes deux “sunny side up” à l’esthétique irréprochable. Et de plus, ils sont délicieux. La première déception de la journée le ventre vide , c’est désormais du passé !

Il arrive que mon dealer soit en rupture de stock lorsque je passe me refournir en prodigieux ovoïdes. C’est signe qu’il fourgue un produit très demandé ! Il les revend à la pièce et c’est un plaisir de remplir moi-même mon six-pack en carton-pâte avec la récolte de mon choix.

Hier matin, en attrappant mon carton d’œufs frais, le caissier de mon dealer m’a demandé si j’en avais bien six pièces à l’intérieur. Ce que je lui ai immédiatement confirmé. Et c’est là que j’ai vu sur l’affichage digital situé devant moi que mon ticket de caisse venait de bondir en un seul bip de 294 € !!!

Hou-là ! Les poules aux œufs d’or avaient considérablement augmenté leurs prix depuis ma dernière visite et comptaient visiblement faire de moi une victime du capitalisme poulailler ! Certaines poules auraient donc vraiment déjà des dents et de sacrément longues ! Mon addiction naissante à leurs produits increvables allait donc me coûter une aile et une cuisse !  Mais heureusement, c’était le caissier de mon dealer qui s’était emmêlé les orteils sur son clavier ! Il s’est ravisé en riant pour aussitôt me consentir son rabais habituel.

Ce matin je vais quand même théoriquement m’offrir le luxe d’un œuf au plat ou deux à 49 € l’unité ! Et à ce prix-là, je vais plus que jamais m’assurer, de ne pas les rater !

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La tête de mon dealer quand le business n’est pas assez florissant

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Psychiatroc

La semaine dernière, mon comparse est revenu me rendre quelques petites visites surprises. Il ne m’avait plus autant tapé sur le système depuis des mois ! C’est probablement la raison pour laquelle je lui ai ouvert et l’ai accueilli. Dernièrement, nos chemins ne faisaient plus guère que se croiser. Il m’arrivait de l’apercevoir en train de rôder dans le voisinage, sans qu’il ne vienne cogner à ma porte pour s’inviter.

Mais cette fois, il ne s’est pas présenté sous sa forme vaporeuse. Il était étonnement vaillant et animé de l’intention de s’offrir quelques consultations à l’œil. Évidemment, sans jamais accepter de convenir d’un rendez-vous planifié.

Sa spécialité est de débarquer à l’improviste avec préméditation. Il ne se déplace que pour vampiriser mon énergie. Heureusement, ma trousse d’outils de secours ne se trouve jamais très loin. Dans le pire des cas, elle contient ce qu’il faudrait pour l’hypnotiser voire même l’anesthésier. Mais le plus souvent, quelques entretiens de conciliation suffisent à ramener le calme au sein de notre tumultueuse relation.

En général, quand j’ai fort à faire avec lui, je réduis immédiatement ma voilure sur les réseaux sociaux et bascule en mode lecture en diagonale sur les news en ligne. Il s’agit alors par prudence de ne pas dilapider de ressources vitales. De ne pas m’étourdir d’informations qui ne me seraient pas indispensables et dont il pourrait avoir la mauvaise idée de se servir pour m’intimider. Et à la place, je privilégie ma propre créativité et l’exploite en guise de pare-feu et d’armure.

C’est à peine installé dans son fauteuil qu’il m’adresse déjà ses caresses à rebrousse-poil : Que je m’empresse d’esquiver ou de démêler.

A un moment, il s’en est même pris à mon ancestral instinct de chasseur-cueilleur en le retournant contre moi. S’acharnant à vouloir me convaincre que je ne serais en fait qu’une proie traquée et que je devrais trembler à l’idée d’être cueilli pour être dévoré.

Je reconnais que cette série d’attaques d’une violence inhabituelle ont pu mettre à mal mon équilibre. J’avais un peu perdu la mesure de la possible vigueur de son emprise sur moi. Et il était donc heureux que mes bons vieux réflexes de défense ne se soient jamais évaporés.

