Category Archives: Témoignages

Les 50 coqs du voisinage

Je vis dans un endroit très calme et la plupart du temps durant la nuit,

Je ne perçois pas un bruit qui perturberait mon sommeil ou mon insomnie.

Et pourtant chaque matin d’hiver peu avant que le soleil se lève

Dans le jardin d’un immeuble voisin de l’autre côté de la rue

Perchés dans un grand arbre aux centaines de branches sans feuillage

Une cinquantaine de corneilles chantent toutes à tour de rôle le jour nouveau !

Et ceci bien plus tôt que je ne souhaiterais aller les imiter sous ma douche !

Que pourrais-je alors entreprendre pour dissuader ces noirs volatiles

D’élire en particulier ce perchoir nocturne là pour fermer l’œil et le bec ?

J’ai pensé à des pétards ou à un puissant haut-parleur sans fil accroché à une branche

Pour leur diffuser à distance des grognements ou des miaulements de prédateurs…

Je fomentais les plans des plus fantaisistes pour chasser ces braillards matinaux.

J’ai aussi bien sûr imaginé prendre une sévère revanche sur tout gibier à plumes

Forcerais à s’envoler tout pigeon avoisinant que je trouverais posé sur ma route

Laisserais bredouille tout moineau suppliant une miette qui croiseraient mon chemin

Mais ce serait injuste de faire payer un rossignol pour la cacophonie de ces corneilles !

Et c’est à l’aube encore tiré de mon somme par cette volaille déterminée à crailler

Que j’ai trouvé une réponse beaucoup plus simple pour mettre fin à leur tintamarre.

Je me suis déguisé en épouvantail aussi matinal qu’elles et j’ai ouvert ma fenêtre.

J’ai tapé bien fort dans mes mains et avec la complicité de l’écho nocturne de la rue

Tous les membres sans exception de cette chorale de casse-pieds se sont envolés !

Et c’est un assez joli spectacle dont je peux maintenant me délecter chaque jour

En espérant qu’elles comprennent qu’elles s’envolent beaucoup mieux qu’elles ne chantent !

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Des pieds des mains…

Lorsque je n’applaudis pas, je lève mon pouce à l’intention de cette jeunesse planétaire d’ aujourd’hui qui ose faire des pieds et des mains pour secouer ces barrières qui encerclent nombre de consciences engourdies. Qui se sont décidés comme jamais encore jusqu’ici, à mettre en évidence l’évidence de lendemains difficiles. Qui se serrent les coudes ! Appuient là où ça fait mal ! Se saisissent avec courage de toutes les opportunités pour reprendre en mains sans attendre, les rennes de leur futur !

Un texte qui a l'origine était nettement plus long, mais 
dont la finalisation m'a paru trop laborieuse.
Je voulais poursuivre dans l'élaboration de cette idée 
mais je viens de changer d'avis...

Mon petit musée (4)

Dans mes cartons d’archives inexplorés depuis de maintes rotations autour de notre bonne étoile, c’est sans doute le grand nombre de stylos-à-bille desséchés, de crayons vingt fois retaillés et de portes-mines délaissés qui m’intrigue le plus. On pourrait me suspecter d’avoir mené une existence de junkie des papeteries. Que lorsque le réservoir d’un taille-crayon était rempli de copeaux, j’en achetais un autre. Que si un crayon de papier faisait mine de faire grise mine, je lui trouvais un remplaçant qui contraste. Que quand l’extrémité d’un stylo à bille était trop rongé par les pauses d’inspiration, j’en perdais l’appétit. Je devais probablement aussi égarer mes stylos-feutres dans la jungle d’un relatif désordre et ne jamais m’accorder ni les moyens ni le temps nécessaire pour les y rechercher. Et puis, saviez-vous déjà qu’il peut arriver qu’un feutre indélébile sur le tard, ne le soit plus vraiment ?

Puis j’ai aussi retrouvé une pile d’enveloppes de toutes les couleurs. Mon courrier du cœur d’antan. Celui qui date d’avant la dématérialisation des enveloppes parfumées. Celui qui précéda la désintégration des patiences. Celui des tendresses manuscrites appliquées et exemptes de toutes ratures. Celui des déclarations enflammées authentiques et calligraphiques.

Bien sûr, je me suis demandé s’il était souhaitable de parcourir ne serait-ce qu’en diagonale, l’expression de ces sentiments amoureux aujourd’hui périmés qui m’avaient été adressés à chaud. A cette époque, on s’envoyait des petits mots doux faits-main et timbrés par la poste, même si on s’était câlinés la veille. Et d’un simple coup de langue sur la bande adhésive, on expédiait un extrait de notre code génétique en annexe. Et ma foi, dans cette redécouverte, j’ai retrouvé quelques bonnes surprises qui n’avaient pas réservé de place en évidence dans ma mémoire. Ce n’est pas pour autant que j’ai été saisi d’une pointe de nostalgie de par leurs chaleureux contenus. Vivre avec son temps n’est plus une simple option. C’est cette pile d’enveloppes de provenances, de formats, de décorations inventives et de couleurs variées que j’ai trouvé symboliquement et visuellement particulièrement touchante. Il y a des jours comme ça, où il est bon de se sentir avoir pu faire partie de la vielle école !

Mais tout ça c’était avant que je passe moi aussi de la plume à large bec et à l’encre violette aux lettres blanches sur fond noir d’un clavier. Que je sacrifie mon inimitable jeu de caractères propriétaire au simple choix d’une police courante et impersonnelle. Que je me soumette à l’agaçant correcteur automatique d’orthographe s’acharnant à vouloir souligner les quelques égarements de ma patte naturelle. Que je me conforme aux courriels du cœur avec des pièces jointes autres que quelques graines de tournesol , un trèfle à quatre feuilles ou des pétales de rose. Que je ne me laisse aspirer dans la spirale des applis cannibales en chatouillant le petit écran tactile et que j’accepte le plus souvent à contre-cœur de me livrer sur des réseaux sociaux à des pitreries modernes et indiscrètes, faisant l’impasse sur la belle exclusivité d’une adresse exacte inscrite sur un bel écrin de papier de couleur pastel.

