Silence Radio (?)

silence radio_sunof.net

Aujourd’hui je peux republier ce dessin que j’avais réalisé début 2015. Initialement il n’était accompagné d’aucun texte. Pour moi, il représente beaucoup plus qu’un simple dessin basé sur un jeu de mots.

Ce jour marque également la fin d’une bataille que j’avais du engager pour vaincre un mal étrange et périodique qui me taraudait. Je ne sais pas du tout s’il s’agit d’un problème répandu dans la population. Je n’en ai jamais entendu parler nulle part. Je pouvais quotidiennement mesurer l’intensité de mes états de crise, simplement en écoutant la radio pendant quelques dizaines de minutes. Et certains jours je n’avais pas d’autre choix que de la réduire immédiatement au silence ! D’autres jours, je pouvais me réjouir d’être un auditeur comme n’importe quel autre. Suivre une émission de télévision, à part dans de très rares cas tout au début de l’apparition de ce type de manifestations, ne provoquait jamais cet effet. Probablement parce qu’au même instant, mon attention visuelle était également captivée et qu’une fois les deux canaux réunis, mes perceptions restaient cohérentes.

A un moment donné, j’avais aussi du m’abstenir d’écouter mes albums préférés. Les émotions intenses que je ressentais à l’origine s’en trouvaient soudain encore décuplées, ce qui pouvait ensuite m’envoyer dans les cordes. Il y avait à la clé un lot d’effets extrêmement agréables, positifs et addictifs mais aussi des conséquences négatives à subir ensuite. A la fin, il fallait toujours le payer assez cher. Habituellement beaucoup plus à l’écoute de la musique et des harmonies qu’attentif au sens des paroles, je pouvais parfois soudainement me trouver confronté à des lyrics me mettant particulièrement mal à l’aise.

Dans ces périodes là, il arrivait que la musique d’ambiance des centres commerciaux déclenche chez moi une gêne du même type. Elle a même pu être permanente durant plusieurs mois et sans le moindre répit. En temps normal déjà, je me sens vite embarrassé dans un open space bruyant ou agacé par ceux qui semblent prendre un malin plaisir à abuser de bruits de moteur. Un vacarme qui pour moi ressemble à tout sauf à une symphonie. Les souffleuses à feuilles mortes et les tronçonneuses à moteur deux temps par exemple, ne sont pas vraiment mes amies. C’est certainement de la faute à l’hémisphère droit de mon cerveau, qui s’emballe beaucoup trop facilement, lorsque c’est son tour de dominer.

Ces sensations de malaise quand elles surviennent, sont plus intenses et fréquentes avec des langues que je comprends mal qu’avec celles que je comprends bien. Et je peux de temps à autres me sentir incommodé d’une manière similaire sur des réseaux sociaux ou la langue anglaise est dominante. (Je n’ai qu’un niveau intermédiaire B1à l’oral et B2 à l’écrit) Ce qui fait qu’assez souvent j’adapte au goût du jour ma limite de tolérance à l’overdose d’informations pouvant potentiellement déclencher des sentiments négatifs voire des réactions de rejet.

Dans le but de m’exorciser, j’avais du prendre la sévère décision de me séparer de ma radio et de m’isoler de ma collection de cédés. Pour faire la sourde oreille le temps qu’il faudrait. Histoire de ne pas entretenir plus longtemps les déclenchements de ces bugs. De temps à autre, je m’offrais une mesure auditive prudente pour évaluer les résultats obtenus. Comme les choses semblaient effectivement petit à petit s’arranger, j’ai par exemple commencé à inclure des liens musicaux éphémères sur ce blog et d’en évaluer les influences. Une idée destinée à me proposer d’écouter facilement de la musique qui me touche en rédigeant mes petits délires. Une expérience également vouée à m’intéresser plus globalement à la signification des paroles étrangères à ma langue maternelle, en prenant le temps d’aller les lire sur internet.

J’avais entendu dire que le cerveau était assez malléable. Je ne sais plus si c’est de moi ou d’où j’ai bien pu tirer la vision que si on le comparait à un arbre, on serait capable de ne plus “nourrir” une branche qui serait malade, pour qu’elle perde ses feuilles, se dessèche et finisse par tomber. Ça parait simpliste, mais ça peut aider quelqu’un à conserver une lueur d’espoir durable.

A la suite de cette longue séquence de petits changements et d’actions mises bout à bout, les phénomènes indésirables ont fini par s’atténuer et à retrouver un niveau tolérable. Mais en homme averti, je reste sur mes gardes. Et je ne serai plus jamais le même. J’ai en quelque sorte truffé le périmètre de systèmes d’alarme, de barrières et de filtres efficaces. Et c’est assez drôle car si aujourd’hui je me lâche à crier victoire un peu vite, il me reste encore au programme la tâche immense de m’imposer la réécoute des deux albums qui me font le plus peur : Ceux qui m’ont dans le passé profondément déstabilisés et que j’ai du bannir de mon répertoire. Et qui n’ont jamais passé les derniers tests avec succès !

A chaque fois que je peux en arriver à la constatation que je suis encore réparable avec mes propres outils, c’est un peu comme un jour de fête ! A la base, ce blog était une stratégie de survie. Il devait me permettre de mettre un peu d’ordre dans ce fatras de perceptions parasites et de chercher un moyen de canaliser mes pensées. Et ma foi, je crois qu’elle fonctionne pas si mal que ça ! Je ressens des différences notables à chaque étape.

J’ai rédigé cet article pour qu’il figure dans mon album de souvenirs. Mais peut-être aussi que quelque part, quelqu’un souffre de symptômes comparables. Si c’est le cas , cette personne sera peut-être un peu rassurée en lisant le récit de mon expérience personnelle.

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