Category Archives: Usages ( Dégaines et attitudes )

L’opération “Mozerboard”

-Docteur, vous avez vu ? On a un problème !! Voyez, ici et là...

-En effet, j’ai vu ça ! Même si en 30 ans de bloc opératoire, je n’avais encore jamais vu ça ! Passez-moi le micro-tournevis cruciforme

-Voici votre outil. On n’a pas trouvé de donneur à 100% compatible ? Sommes-nous encore en présence de l’un de ces cas d’obsolescence programmée ?

-Je ne pense pas. Ce patient-là avait un Pentium Core I7 à quadruple cœurs de 7ème génération du millésime 2017. Et ce modèle de circuit est introuvable sur le marché, même dans les brocantes d’organes. Mais il fallait tenter l’impossible, alors on s’est rabattu sur un Core I3, très proche d’un point de vue mécanique. Il fallait tenter de sauver ce qui avait une chance de l’être. Passez-moi la pince à long bec à 45 degrés

-Tenez là voilà. Est-ce que je peux couper le circuit d’alimentation auxiliaire ?

-Oui, coupez tout, avant que le module de rechange implanté ne se mette à surchauffer. On va au plus vite devoir chercher un autre donneur compatible, qui nous fournirait un ventilateur adapté. Passez-moi le tube de pâte thermoconductrice

-Et voilà. Et maintenant, qu’allons-nous faire du patient ? Est-ce qu’on informe ses proches que nous avons été confrontés à des complications ou alors est ce qu’on les prévient qu’ils doivent commencer à envisager d’acheter du neuf ?

-On va maintenir le client en coma artificiel jusqu’à ce qu’éventuellement, on puisse trouver la pièce conforme. Et on informe les proches qu’on va tenter l’impossible et qu’ils ne doivent pas perdre tout espoir. Passez-moi une petite boite, pour les vis…

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J’ai un fort penchant pour la réparation. C’est une manie chez moi qui peut friser l’acharnement thérapeutique. Techniquement tout est toujours d’abord potentiellement réparable, comme “dans le bon vieux temps”. Et je peux faire preuve d’une obstination déraisonnable à vouloir dépanner des objets qui dysfonctionnent. Je pense que les batailles d’ordre technique, libèrent chez moi un niveau de dopamine comparable à celui qui anime ceux qui ont une forte addiction au jeu. Et je ressens une certaine jubilation, lorsque je suis parvenu à prolonger la durée de vie “de mon patient”. Et ce, que ce soit avec ou sans avoir eu à recours à de l’aide extérieure.

J’ai baptisé cette habitude pathologique le syndrome de MacGyver. C’est inspiré de la série originale du même nom. C’était un type futé et ingénieux qui bricolait de petits miracles avec les moyens du bord, comme par exemple un cure-dents, deux boulons et un élastique de pot de confiture..

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Un électron libre en suspension

On pourrait croire que je suis un électron libre d’astreinte à toute conformité, mais c’est entièrement faux ! J’ai été domestiqué très jeune déjà. J’ai même dû me soumettre à une autorité parentale assez stricte parfois. J’ai par exemple longtemps été contraint de fréquenter les bancs de l’école alors que j’avais beaucoup mieux à faire. Ils ont du profiter d’un instant de somnolence pour me capturer et m’enchainer à un radiateur du collège ! Et évidemment, captif de ce long processus qui n’était pas dans ma vraie nature, j’y ai au final un peu perdu en authenticité.

Lorsqu’ils m’ont enfin libéré pour mauvaise conduite de mon formatage scolaire , il ne restait en moi déjà plus grand-chose du flâneur-cueilleur pré-conditionné.

A peine le temps de souffler un peu que je tombais cette fois dans le piège de la technologie : ” -Tu vas apprendre un métier d’avenir avec sérieux et tu n’iras folâtrer à volonté dans la nature, qu’ensuite !” Une fois de plus c’était entre parenthèses que j’avais dû brider ma prometteuse trajectoire d’électron désinvolte.

Quand ce fût chose faite, j’avais été appelé à me plier à apprendre à servir mon pays la pâquerette au bout du fusil. A exécuter des ordres les yeux-fermés, sans rouspéter et à marcher au pas de charge en rangs d’oignons. J’avais célébré le jour de mes vingt ans en faisant les vingt pompes réglementaires devant la caserne. Je n’avais pas d’autre choix sinon la désertion.

Une fois libéré de mes obligations patriotiques et conditionné à marcher droit, je suis retombé dans le piège de la technologie. C’est que ma profession me rappelait les jeux de briques de construction danoises de mon enfance mais avec un supplément d’électrons remuants dedans. Des électrons qui se bousculaient plus ou moins intensément dans des fils de cuivre multicolores : Je me sentais à nouveau évoluer dans un espace quasi illimité. Cette fois, ça pouvait être moi, le maître des électrons. Je pouvais à tout instant décider de les libérer tous. Devenir le roi du court-circuit, si d’aventure l’envie devait m’en prendre !