Les plus récents de mes billets-doux n’iront jamais hiberner à l’abri de la lumière dans des cartons d’archives. Ils sommeilleront dans les entrailles d’un disque magnétique ou sur une puce de sauvegarde matérielle qui s’autodétruiront contre mon gré. Ou alors ils reposeront relativement en paix et hors de ma portée dans un data center surchauffé à l’autre bout du monde. Et c’est à jamais que j’en perdrai peu à peu la substance.

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Mon petit musée (3)

Les voitures c’est naze ! Je l’ai toujours dit …

Les voitures c’est naze, parce qu’il n’y a même pas un lit dedans. Alors ça ne sert que pour aller plus ou moins vite de A à B sans pouvoir passer par le ZZzz… Une voiture ça dort désespérément seule, dehors dans la moiteur, le froid ou dans un garage sombre et exigu, alors qu’une cahutte à roulettes, ça se repose en abritant son conducteur (et ses passagers) jusqu’au premières lueurs du jour.

Mon père avait toujours une camionnette de livraison pour travailler. Il a entre-autre roulé les légendaires : VW T1, Renault “Estafette” et même un “Bedford CF” qui pouvait changer de couleur selon sa volonté.

Alors très inspiré mais beaucoup plus tard, J’ai d’abord été le détenteur privilégié d’un FORD Transit vintage surélevé de couleur chocolat fondu (à gauche) dans lequel j’avais installé un grand lit et deux ou trois autres trucs pratiques, et plus tard, d’un BEDFord, donc un Ford avec un lit déjà installé dedans (Lit = BED in english) … (à droite)

J’avais oublié que le Choco-Transit avait des rétroviseurs extérieurs placés si loin de l’habitacle, presque au bout des ailes. Je ris encore en repensant à la tête de ceux qui me voyaient aller ouvrir le capot un marteau à la main, lorsqu’il refusait de démarrer. Je lui mettais un bon coup sur le démarreur et à mon retour à la clé de contact, il partait au quart de tour. Et on me regardait comme si j’étais le maître incontesté du fantôme dans la machine.

Et de nos jours, je circule avec la SunGonette qui est un VW T4 blanc clair qui n’apparaît pas sur cette photo parce qu’il n’y avait plus assez de place devant cette maison…

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Mon petit musée (1)

En ce moment et ce n’est pas par élan de nostalgie, il m’arrive de revisiter mon petit musée. Ça faisait des décennies qu’il était fermé au public et à moi le premier.

Je redécouvre de vieux albums de photos de famille avec un regard différent et ouvre des cartons oubliés avec une curiosité d’archéologue. Des cartons stockés et déménagés ici et là pour la plupart sans les avoir rouverts durant une bonne vingtaine d’années.

Ces trois pièces de monnaie sont deux dinars et demi irakiens, qui selon des sites spécialisés, ont été frappées dans les années 1981/1982. C’est une irakienne qui me les avait offertes en échange de pièces suisses dans le restaurant où nous déjeunions en 1989 environ. Je les avais trouvées superbes et originales au niveau de leur forme. A cette période là, j’étais formateur en programmation de commande numérique de machines-outil. On pouvait encore changer de profession sur une simple opportunité. Chaque semaine ou presque, je recevais des personnes venues d’un peu partout dans le monde et ce fût une aventure très enrichissante. Je voyageais sans partir. J’en conserve une collection de souvenirs absolument magnifiques. De plus à la base, je n’étais pas du tout un orateur né et il m’a fallu dépasser nombre de mes limites pour assurer la délicate mission. Je m’occupais aussi des visites d’usine, avec les “suivez le guide” et tout ça !!

Contre toute attente de ma part, ce simple échange de quelques pièces de monnaie avait provoqué à table une situation assez conflictuelle. Les deux irakiens qui accompagnaient la dame, tous participants à mon cours et convives de ce repas, ne semblaient pas pouvoir se mettre d’accord pour approuver l’idée de procéder à ce type d’échange…

Leur pays venait de sortir d’une guerre et forcément, certaines tensions pouvaient être compréhensibles, mais pour moi elles n’avaient rien de facilement prévisible.

Voilà un peu pourquoi ces trois belles pièces ne sont pas juste … trois pièces !

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Maman j’ai raté le train !

Je suis né optimiste, souriant, honnête, authentique et altruiste. (Bon ok, on a toujours un peu tendance à embellir son CV. Biffez ce qui ne vous convient pas ou ajoutez un « plutôt » devant chaque adjectif qualificatif cité)

Jusqu’à l’âge de 8 ans, j’aurais encore facilement pu être sélectionné pour jouer le rôle principal dans le remake européen de « Maman, j’ai raté le train ! »

Mais je soupçonnais le père Noël de m’avoir enfumé pendant des années avec son incroyable légende. Surtout que j’avais découvert qu’il s’était acquis la complicité de mes deux parents pour écouler sa production de cadeaux. Moi je comprenais difficilement pourquoi il fallait absolument me faire gober qu’il ne ferait qu’une seule tournée par année et surtout, toujours au tout dernier moment. Surtout qu’à ma connaissance, aucune illustration et aucun film ne mettait en scène de traineau supersonique.

Je pouvais en partie comprendre que quand on bosse la nuit on fait plus d’avance parce qu’on n’est ni déconcentré ni dérangé dans l’accomplissement de sa tâche. Qu’on peut s’éviter nombre de politesses d’usage et qu’on n’a pas à refuser mille invitations à boire du vin chaud. Qu’on peut atteindre des objectifs de productivité très élevés. Qu’on peut livrer le carton et se barrer fissa sans souffler. Un peu comme tous les livreurs de colis d’aujourd’hui d’ailleurs. Et puis la planification logistique est importante : il faut éviter des trajets avec un traineau à moitié chargé et en pleine nuit, les pertes de temps dans la circulation sont réduites. On peut se garer en double file sans trop culpabiliser.