A chacune de ces consultations, je lui ai servi un grand bol de bonne humeur et de positivité en échange de ses petites névroses. J’ai fait en sorte de le ramener à la lumière et de lui redonner des couleurs. Lui ai rappelé nos progrès accomplis au fil du temps. L’ai encore empêché de vouloir détruire avec insistance une camaraderie presque vingtenaire, par des propos et des actes dont les possibles conséquences ne lui seraient en rien favorable.

Et un jour, il a soudainement de nouveau disparu sans prévenir. J’en ai profité pour refaire le plein d’énergie et pour retrouver ma sérénité. Quant à mon comparse, je sais l’attendre au contour.

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Durant toutes ces années, je n’ai cessé de constituer une palette de techniques assez efficaces pour le tenir à bonne distance lorsque cela s’avérerait nécessaire. Et j’ai fait connaissance avec une série de déclencheurs qui peuvent faire qu’il rapplique pour m’envahir de ses arrière-pensées inamicales avec pour objectif d’altérer ma réalité. Mais ça reste quand même toujours un peu, un défi d’équilibristes.

Et voilà. Tout ceci devait aussi être un jour évoqué dans mon livre de souvenirs.

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Tout le reste va très bien !

Depuis mon adolescence, quand je gambergeais sur mes chances de survie en faisant face à l’angoisse déclenchée par un nouveau bobo, j’avais pour manie de me demander si à la fin, ça allait être mon corps ou ma tête qui me lâcherait en premier…

Avant d’atteindre le jour de mes vingt ans, je penchais plutôt pour ma tête. C’était principalement parce que je faisais des sinusites à répétition. J’avais beaucoup tardé à me défaire de mes caractéristiques de morveux attardé. Il faut dire qu’à cette époque-là, les courants d’air étaient légions et les hivers très rigoureux. La sinusite est une inflammation des sinus. Il s’agit d’un réseau complexe de tuyaux miniatures implanté dans notre front et en dessous de nos globes oculaires. Et je pourrais encore gémir que ça fait un mal de chien lorsque certaines de ces conduites sont obstruées. Une infection à proximité des méninges ne devant pas être confondue avec un petit rhume, je devais pour m’en remettre, me soumettre à des dizaines de séances d’inhalations de vapeurs magiques pour finir par en purger et en ripoliner toutes les canalisations.

A ma majorité, c’est en terminant mon service militaire que j’ai fait des calculs rénaux. Et je pense toujours pouvoir me lamenter que ce n’était en tous cas pas une partie de plaisirs ! On m’avait confié que j’avais justement fait un très mauvais calcul en ne buvant pas assez, pendant que je fournissais mes simulations d’efforts de guerre. Le hic c’est que je me déshydratais intentionnellement en fin de journée pour éviter d’avoir à me relever la nuit. Éviter de devoir me rhabiller dans un sac de couchage patiemment porté à température, m’en extraire pour quitter l’igloo de survie, juste pour aller me congeler la queue en trois minutes dans les courants d’air d’un hiver très rigoureux. Les genoux à terre entre deux grimaces de supplicié, j’avais cette fois acquis la certitude que cela serait mon corps qui me lâcherait le premier ! Même si en même temps j’avais conscience que sur ce coup, ma tête n’avait pas fait fort.

C’est plus tard, que je me suis encore senti tout brindezingue. C’était suite à une mise à jour surprise de mon système d’exploitation. Je me suis retrouvé très désorienté en évoluant dans un environnement passablement modifié. Je notais régulièrement des bugs ici et là dans cette version bêta de mon nouveau logiciel. Il m’arrivait même carrément de perdre le curseur ! C’était ce qu’ils appelaient des crises. Un technicien spécialisé avait établi un diagnostic qui laissait peu de place au doute : le problème serait dans ma tête et nulle part ailleurs

Lorsqu’il m’était offert le répit de me sentir au mieux dans ma caboche, voilà que mon corps se remettait à émettre des signaux de faiblesse. J’avais par la suite été appelé à subir la torture d’une infection urinaire. Cette fois, ce n’était plus des petits cailloux que j’allais évacuer, mais du magma en fusion et au goutte à goutte. Un sale coup au-dessous de la ceinture de la part de mon corps ! Je me sens encore en droit de pleurnicher que j’avais alors du endurer le bizutage d’une quéquette qui participerait à son premier stage en enfer.