Mais alors pourquoi se limiter à une seule distribution la toute dernière nuit ? C’est assez risqué, le sympathique barbu pourrait se retrouver avec des rennes très enrhumés, se plaignant d’indigestion, ou risquer d’avoir à affronter des conditions météorologiques défavorables. Un cocktail d’impondérables pouvant empêcher l’équipage de partir sur le terrain la nuit N.

Je connais l’explication logique qui résout ce mystère et il est temps pour moi de vous dévoiler ce secret : Le pourquoi du comment le père Noël a décidé de toujours s’y prendre à la dernière pour effectuer sa tournée :

Cette année-là, chez nous du moins, il était passé déposer des paquets une ou deux semaines avant la fameuse date officielle. C’est en ouvrant la porte d’une grande armoire, que j’étais tombé sur son espace de stockage intermédiaire. La légende de barbe-blanche venait de se détraquer. J’ai aussi appris que mes parents ne me disaient pas la stricte vérité à tous les coups.

Et le conte de Noël s’est transformé en impossible décompte de Noël. La lente édification de ma propre légende allait être stoppée nette. Je ne me souviens plus si j’ai résisté deux minutes, deux heures ou deux jours avant de me livrer au pré-déballage des cadeaux de Noël. Ça partait d’un bon sentiment : Je voulais vérifier si l’inventaire correspondait bien à la liste des articles espérés commandés. J’ai ensuite minutieusement replié et recollé tout ça.

Les probabilités que ma mère (dont la réputation de toujours tout voir n’étant plus à faire) ne remarque rien étaient évaluées au mieux à 0,8 % . Et elle a immédiatement annulé la fête de Noël. Elle a eu autant les boules que j’avais peu brillé. Elle m’a signalé au père fouettard qui m’a collé un carton jaune-orangé. Je crois que notre famille n’a jamais consommé aussi peu de bougies que cette année-là. Ensuite les rois-mages ont quand même fait un saut à la maternité en janvier. Naturellement, ils en ont profité en passant pour ajouter une couche supplémentaire à la quadruple épaisseur de ma lourde culpabilité.

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Cette année-ci pas de guirlandes ni de boules peintes à la main sur ce blog. Et pas de dessin de père-Noël non plus. A la place, ce petit conte de Noël un peu fâcheux pour ma réputation et qui d’une certaine manière a forcé le Père Noël à tenir compte de ce type de risque et de ce fait a du réadapter son système de livraison express dans le monde entier…

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My Resurrected Laptop

La mort de mon laptop à écran 4K aura été de courte durée ! ( voir cet article )

Ce matin à 10:05 GMT+1, il a repris vie ! On ne peut pas appeler cela un miracle : Mon opération de transplantation d’organe s’est bien passée et à aucun moment mes mains n’ont tremblé. Et puis le donneur d’organe m’a livré une pièce de rechange parfaitement fonctionelle et compatible.

Une fois de plus, ce fût un réel plaisir de déchirer un certificat de décès.

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Love Story au Pays des Choses Qui Penchent

Tiens-toi droit !” devait me répéter ma mère durant mes années d’adolescence. Sans répondre et sans poser de question, j’obtempérais en me redressant pendant trois minutes . Je me disais que ça faisait partie de son plan de carrière : Tenter de faire de son aîné un homme bien droit dans ses sandalettes, avant que ne lui vienne à l’idée de se transformer en true rebell vautré dans ses gros sabots. C’est dans cette optique, que dans mon laboratoire secret, je m’étais livré à une série de calculs savants. Que j’en étais arrivé à la conclusion que pour mieux faire illusion dans le paysage, je devais me laisser pousser les jambes. Ne pas me laisser appesantir. Opter pour un mélange finement dosé de plus d’aplomb et de moins d’hypoténuse.

C’est quand notre famille est partie pour la première fois en vacances d’été au Pays des Choses Qui Penchent que j’ai un peu compris ses raisons profondes. Là-bas, il y avait posé sur un horizon presque plat, un très grand lac d’eau salée. Sous la fenêtre de ma chambre, une piscine turquoise et au plafond, du soleil sur fond bleu tous les jours. Mais aussi une très jolie fille qui possédait un pouvoir particulier : Celui de me faire me tenir droit, sans n’avoir jamais à me le demander ! Surtout que dans cette contrée-là, ce n’était pas chose aisée : Rien n’était disposé de manière verticale ou horizontale. La perpendicularité y était chose des plus insolites. Nous manquions des références habituelles sur lesquelles nous étions habitués à nous aligner. Mais se sentir un peu dépaysé, déboussolé voir pris de vertiges, les vacances c’est aussi fait pour ça !

J’ai vite compris que j’aurais pu profiter de ce voyage pour contredire les sommations maternelles par rapport aux imperfections de mes inclinaisons de posture. J’aurais pu me défausser sur cet arbre poussé de traviole ou rendre responsable ce mat de parasol planté en diagonale. J’ai pourtant choisi de ne pas gâcher nos congés et de marcher le plus droit possible.

Dès notre arrivée, je n’ai pensé qu’à plonger dans la piscine entre deux plongeons dans des chapitres romanesques. C’était encore avachi sur ma serviette de bains, que je me régalais des aventures de Fantômette. La seule héroïne costumée qui avait su me captiver de son charme efficace et discret, un délice épicé de ses palpitantes péripéties.

C’est en levant les yeux en tournant une page avec hâte, que m’est apparue cette ravissante jeune fille déambulant d’une grâce toute féline en bordure de bassin. En une seule fraction de seconde, elle pulvérisa tout un pan de mon innocence et défia les lois de ma timidité. Elle n’était vêtue que d’un costume pour le moins minimaliste, mais d’une efficacité redoutable. En passant, elle m’a d’abord jeté le traditionnel regard oblique avant de ponctuer sa spectaculaire entrée en scène d’un sourire proportionnel à la béatitude de mon attention.

Dans le royaume ou tout pouvait à tout moment aller de travers, elle avait choisi le meilleur angle pour me faire décoller en ligne droite en direction de la stratosphère. Elle ne parlait pas ma langue et je ne parlais pas la sienne. Mais ça, c’était seulement le tout premier jour de notre rencontre…

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Langage corporel

Expressions faciales, expressions corporelles

regard, sourire, grimace, partage, naturel, provocation,

attention, surprise, attitude, gestuelle, mouvements !

Ces petits quelque choses d’intéressant, de captivant, de différent…

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Hier elle était un rapide crayonné inspiré et motivé par le souvenir de ma perception d’une femme qui me fascine. Je m’étais l’espace de quelques instants senti plus clairvoyant en décryptant un échantillon de la magie que ses expressions corporelles pouvait exercer sur moi. C’est sous l’éclairage de cette séquence d’appréciations de chacun de ses mouvements qu’il m’était venu à l’idée de saisir mon crayon et de le laisser librement vagabonder. Et aujourd’hui, elle était devenue un dessin à l’encre de chine, avant que je la laisse se reposer quelques heures sur le papier. Pour mieux la retrouver animé par la curiosité d’un regard nouveau, baignée dans une autre lumière, plus intense et naturelle. Mais c’est là que ses nombreux défauts à mes yeux se sont révélés. Bien que je sache apprécier et laisser intactes ici ou là quelques erreurs ou de surprenantes déformations, ses formes étaient loin d’êtres toutes harmonieuses. Ses jambes tordues, irréalistes, mal proportionnées. Son visage inexpressif et terne. J’ai bien tenté de lui offrir quelques retouches pour la sauver, mais il ma paru évident qu’elle n’était en devenir, qu’une peinture ratée ! Il m’aurait fallu le courage de m’avouer découragé et tout recommencer. Alors elle s’est transformée en fichier graphique, plus facile à remanier. Ne serait-ce que pour ne pas jeter à la corbeille, le fruit et le souvenir de l’enthousiasme d’un enchantement.

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Encéphalogrammes en pente douce

La capture d’écran qui illustre cet article est celle d’un programme que je viens de coder. Sur le graphique de droite, ce ne sont pas du tout les courbes actuelles de mes électro-encéphalogrammes ! Parce qu’en ce moment, elles seraient plates comme un banc de limandes ! Et je ne peux que m’en réjouir ! C’est une sensation très agréable.

L’autre jour, suite à une alarme de niveau de surcharge, le disjoncteur chimique automatique de mon hémidroit s’est activé (voir cet article) et il a enclenché une procédure d’urgence. Mon hémidroit est immédiatement passé en standby et c’est mon hémigauche qui a repris le contrôle des opérations. (voir aussi cet article)

Depuis cette relève, je n’ai pas eu à fournir le moindre effort pour me vider la tête. Je me sens complétement à court d’idées. Je n’ai pas même la mauvaise idée d’aller me prendre la tête avec celles que je pourrais retrouver dans mes notes. J’ai vérifié dans le miroir : je n’ai pas repéré la moindre trace d’une idée derrière ma tête. Si je devais aujourd’hui être assailli par des idées noires, je pense qu’elles ne pourraient pas être plus sombres que grises clair.

Lorsque je traverse ces phases-là, je peux à nouveau me régaler de délicieux rêves chaque nuit. Si ça se trouve, je pourrais me remettre à bouquiner, sans avoir à perdre le fil du récit avant d’atteindre la fin de la page.

Et j’ai eu beau tenter de titiller des neurones encore fringants , de m’inciter à stimuler des synapses chargés d’électricité  : Absolument rien n’a été en mesure de perturber ce grand calme ambiant.

Mais j’ai quand même déjà une toute petite idée ce qui m’attend : Je vais finir par craindre que ma fantaisie et mon imagination m’ont désertées pour toujours. Je recommencerai à me trouver fade et monotone. Une inquiétude grandissante m’envahira peu à peu. Et à la fin, je n’aurai d’autre choix que d’en arriver à faire le tintamarre nécessaire pour tirer mon grain de folie de sa torpeur…

Mais en ce moment même, je ne souhaite pas me mettre en quête d’une source d’inspiration qui pourrait me faire évader de ce bien-être qui me paraît encore si confortable !

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Hemisphères

La plupart de nos cerveaux sont partagés en deux hémisphères qui ne partagent pas les mêmes idées.

Et une dizaine de formes différentes d’intelligences doivent collaborer dans le même espace. On peut dès lors facilement imaginer que ça puisse parfois être un peu le petchi. Déjà parce que ces dix collaborateurs ne sont pas tous les meilleurs représentants de ce qu’on pourrait trouver sur le marché mondial. Si on peut déjà compter sur un échantillon favorable de deux ou trois futés dans nos propres murs, des éléments qui excellent naturellement au quotidien dans leur job, le restant d’entre eux préfèrera toujours roupiller dans un coin ou ne produire que le strict minimum. Et impossible de les congédier pour les remplacer par de meilleurs éléments. Ce sont dix postes de fonctionnaires indéboulonnables et garantis à vie.

Les locaux de cette PME sont subdivisés en deux bâtiments :

Dans l’hémisphère gauche (ndlr hémigauche) on trouve le département de la logique, celui des affaires cartésiennes et le centre névralgique des opérations séquentielles. Ils ne prennent en charge qu’une seule tâche à la fois, mais en principe ils la mènent à bien. Ce sont eux qui domineraient la destinée d’environ 80% des entreprises humaines.

Dans l’hémisphère droit (ndlr hémidroit) ce sont les bureaux des intuitifs, des créatifs, des imaginatifs. Mais aussi le centre de traitement des émotions et le laboratoire des magiciens de la pensée fulgurante. Avec leur puissance commune, ils fichent une pâtée magistrale à leurs collègues de l’hémigauche. Par contre souvent, ils peinent à dénicher leur juste place dans la société ! Et pas seulement dans celle de l’organigramme interne, également celle de l’extérieur.