J’ai eu très peur de ce que ma tête pourrait encore inventer en termes de calvaire pour reprendre la main et l’ascendant sur mon corps ! Mais finalement non : ensuite c’était plutôt le pied. Mon corps et ma tête ont ratifié un accord en décrétant qu’ils allaient cesser à tour de rôle de m’accabler d’inquiétudes mortifères pour se démarquer.

Et depuis là, on peut dire que me sens bien dans ma tête et dans mon corps au même moment. Ça fait des décennies que je n’ai plus attrapé de sinusite, des lustres que je n’ai plus uriné le moindre gravillon et des années n’ai plus eu à vidanger une goutte de lave. C’est peut-être en partie dû au fait que les hivers actuels sont généralement plus doux. Et je peux même ajouter que ces temps-ci, je traverse nettement moins de crises que ce que s’en inflige notre société.

Alors j’ai remodelé cette habitude de me demander si ce serait mon corps ou ma tête qui me lâcherait en premier : Aujourd’hui, je me demande plutôt si ça sera moi ou le monde dans lequel je vis qui prendra l’initiative de passer le générique de fin.

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Mon petit musée (10)

Ma réputation d’enfant modèle (du moins en photo) étant construite, j’avoue ensuite avoir été tenté de monter en gamme et d’accéder au rang plus prestigieux d’enfant gâté.

Je venais de prendre possession de mes nouveaux quartiers dans une grande chambre individuelle. J’y disposais dès lors de tout le volume nécessaire pour me livrer sans restriction aucune, à l’approfondissement de mes multiples inspirations juvéniles.

C’est dans le but d’agencer un recoin encore inoccupé de mon nouvel espace de créativité, que J’ai entrepris de solliciter le père Noël pour qu’il me fournisse, dans ses meilleurs délais, un piano demi-queue en bois précieux. Dans ma longue lettre à son intention, je lui avais fait part des profondes convictions qui me tourmentaient : Qu’il se pourrait fort bien qu’il ne soit pas déçu, s’il décidait d’entrer en matière en ma faveur en contribuant matériellement à l’éclosion de mes plus prometteurs talents de prodige du clavier.

J’étais en mesure d’argumenter que je disposais d’une excellente oreille musicale et que j’avais à ma naissance été gratifié d’une tessiture d’enfant de chœur. Mais j’avais au passage soigneusement évité de lui rappeler mes médiocres résultats au cours de solfège de l’école et ne lui avais pas dévoilé mon sentiment que je ne saurai sans doute jamais lire ni écrire : Que je resterais à jamais un analphabète de la partition de musique.

Le généreux barbu s’était montré compréhensif et n’avait pas tardé à me livrer mon instrument (voir photo). Il avait sans doute lui aussi pu déceler que dans mon cas, le plus tôt serait le mieux. Qu’il fallait éviter de pourfendre dans l’œuf, les prédispositions précoces d’un futur Amadeus du Bontempi…

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Lorsque j’ai commencé à faire des gammes et à improviser quelques cacophonies sur mon orgue électrique, le compositeur, l’interprète et l’auditeur réunis en moi ne tarissaient pas beaucoup d’éloges. Mon magnétophone qui restait à portée de mains pour immortaliser la quintessence de mes arrangements n’était pas mis à contribution aussi fréquemment qu’espéré.

Mon oreille musicale affûtée par exemple, se montrait peu enthousiaste à l’écoute de mes récitals. L’interprète clamait son insatisfaction en s’apercevant de son incapacité à pianoter quoi que ce soit d’à peu près audible du bout de ses dix boudins engourdis. Quant au compositeur trop fougueux, il reprochait à l’interprète de ne pas vouloir au plus vite consentir à fournir plus d’efforts rudimentaires avant d’envisager créer une symphonie ou de sortir le tube de l’année.