Notez au passage que ce ne sont pas mes hémisphères qui m’ont fourni ces précieuses informations. J’ai publié un appel d’offre et la leur était hors de prix. C’est le site internet d’un sous-traitant qui a été retenu.

Ces deux entités bien distinctes sont séparées mais interconnectées au niveau du corps calleux. C’est le nom assez moche qui a été donné à la frontière transversale centrale. C’est qu’un mélange des genres aurait été risqué. Et pour éviter certains conflits directs entre des départements pouvant dans certaines affaires se trouver en concurrence, la géographie des ateliers et des bureaux a été confiée à un spécialiste des ressources humaines de base. Pour éviter que toutes les entreprises du monde entier travaillent d’une manière parfaitement identique et qu’elles puissent entrer en concurrence ou en complémentarité, la composition de la majorité de l’équipe dirigeante peut à choix occuper des bureaux dans l’hémigauche ou dans l’hémidroite.

Des complications dans les affaires courantes avec des client externes peuvent arriver : On peut par exemple avoir un hemigauche A qui se laissera plus facilement séduire par l’excellent travail d’un hémidroit B que par la production de son propre département associé hémidroit A.

Suite à de nombreuses séances avec l’ensemble de mon personnel, les hémisphères dont je suis encore un peu le patron ont négocié une trêve et ont fini par trouver des compromis constructifs. Ils seraient devenus des collaborateurs complices. Il faut dire aussi que je les chouchoute et que je les paie bien et surtout sans distinction aucune.

J’ai remarqué par exemple que suite à une période durant laquelle les hémigauches se sont cassés la moitié de la tête à coder un programme informatique, ce sont les hémidroits comme dopés par les bons résultats de l’entreprise qui entrent en ébullition, prennent le relais, et peuvent s’en donner à cœur joie …

Lien vers le document sérieux de base

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My dead Laptop

Voilà, l’autopsie de mon laptop principal est terminée. S’agissant d’une mort suspecte l’enquête continue.

Il était beaucoup trop jeune pour rendre l’âme et était loin d’être obsolète. Au moment de passer la souris à gauche, il était gorgé de bons souvenirs trop récents pour avoir été sauvegardés.

Le jour où il s’est endormi, j’ai commencé par diagnostiquer un problème de sablier : L’étroit conduit bouché par un grain de sable trop volumineux. Je l’ai secoué, retourné, supplié mais il ne s’est jamais réveillé. Une série de vigoureux massages cardiaques sur le mousepad n’ont pas relancé la machine.

Alors j’ai placé le patient au repos forcé durant deux jours. Je dois avouer à demi-mots que ces derniers temps, je l’avais mis à rude épreuve. Sans jamais déceler les prémices d’un éventuel burn-out fatal. Dans les cas où il se sentait un peu à plat, je lui prescrivais une pleine recharge.

Mais deux jours de permission n’ont pas ressuscité le moribond.

Les seuls signes de vie encore visibles étaient un peu d’hyperventilation et un pouls irrégulier visible sur la LED de la touche caps lock. Cinq clignotements lents suivis de trois rapides. Un peu comme si le comateux voulait me lancer un S.O.S, mais qu’une forte fièvre l’empêchait de se décider à le faire en employant des majuscules ou des minuscules.

Renseignement pris auprès d’un spécialiste, il s’agissait d’un appel au secours manifestant une carte-mère à l’agonie. Que les chances de succès d’une réanimation classique étaient minces. Qu’il faudrait envisager une opération à cœur ouvert et faire appel à un don d’organe.

Bien sûr, j’ai culpabilisé ! Cette affaire m’a rappelé le siècle dernier et ce client qui affichait habituellement un caractère calme, mais qui pouvait parfois partir dans de si intenses crises de colère, qu’il lui arrivait de pulvériser le filament des ampoules à incandescence allumées dans les alentours immédiats de son déchaînement de fureur. Celles logées dans le tableau de bord de sa voiture n’échappaient pas à cette malédiction. Et juste avant le trépas de mon laptop, j’avais dû subir un épisode de très forte irritation après avoir séché des heures sans succès sur la résolution de l’installation de deux programmes incompatibles. En réalité, je crois que je suis coupable d’un laptopicide ! Je l’ai trucidé en l’exposant à un bombardement intensif de mauvaises ondes !

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René la Méduse

(René dans le sens de renaître )

Lorsque nous avions aux alentours d’une vingtaine d’années et qu’entre amis, dans le large catalogue de sujets de conversations que nous avions, nous choisissions d’échanger à propos des croyances et de la potentialité d’une vie après la mort, je trouvais amusant de déclarer pour ma part préférer croire en l’existence de la réincarnation. Que mon vœu, une fois ma carcasse d’humanoïde passée de vie à trépas, était celui de me réincarner en méduse.

Suite à cette révélation fracassante, je me souviens de cet interlocuteur qui soutenait que, selon sa théorie, il n’était jamais possible de régresser en renaissant. Mais l’ordre de classement des espèces vivantes pouvant fortement varier selon le point de vue de chacun. Je pouvais alors en ajouter une couche en clamant que la méduse était à mon avis une progression et non une régression !

Quoi de plus over-cool qu’une méduse ? Pourvoir se soustraire aux contraintes de la gravité en vagabondant sans stress inutile en suspend dans un liquide translucide porté à température idéale ! Se laisser entrainer au gré des courants en ne bouffant que le micro plancton qui passe sous notre ombrelle, sans devoir se prendre la tête, les pieds ou les pattes, dans des embrouilles tentaculaires…

Même si pour changer, je passais à cette époque aux yeux de tous pour un parfait illuminé, parfois avec le temps, la validité de mes plus fumantes théories fantaisistes pouvaient se vérifier !

Une preuve :

Les méduses font partie des rares espèces qui se délectent de l’acidification des océans et qui tirent profit du réchauffement climatique pour proliférer. Tout cela sans aiguiser plus que ça l’appétit de milliards de bipèdes du sommet de la chaine alimentaire. Et pour enfoncer le clou, il en existe certaines qui sont carrément immortelles sans devoir couper des têtes tous les deux jours pour ça !