Bref, avec cette audition de mélomane, cette impatience créatrice et cette dextérité de mollusque, je n’étais pas près de décrocher mon ticket pour le conservatoire ou de partir en tournée mondiale avec Kraftwerk…

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Je crois que c’est là que j’ai commencé à me considérer moi-même comme un nouvel instrument. Celui dont je ne pourrai évidement jamais me débarrasser par contrariété ou par découragement. Celui dont il serait inévitable de persister à chercher à en déjouer les fausses notes. Que j’apprendrais à composer avec les meilleurs accords possibles entre les différentes facettes de ma personnalité et la variété disponible de mes sens. Que je m’efforcerais à harmoniser cette polyphonie intérieure et trouverais de bons rythmes…

Et dans mon cas de toute évidence, cet équilibre ne pourrait aisément être atteint au synthétiseur ! Alors j’ai repris contact avec l’équipementier de la Nativité avec l’espoir qu’il serait enclin à étendre son soutien au charmeur de claviers.

Et il n’a pas tardé à m’accorder un micro-ordinateur Commodore 64 !

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Vous aviez du courrier !

Ça fait plusieurs années déjà que j’assume pleinement mes prédispositions naturelles à l’exagération en matière d’associations d’idées. Et je pense que pourrait bien être imminente et entière, mon acceptation de l’extravagance de mes associations d’idées ET de lieux.

1er exemple : Je me suis récemment arrêté en passant, dans un très bel endroit où j’avais par le passé eu la chance de vivre quelque chose d’extraordinaire et d’inoubliable. Alors que j’avais jusque-ici exclu d’y remettre les pieds ! Ce bannissement avait pour seul but, de ne pas estomper voire de briser le lien qui pouvait exister entre cet endroit et l’évocation du moment fort que j’y avais vécu.

Une manière aussi pour moi, une nouvelle fois sur place dans des circonstances moins réjouissantes, d’éliminer tout risque de coup de blues nostalgique. D’exclure d’emblée la perspective d’un pèlerinage à grimaces dans un sanctuaire de la boule au ventre. Voilà pour l’endroit.

L’idée ultime alors encore seule associée à ce lieu, était que j’avais fait une rencontre nous ayant conduit à cet endroit splendide pimenté de conditions idéales. Une rencontre que j’avais un peu plus tard finalement perdue sur un modeste score de 1:0 sur autogoal, à quelques minutes du temps additionnel des prolongations accordé en cas d’égalité. Et comme j’avais conscience, qu’on n’obtient pas une victoire à tous les coups de sifflet et n’étant pas mauvais perdant, j’avais préféré ranger ce maillot, que je ne m’étais pas retenu de mouiller avant de m’incliner, dans la vitrine des souvenirs précieux. Parce qu’il ne devait en aucun cas se couvrir de la même poussière que moi, j’avais été mordre…

Si j’ai fini par retourner hanter cette zone interdite, c’est que mes associations d’idées ET de lieux, peuvent au-delà d’un délai raisonnable, se trouver prescrites et entraîner une annulation des pressentiments du 3ème paragraphe…

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2ème exemple, et deuxième lieu de référence de cet article, qui a la particularité de ne pas être un point fixe et définitif sur une carte, mais de déménager aussi souvent que moi. Il s’agit d’un emplacement mobile, qui se débrouille toujours pour ne pas aller s’égarer assez loin de chez moi, puisqu’il s’agit de ma boîte à lettres. Dans le passé, mes rapports au quotidien avec ce réceptacle de tôle s’étaient subitement envenimés. Et depuis, à chacun de mes passages devant sa petite porte, je rechigne à m’en approcher lorsque je ne fais pas carrément mine d’ignorer son existence. Et aujourd’hui encore, je ne lui accorde plus guère d’autre qualité, que celle de savoir retenir en captivité pour une durée indéterminée, mon contingent de contaminations de papier !