Finalement, mon premier choix de réaffectation n’était donc pas complétement fantasque…

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Poésie pour un naufrage

Hier à la téloche, j’ai revu le film documentaireAvant le Déluge” qui date de 2016.

Nommé en tant que Messager de la Paix sur les questions climatiques aux Nations Unies, Leonardo DiCaprio avait parcouru le globe pendant deux ans pour faire un état des lieux environnemental.

Aujourd’hui, 3 ans plus tard, je constate qu’une part non négligeable et grandissante de la population mondiale se réveille avec une gueule de bois et se regroupe un peu partout pour réclamer des réactions immédiates et concrètes ! Je propose aux sceptiques qui préféreraient peut-être encore profiter de la “fête” et à tout ceux qui roupillent encore, de se donner une chance supplémentaire durant une heure et demie de remettre en question leur vacillante ou embarrassante conviction. Ensuite il existe bien sûr encore beaucoup d’autres enquêtes et témoignages de ce genre disséminées ici et là et il sera toujours possible encore, aux plus obstinés d’entre nous, d’approfondir le sujet et de recouper toutes les informations qu’ils contiennent…

C’est encore imprégné et inspiré par ce poignant documentaire que ce matin, j’ai rédigé tout un un poème portant sur l’avidité capitaliste que vous pourrez lire plus bas. Je ne sais pas si ça avait déjà été tenté auparavant et si non, eh bien en voilà déjà au moins un pour la route !

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Poésie pour un naufrage

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A l’escalade du pinacle de mon propre intérêt

A la poursuite d’ivresses conduisant au “sommet

Je n’ai pas accumulé de capital sympathie

De bienveillance je n’ai fait que l’économie !

Obsédé de vouloir tirer bénéfice du doute

Convertissant en déluge ma future banqueroute

Je n’ai su être qu’un capitaine au “meilleur” cours

D’une poigne d’avidité dans un faux gant de velours

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La connerie humaine n’a pas de frontières (connues)

Avez-vous déjà écouté le bon vieux sketch de Fernand Renaud qui parle du douanier qui n’aimait pas les étrangers ? Parce qu’il répétait sans cesse qu’ils venaient tous manger le pain des français ?

Alors écoutez et/ou regardez :

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Eh bien, vous n’allez peut-être pas le croire, mais à cette époque de mondialisation galopante et de tendance à l’ouverture des frontières, j’ai récemment à plusieurs reprises fait la rencontre, d’un sinistre gabelou qui aurait à mon avis aujourd’hui encore, tout à fait pu fertiliser l’inspiration de Monsieur Fernand !

Pour commencer, plantons un décor pour éclairer les lecteurs qui ne le connaitraient pas déjà :

A savoir que je n’attends pas d’un garde-frontière qu’il soit en possession d’un diplôme de la Sorbone confirmé par 10 années d’expérience en terrain instable ! Je n’avais d’ailleurs jusqu’ici, jamais eu à me plaindre d’un incident notable avec l’un ou l’autre d’entre eux. J’avoue toutefois nettement préférer en toutes circonstances, de tenter ma chance d’éviter d’avoir à être confronté à tout préposé biberonné au pur concentré d’andouille. Je me sens aussi l’heureux détenteur de l’information confirmée que le prestige de l’uniforme ne recouvre pas forcément les meilleurs critères de qualité humaine…

A savoir également que je réside actuellement en Suisse romande dans une zone frontalière avec la France. Un nombre conséquent de frontaliers traversent sans encombres la frontière pour venir travailler en Suisse et nombreux aussi, sont mes compatriotes qui vont faire des courses en France voisine. Chacun semble finalement un peu y trouver son compte. Et avant les événements que je décris ici, je m’y rendais moi aussi, au rythme moyen d’environ une visite par semaine.

La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne, mais elle a conclu des accords bilatéraux avec l’UE et applique la libre circulation des personnes. Des différences de système fiscal et de taux de taxation entre ces deux espaces économiques font aussi qu’il existe certaines limitations strictes aux importations de marchandises vers la Suisse.

C’est pourquoi dans les postes de douane, depuis l’époque de la création de l’UE, le plus souvent des gardes-frontières suisses sont présents pour vous demander si vous avez quelque chose à déclarer à votre entrée sur le territoire. Souvent également, personne ne vous soumet côté français à un contrôle systématique lors de votre entrée en France.

Voilà en gros et en résumé, ce qui concernait le décor à planter !

Depuis quelques temps, j’avais soudain très régulièrement eu à faire à un douanier français exagérément suspicieux et désespéramment chiantissime. Lors d’une bonne moitié de mes tentatives d’entrée en France, lorsqu’il était de service (quand il ne l’était pas, je ne lui connaissais d’ailleurs pas de relève) ce dernier s’était mis bille en tête de me suspecter de manière étrangement insistante de venir déposer mes sacs d’ordures ménagères en France ! Et c’est ensuite devant les vitres à l’arrière de mon véhicule, qu’il se mettait curieusement à danser en quête d’une potentielle poubelle transfrontalière .

Tout au début de sa campagne pour moi d’un genre tout à fait inédit, je m’en étais même un peu amusé en me disant que leur niveau d’alerte Vigipoubelles avait récemment dû monter d’un cran ou deux. Et en indécrottable idéaliste, je me suis mis en tête, à maintes reprises et de plusieurs manières différentes de lui faire comprendre que je venais “tout simplement” pour ne rien faire d’autre que quelques courses et qu’en fin de compte, je m’apprêtais à importer des déchets en devenir, plutôt que d’y en exporter. Que dans mon pays de résidence, les bonnes déchetteries ne manquent pas et que les points de recyclage sont nombreux et très bien organisés ! Qu’en tant qu’être humain, j’étais animé d’une profonde conscience écologique et qu’avant que ses dégradantes suppositions à mon égard ne soient en mesure de tendre à m’exaspérer, il ne me m’était même jamais venu à l’idée de sauvagement abandonner mes poubelles dans sa région. Et que cette philosophie de vie n’allait pas changer de sitôt. Que si mon pays disposait d’une longue réputation mondiale de grande propreté, je ne pouvais pas croire une seconde que c’était en grande partie du au fait que la plupart de mes compatriotes se débarrassaient volontiers de leurs détritus dans des décharges sauvages situées hors frontières !

Pour moi, d’un point de vue purement “clichesque“, c’était un peu comme si d’un jour à l’autre mes compatriotes douaniers suspecteraient chaque frontalier français à leur passage en douane, d’être des brigands en puissance ! L’un de ceux capables de débarquer sur notre territoire dans le but de braquer à l’explosif ou au semi-remorque, l’un de nos nombreux distributeurs automatiques de billets de banque ou pour une sortie “by night” entre amis pour percer à jour l’un de nos jolis fourgons de transports de fonds insuffisamment blindés.

Que de mon point de vue c’était quand même un peu de sa part, comparable à mettre beaucoup trop d’asticots dans le même panier de crabes

Mais en monologuant inutilement dans un vide intersidéral dépourvu d’écho, je voyais bien qu’au fond du regard inexpressif du péager en question, beaucoup trop de petites lumières s’allumaient toutes en même temps !

D’une semaine à l’autre à chaque fois, cette sentinelle obtuse nous avait oubliés, moi et mes déclarations de bonnes intentions. Aucune évolution positive sensible n’était mesurable dans l’exercice de sa mission. Je me suis dit que devais certainement avoir à faire à un genre de comique de répétition.

Bien sûr, aujourd’hui presque partout en Suisse, une taxe de base est perçue à l’achat de nos sacs à ordures officiels et je ne prétends pas pouvoir exclure qu’il existe bel et bien des helvètes assez mal-embouchés pour se permettre d’aller détaxer leurs ordures ménagères en pays voisin et ami. Ceci juste pour lamentablement se soustraire à un principe équitable de pollueur-payeur et pour au passage aller indirectement désorienter du planton en mal d’indélicatesse.

Mais voilà, mon concept révolutionnaire et insistant de « juste pour faire quelques courses sans intention aucune d’exportation de déchets » ne semblait pas prendre racine ni même être tout à fait à sa portée ! Visiblement et c’était un comble, cet agent très spécial, n’avait pas été doté de la faculté de comprendre et d’imprimer ce que justement, j’avais à lui déclarer ! Le fait qu’en même temps son action dissuasive cumulée risquait à terme d’influencer défavorablement le chiffre d’affaires de certains de ses compatriotes du coin ne l’avait vraisemblablement pas encore effleuré. Bien sûr je me suis posé quelques questions de base à son sujet : Visiblement dans sa bonne cinquantaine, ça ne devait pas être un problème d’expérience professionnelle ni du à une simple lacune dans sa formation continue. Il y avait autre chose ! Un détail qui me faisait un peu penser à Monsieur Fernand !

Après quelques confrontations successives avec les suspicions infamantes de cet obscur garde-barrière, j’ai progressivement commencé à trouver son idée fixe me concernant, bien plus que juste saumâtre.

Je ne voyais pas pourquoi je devrais accepter à vie comme ça sans réagir d’être serial-suspecté d’être un vil contrebandier d’ordures ménagères ! Si à la rigueur pour panacher un peu, il aurait pu avoir l’éclair de fantaisie de m’accuser à tort de vouloir passer en douce une ou deux caisses d’armes de naguère ou de frauder deux ou trois sachets de “farine revigorante“, j’aurais pu trouver cela un tant soit peu professionnel voire flatteur ! Mais alors là à force, cet hurluberlu officiel n’avait réussi que de petit à petit me foutre en rogne !!!

J’en ai tiré la conclusion que si ce funeste douanier se permettait de s’octroyer une fois par semaine un droit de me suspecter d’être un « vil contrebandier d’ordures ménagères » je pouvais dès lors tout aussi bien me sentir en droit à mon tour et une fois pour toutes de le suspecter d’être « le douanier le plus con de l’hexagone !!! »

En d’autres temps, suite à ce genre de désagréments inutiles, j’aurais probablement réservé un séjour d’une semaine de thalassothérapie pour contrôler mes envies d’aller retendre une à une toutes les coutures de l’uniforme de ce fantoche empoisonneur et aurais en sus, pris un rendez-vous d’urgence pour une séance d’acuponcture locale pour me contraindre à boucler ma grande gueule le plus longtemps possible … Mais ça c’était avant !

Et c’est à ce moment là que j’ai décidé de passer plus sérieusement à l’action…

L’opération Helmut

Le plan d’action de l’opération « Helmut » était assez ambitieux ! Au départ il était conforme au dessin ci-dessus. Pour le mettre en œuvre, j’aurais dû me mettre en quête d’un sponsor et engager un chauffeur complice au bénéfice d’un permis poids lourds. Ensuite j’aurais dû corrompre un haut-fonctionnaire de la voirie afin de lui emprunter un «garbage truck» pour effectuer une course spéciale durant une heure ou deux. Ce type de véhicule se faisant de plus en plus rare sous nos latitudes, j’aurais probablement même du aller faire le tour des musées.

La phase de préparation de l’opération « Helmut » m’aurait fait perdre un temps précieux. De plus il aurait également fallu faire appel à un consultant juridique pour qu’elle se déroule dans un cadre strictement légal. Mais une terrible épidémie d’ulcères menaçait de se répandre comme un trainée de mauvaise poudre dans toute la région et il fallait faire vite en agissant avec les moyens du bord !

Infrastructure et équipement

Pour l’opération « Helmut » je disposais en tout temps de deux véhicules :

  • La SunMobile
  • La SunGonette

La SunMobile était une berline monovolume peu discrète de couleur bleue métallisée. C’était uniquement dans le but d’optimiser le volume de chargement à l’arrière que je l’ai délestée de ses banquettes. Chose pratique pour par exemple, transporter une pioche et une pelle. Ce sont des outils indispensables, en admettant qu’il devait un jour me venir à l’idée d’aller me débarrasser, ou pire enfouir, mon compost en contrée voisine. Elle offrait en outre, une vaste boîte à gants, idéale pour y ranger une cagoule, des mitaines antibactériennes ainsi qu’un imposant pulvérisateur de désodorisant.