L’idée excessive que j’y ai associée, c’est que nos interactions passées n’ont le plus souvent eu pour incidence sur mes journées, que celle de me les gâcher !

Malheureusement, l’association d’idée ET de lieu dont il est question ici, semble avoir été garnie d’un délai de prescription de très longue durée…

On pourra aisément imaginer quelques déconvenues pouvant découler d’une telle inhibition :

Exemple : Supposons qu’une admiratrice romantique se saisisse de sa plus belle plume et m’envoie une déclaration manuscrite enflammée ? Il serait alors fâcheux, qu’au fond de la caissette, n’en reste qu’un petit tas de cendres, le jour de l’imprédictible relève.

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Le réveil de ma boîte à lettres

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L’incroyable sort d’un citron non traité et pas pressé

Alors que je n’en avais jamais connu une seule durant les premières décennies de mon existence, j’ai un jour commencé a développer ici et là quelques allergies alimentaires. Au début, c’était uniquement avec certains ananas ! Un fruit dont je raffolais particulièrement. Et puis ensuite, même chose avec les agrumes. Et un jour ce fût pareil avec un melon de Cavaillon !!! C’est là que j’ai sonné l’alerte ! Comment allais-je pouvoir survivre, si je ne pouvais plus librement consommer au moins une variété saisonnière de cinq fruits et légumes chaque jour ?

Et puis je me suis souvenu que par le passé, j’avais connu une personne allergique qui finissait à l’hôpital, si par malheur elle ingurgitait de l’ananas, ne serait-ce que sous forme d’extrait ou d’additif ! Et c’était dans un pays où il en poussait et des bien délicieux !

C’était devenu une sorte de loterie : Ça pouvait passer du fruit dégusté avec plaisir et sans avoir ultérieurement à pâtir de la moindre gêne , au déclenchement d’une inflammation de gorge persistante qui par la suite, se convertissait encore en “rhube” pour ne pas se laisser oublier trop facilement.

Après avoir enquêté là-dessus, j’ai décidé de modifier certaines de mes habitudes alimentaires. J’en étais arrivé à suspecter des effets indésirables dus à certains produits chimiques agroalimentaires. Les agrumes comptant parmi les produits intensément traités, j’ai par exemple, commencé à acheter des citrons non traités, malgré le fait qu’ils étaient conditionnés dans des sachets en plastique scellés. Et vérification faite : jamais plus aucune réaction allergique à déplorer avec ces fruits-là !

Mais voilà, n’étant pas traités après récolte, ils moisissent un peu plus vite. Et je n’ai pour le moment pas trouvé d’autre alternative que de les acheter par emballage de quatre pièces. C’est du gaspillage, car il y en aura toujours un qui finira par moisir avant usage et qui passera à la poubelle. Sauf aujourd’hui ! Parce que ce citron-là, qui commençait à peine à blanchir, c’est en personne que je me suis chargé de bien le traiter ! Mais à ma manière.

Voilà. Il se pourrait peut-être qu’un de ces jours, je vous parle de kiwis. Un fruit, avec lequel, j’ai toujours pu me flatter d’entretenir des relations sans histoires …

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70 ans d’âge et pas une ride !

L’autre jour, je suis tombé sur une vieille bagnole de collection garée sur le parking d’un garage. Il s’agissait d’un modèle dont je n’avais jamais vu un seul exemplaire ni une seule photo avant ce jour là. Alors je me suis arrêté pour satisfaire ma curiosité : Il s’agit d’une voiture française de marque Panhard, modèle Dyna X de 1950, surnommée “Louis XV” par certains à cause de son style particulier, et “le crapaud” par d’autres…

On était vraiment encore très loin à cette époque du format exubérant genre SUV devenu la norme aujourd’hui et on devait se sentir serrés comme des sardines là dedans ! Le trou là-devant, au centre de la calandre, ce n’était pas pour le style, mais pour insérer la manivelle de démarrage manuel en cas de problème de batterie, de démarreur etc..