La SunGonette était un fourgon multi-fonctions de couleur blanc clair. L’outil idéal du professionnel souhaitant en toute efficacité se confondre dans le trafic. Cet utilitaire aurait de préférence été mis à contribution dans les cas où il me serait curieusement venu à l’idée par exemple, d’exporter en zone tricolore, sans pour autant devoir renoncer à un minimum de confort, une kyrielle de barils de produits toxiques. En outre à l’arrière, je pourrais aussi en tout temps installer un SunPlumard. Des fois qu’une mouche devait soudain me piquer de l’idée saugrenue de vouloir court-circuiter un circuit ordinaire et bien ancré : En me refusant d’importer, pour ensuite réexporter les mêmes déchets en organisant des séjours “All Inclusive On Site ” et donc directement “full hors taxe au sac” à l’étranger.

Opération Helmut phase #1

De par sa profession, ce veilleur zélé d’un autre temps devait sans doute être porteur de la notion de montée en grade. Mon ambition dès lors était de me démarquer de la catégorie « présumé exportateur de détritus » d’entrée de gamme ! Pour gonfler mon degré de « louchitude » et décrocher mon admission dans la classe supérieure de soupçonnables, je me devais d’activer une partie inexploitée du cortex préfrontal du vigilant zigue. Il me fallait non plus tenter d’agir sur la mémoire à court terme du sujet, mais m’inscrire en délinquant du vide-ordures à haut potentiel dans sa mémoire à long terme. Il devait dès lors et à chacun de mes passages, même si visiblement il n’était pas physionomiste, instantanément pouvoir se souvenir de moi ! Ceci sans avoir à aller consulter le grand registre des trafiquants d’immondices dans sa guérite.

A cette période-là, je bricolais l’aménagement de la SunGonette. N’étant pas locataire d’un SunGarage, c’est la SunMobile qui me servait de dépôt pour des outils et du matériel.

Je n’ai de ce ne fait pas eu à faire appel à un décorateur de cinéma pour mettre en en scène un modeste mais crédible dépotoir à l’arrière de la SunMobile, avant de me lancer dans l’aventure d’un nouveau franchissement de la ligne de démarcation.

Le chargement de la phase #1

  • le gros carton vide du frigo-minibar tout neuf de la SunGonette *
  • le sac en papier contenant quelques chutes d’isolant en laine de pierre *
  • Un sac poubelle ouvert et rempli au ¼ de sa capacité contenant ce que j’avais balayé dans la SunGonette suite à une séance de bricolage *

A la dernière minute, j’ai dû renoncer à exporter un sachet en plastique transparent contenant des épluchures de carottes * dont la mise en évidence sur le siège passager aurait pu troubler l’esprit l’analyse du guetteur. Je me devais de limiter au strict minimum le nombre d’accessoires susceptibles de porter préjudice à mon innocence.

* A noter que seuls les déchets ménagers en sacs sont taxés, pour le reste il y a la déchetterie officielle.

Expérience sur le terrain #1

Les réactions du cornichon en faction n’ont pas déçu mes meilleurs pronostics. La vision du gros carton vide à l’arrière de la SunMobile lui a exorbité les pupilles et extrait les deux paluches des poches. J’avais donc cette fois emporté assez de grain à moudre pour sortir tout poireau apathique de la plus barbante des routines.

Séquence d’événements marquants de la phase #1

  • Sa fouille en règle de mon chargement hautement suspect.
  • Mon explication qu’en ce moment je bricolais un aménagement de fourgonnette, que je souhaitais conserver le carton, que la laine de pierre n’est pas à jeter et que le sac était encore loin d’avoir pleinement rendu service.
  • Sa décision indiscutable de ne pas me laisser entrer sur le territoire « juste pour faire quelques courses »
  • Sa grande générosité de me faire cadeau des 150 Euros d’amende qu’il aurait pu s’il avait été dans un mauvais jour me facturer pour pareille “infraction“.
  • Mon vif témoignage de désappointement souligné d’un regard noir animé de rafales d’éclairs électriques.

J’ai donc obtempéré en faisant demi-tour, mais cette fois-ci, en étant certain de m’être démarqué du commun des exportateurs de poubelles et satisfait, d’avoir à mon tour pu être le plus chiant des “touristes“.

A noter pour la petite histoire que je suis finalement quand même allé faire mes courses à l’endroit prévu en sélectionnant un poste de douane alternatif, nettement plus pacifique et que plusieurs semaines après le déroulement de la phase #1 de l’opération, le chargement décrit ci-dessus n’a toujours pas été déchargé nulle part sur la surface de la planète.

J’ai conclu au moment du débriefing de cette phase #1 de l’opération Helmut, qu’elle pouvait être couronnée d’un franc succès.

A suivre

A la fin de cette histoire, je révélerai la localisation 
exacte du poste de douane où vous pourrez vous aussi et  
à volonté aller vous laisser bassiner par ce fonctionnaire 
en mal d'intuition et de courtoisie.
Je l'ai d'ailleurs personnellement et de vive voix informé 
lors de mon dernier passage qu'il allait à la perfection 
incarner son rôle central dans cette histoire, même si 
à mon humble avis, il ne gagnait pas à être connu. 
( Il m'a même proposé du papier pour écrire... )
Au fond je crois que ça ne lui a pas trop plu, mais là 
c'est un peu à mon tour de me contrefoutre de 
tout ce qu'il pourrait bien en penser !  

A part ça, depuis que j'ai entrepris d'écrire ce récit, 
je n'ai plus du tout les boules ! Et ça n'a même pas 
coûté une blinde en honoraires de consultations.
Mais je vais quand même encore m'accorder une petite 
journée "wellness"pour assurer le coup...