La raison principale qui m’a poussé à publier cette photo ici, c’est que sa carrosserie est entièrement en ALUMINIUM ! Il s’agit de ce matériau léger et qui ne rouille pas , avec lequel aujourd’hui, on fabrique volontiers des canettes de boissons à usage unique jetables !!!

Une matière première aux propriétés très particulières, qui à fabriquer à partir de la bauxite coûte très cher en énergie, mais qui serait recyclable presque à l’infini, pour autant qu’on prenne tous la peine de la considérer comme une matière plus précieuse qu’un simple contenant de boisson à balancer dans la nature ou dans la première la poubelle ! On devrait d’ailleurs sensibiliser notre jeunesse déjà à l’école à ce type sujet ! Savoir identifier les matières, les matériaux et leurs ressources naturelles et encourager la prise de conscience qu’elles ne sont pas illimitées. Histoire de peut-être encore éviter qu’ils ne s’en mordent les doigts, quand il n’y en aura plus !

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Plaque commémorative du second trimestre 2020

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C’est avant-tout le sens du devoir de mémoire qui m’a poussé à bidouiller cette plaque commémorative en faux bronze coulé. C’est pour ne jamais oublier sur le long terme si en fin de compte, il s’agissait d’une crise de la quarantaine ou de la quarantaine d’une crise.

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Ma galerie de petits monstres

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Je possède ma propre galerie de petits monstres. Sans eux, je ne serais rien. Je les trimballe avec moi partout où je vais.

En ce moment même, mes petits monstres sont bien installés, alignés sur une étagère de mon living room, un peu à l’image d’une collection de petites créatures en peluche.

D’un commun accord, nous avons fait le choix de nous montrer plus disciplinés qu’à notre habitude. Nous ne sortirons plus qu’en cas d’absolue nécessité et le temps qu’il faudra. Une menace mortelle rôde à l’extérieur. Et nous avons décidé que ne souhaitions pas inviter ce monstre là à se joindre à notre famille. Et ce n’est pas parce qu’on l’a baptisé d’un sobriquet d’exoplanète lointaine qui ne déclenche pas d’insurmontable terreur, que nous devrions prendre le moindre risque d’accueillir ce braconnier.

Parmi mes petites canailles, il y a l’angelot et le diablotin. Ces deux-là sont présents depuis le jour de ma naissance. Ensuite au fil des années et au gré de mes rencontres, j’en ai adopté d’autres. Je peux citer des exemples comme le timide, l’imprudent, le trouillard, l’insolent et le rebelle.

Je les consulte tous très régulièrement mes petits larrons. Même si le philosophe est d’avis que dans la précipitation j’aurais trop souvent tendance à n’écouter en priorité que le sourdingue, le frappadingue, l’épicurien et l’instinctif.

Sans cesse je rappelle à l’amnésique que je consulte également les archives de l’inaltérable. Et je négocie des compromis avec le nostalgique et le responsable lorsqu’ils sont opposés à laisser libre cours aux hardiesses de l’ambitieux et de l’avant-gardiste.

J’avoue éprouver une sympathie particulière pour le curieux, le rêveur, le clown, le fantaisiste, l’équilibriste, l’imprudent, l’extravagant, le compulsif,  l’hyperactif  et le contemplatif.

Le moraliste lui me répète que je laisse trop de place tout en haut de l’étagère à l’obstiné, à l’intrépide et au hasardeux, tout en m’approuvant d’avoir su bâillonner l’égoïste et décourager l’arrogant. D’avoir su tisser des liens étroits avec l’optimiste. Le consciencieux me félicite encore pour la décision d’avoir dissout le groupe de pression formé entre autres à l’origine par l’impatient et le négligent.

J’en ai encore plein d’autres de ces petits monstres dans ma collection personnelle. Je ne vais pas tous pouvoir les mentionner un à un dans ce texte. Même si ça ne va plaire du tout au prétentieux, au fanfaron et au susceptible…

J’ai du finir par céder aux insistances de l’excentrique. Il ne pouvait pas s’imaginer une seconde de pas apparaître en personne dans ce récit.

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Micro-pile et poil à gratter

Je me suis réveillé trop tôt ce matin et malgré le déploiement d’une variété d’efforts, cette affaire a pris une tournure définitive. Alors j’ai entrepris de mémoriser ma liste de courses à faire en ce jour. Quelque chose d’un peu assommant : Parfois ça peut encore marcher…

Aujourd’hui, pour une fois, je vais faire la sourde oreille à mon indécrottable optimisme et me forcer à constituer quelques réserves alimentaires de base. Parce que dehors, une vilaine grippe fourbe et mutante a entrepris de se propager. Personne ne sait encore avec grande certitude si dans la durée, elle se contentera de n’être que saisonnière. Mais parmi les trop nombreux malheureux qui l’ont attrapée, certains n’ont pas pu terminer la saison !

Alors que nous étions de plus en plus enclins à nous unir sur la place publique pour militer en faveur de notre survie existentielle et climatique et de protester contre de multiples inégalités et autres menaces d’extinction, voilà qu’un agent infectieux aux prédispositions virulentes surgit sans prévenir pour museler les mobilisations ! Un fléau-surprise qui essaime plus précipitamment qu’un réflexe de freinage d’urgence d’une mondialisation engraissée aux profits et biberonnée aux flux tendus.

Mais non pas du tout ! Je ne panique ni crie au loup trop facilement !!! Et ce, même si je me considère faire partie des paranoïaques de haute-voltige avec une capacité de suspicion naturelle supérieure à la moyenne ! Il y a longtemps déjà, j’avais même expérimenté un épisode où j’avais quelques TOCs un peu à l’image d’Adrien Monk de la série télé. Mais ce n’est pas pour autant qu’aujourd’hui je vais d’urgence devoir engager pour m’aider à survivre, une assistante qui me rassure et me distribue des lingettes anti-bactériennes…

Mais non ! Ma très vive réaction est principalement due à un très mauvais souvenir qui me hante : Il n’y a pas deux ans, je me suis coltiné dix jours d’agonie presque sans aucun répit : Une grippe saisonnière de pic de canicule. La plus violente de toute la carrière de mon système immunitaire. Une fièvre de bourrin dans une fournaise estivale agrémentée de l’une des plus inapaisable soif de damné. A ce moment-là, je voyageais avec ma tente de camping et ne disposais d’aucun domicile fixe de repli. J’étais parfois condamné à aller chercher un peu de fraîcheur et d’improviser des mini-siestes derrière mon volant au fond du premier parking souterrain de supermarché que je dénichais. Alors forcément, je préfèrerais ne plus avoir à revivre ce type de torture, ni à l’identique, ni à proximité encore plus immédiate des fourneaux du diable !

Alors sur ma liste de courses, j’ajoute une micro-pile LR41 neuve pour mon thermomètre qui n’affiche plus mes chaleurs. Ce serait un comble de contracter une fièvre contagieuse fatidique en allant me fournir en pile pour mon thermomètre ! Mais je vais quand même courir ce risque pour pouvoir au besoin prendre des mesures préventives. Et puis des pâtes, du riz, des patates et des boîtes de conserves pour tenir deux bonnes semaines en état de siège viral et sans ravitaillement… Et surtout beaucoup de mayonnaise en tube. Parce que si cette épidémie devait s’aggraver, je pourrais devoir en arriver à abréger moi-même mes souffrances et celles que je pourrais potentiellement infliger à mes congénères ! Éradiquer le virus avec son biotope. Dans ce cas de figure extrême, pour ne pas infecter mon prochain, j’envisagerais un suicide à la mayonnaise. Une overdose fatale administrée en douceur accompagnée de fines lamelles de légumes croquants de saison. Et pour cela, il me faudra aussi quelques romans à l’eau de rose pour aborder de la manière la plus romantique possible, l’incontournable fatalité de mon sacrifice et la tragédie de l’issue dramatique de l’alchimie d’une relation passionnelle mais toxique, qui ne saurait augurer de guillerets lendemains…

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Me voici de retour de mon centre commercial de survie. Je ne ressens aucun assaut fiévreux et je ne toussote pas. Il y a avait des distributeurs de solution désinfectante pour les mains à l’entrée !

Pour ce qui était des pâtes, des patates et du riz, les étalages n’étaient déjà plus vraiment bien achalandés. En tout cas pas comme ils l’étaient à la grande époque des profusions. Au niveau alimentaire, je dispose maintenant de quoi survivre à une quarantaine, même si jusqu’ici je n’ai jamais encore de ma vie du me limiter à ne croquer qu’un ou deux spaghettis par jour.

Je n’ai pas pu trouver de pile LR41 pour revitaliser mon thermomètre digital. Une rupture de stock ? Alors en attendant je continue de me fier à mon traditionnel capteur biologique.

Mon moral se porte bien. Surtout que ce matin, j’ai trouvé une nouvelle réjouissante dans ma boîte à surprises. Un petit message personnel très rassurant qui arrivait au bon moment et qui a boosté mon envie de survivre aussi longtemps qu’il le faudra et à à peu près n’importe quel cataclysme.

J’ai déniché un emporte-pièce assez sympa au marché noir (photo). Il illustre assez bien mon état d’esprit actuel malgré cette ambiance pesante et pré-apocalyptique. Et si la situation mondiale devait devenir encore plus dramatique, je boufferai des smilies comme antidote à la grimace. Note pour ma liste de courses de demain : Acheter de quoi faire de la pâte à biscuits et tous les ingrédients pour cuisiner un bon gratin de smilies !

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Quelques conseils pour booster vos chances de survie

  • Évitez les bombardements de postillons contagieux ! ( bouclier en plexiglas )
  • Lavez-vous régulièrement les paluches ! ( Respectez la durée minimale prescrite )
  • Toussez/éternuez dans le creux de votre coude, à la cave, mais pas à la buanderie
  • Remettez vos réunions physiques à plus tard (passez à la vidéoconférence)
  • N’encombrez plus les urgences hospitalières pour des petits bobos à la con
  • Gardez vos distances, un mètre minimum entre bipèdes
  • Ne vous caressez pas la bobine,
  • Ne vous frottez pas les mirettes,
  • Ne vous rongez pas les griffes,
  • Laissez couler vos larmes,
  • Ne faites plus tourner le pétard,
  • Ne vous partagez plus la même brosse à dents
  • Ne vous claquez plus la bise et ne vous serrez plus la pince
  • Pratiquez le signe de la tête ou/et la courbette de politesse
  • Ne roulez des pelles qu’à des personnes certifiées 100% OK
  • Redécouvrez les privilèges des plaisirs solitaires
  • Ne vous grattez plus le tarin ( sauf gants en latex )
  • Pensez au télétravail et aux grandes vacances
  • Négociez une prime de risque et contractez une assurance vie risque pur
  • Désinfectez plus régulièrement vos poignées de porte, télécommandes et claviers
  • Désertez les openspace ( vous en rêviez ? Enfin une excuse officielle ! )
  • Rédigez votre testament (Acte souvent équivalent à une demande de prolongation)
  • Soyez psychologiquement préparé à devoir vivre dans un scaphandre
    etc…

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Retour de manivelle

Retour de manivelle

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Quand la vie prenait un malin plaisir à me mettre des bâtons dans les roues,

Le plus souvent, je m’en emparais pour aussitôt les projeter le plus loin possible.

Au besoin je disposais de roues de secours et des quelques outils indispensables.

Je m’occupais de resserrer solidement les boulons pour mieux repartir droit devant.

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Puis un jour j’ai à mon tour pris un malin plaisir à jouer un mauvais tour à la vie.

A ma façon je lui ai envoyé un retour de bâton, lui ai adressé un retour de manivelle.

J’ai démonté toutes mes roues et les ai remplacées par autant de coussins d’air.

Depuis je survole la cible de ses assauts lorsqu’elle s’imagine pouvoir m’entraver.

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