Et puis un jour, j’ai eu la visite du préposé au respect des normes. Celles qu’on disait être en vigueur. Il parcourait plus d’un millier de kilomètres pour venir inspecter mon travail. Il passait chaque détail en revue à la loupe et dressait une liste de tout ce qu’il fallait corriger. La terre devait être bien à la masse mais pas de n’importe quelle manière ! Il était pointilleux, procédurier mais aussi de contact agréable. Une fois de plus, j’étais prié de me plier à des normes strictes et préétablies ! De menotter l’électron libre en moi. Au mieux, de le remettre au frais, pour plus tard.

D’un côté, je comprenais très bien la raison d’être de toutes ces fichues normes mais de l’autre, je voyais également proportionnellement fondre mon espace de liberté et de créativité ! Cruel dilemme : Pour bien faire, il me fallait encore déplacer le curseur à contrecœur.

Un jour, ce fût mon tour de parcourir le millier de bornes pour aller rendre visite au préposé au respect des normes. Il m’avait déjà transmis de nombreuses connaissances importantes ! Mais le mystère des origines et du parcours de domestication de ce présumé grand maniaque était resté entier.

Un soir, il m’a révélé qu’il vouait une véritable passion à ces vieux fourgons en tôle ondulée : Les Citroën Type H. Un véhicule utilitaire qui, au pifomètre datait de bien avant l’invention des normes internationales et du tout début de l’Ère des électrons. Une époque que je situerais approximativement à une semaine après le big bang ! Et j’ai découvert que lui aussi, quelque part, avait conservé de quoi s’accrocher encore un peu à ses grandes aspirations d’origine !

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Après avoir rédigé l’article ci-dessus, c’est dans le but d’y ajouter une illustration que j’ai tenté de dessiner l’un de ces fourgons à main levée. Mais je le voulais un peu déformé, plus fantaisiste. J’ai voulu lui apporter ma petite touche personnelle. En faire une caricature. Résultat : c’était complétement raté ! Affreux !

“- Il y a des cas où rien ne sera jamais mieux que l’original !” m’aurait alors affirmé l’expert en glissant les plans d’origine sous mes yeux… “- A respecter à la lettre près, sinon ce n’est même pas la peine d’essayer !”

Et moi, une fois de plus de m’incliner et de lui donner raison… ( Mais ce sera juste pour cette fois )

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Un atout impérieux

Ne vous laissez point embobiner par ses habiles gesticulations lorsqu’il agitera ses clochettes. Car ce bouffon là ne rebattra ni ne redistribuera jamais vraiment les cartes pour les rejouer sur table !

Tout au plus prendra t’il la peine de les décoller les unes des autres en nous rejouant son tour habituel. Car pour lui, les jeux sont faits, rien ne va plus !

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Un article qui au final se révèle être assez décevant. Ce personnage de carte à jouer offrait pourtant une très grande liberté créative. Il pourrait danser sur une main en jouant de la flûte de pan qu’on ne s’en étonnerait pas. J’avais aussi l’espoir au passage d’en apprendre un peu plus sur le rôle de cette carte. Mais là aussi, il n’y avait pas véritablement de grand mystère à éclaircir. Son statut varie beaucoup en fonction du jeu auquel on joue, lorsque on ne le retire pas carrément du paquet avant une partie.

C’est après m’être laissé aller à dessiner ma version de ce fameux Joker, que je me suis aperçu qu’il aurait facilement l’air d’un mauvais joueur qui nous fait son tour de cartes en dansant le gangnam style… Peut mieux faire, moi j’dis !

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La Dream Team [#5] : Germain

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C’est le cinquième élément d’un team qui en compte cinq, éventuellement six.

Il est le chaînon tactile du gang. C’est le touche-à-tout à fleur de peau sur qui on peut toujours compter.

Il n’hésite pas à mettre la main à la pâte et dans le cambouis. Et il est également chargé d’applaudir. Il ne craint pas d’aller au contact, ni de gesticuler.

S’il peut lui arriver de tâtonner et de trembler, on lui reconnait aussi des doigts de fée.

S’il porte le numéro 5, c’est uniquement parce qu’il a tiré la plus courte des pailles.

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La Dream Team [#4] : Teodor

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Quatrième membre d’une troupe qui en comptera cinq, peut-être même six.

Parmi les disciples de sa clique, il est celui qui a le fin nez pour tout et aussi celui qui flaire les entourloupes à distance.

Il est le garant d’une atmosphère respirable au sein du groupe. Il n’hésite jamais à mettre son nez dans les affaires et veille à ce qu’on ne le prenne pas pour une truffe.

S’il a souvent tendance à avoir le nez dans le guidon, à ses heures, il sait aussi le lever pour l’avoir dans les étoiles.

Il porte le numéro 4, un détail qui est sans importance. Mais sachez quand même qu’il préfère que vous ne lui parliez jamais de pic ni de péninsule.

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La Dream Team [#3] : Luke

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Troisième membre d’une troupe qui en comptera cinq, peut-être même six.

Au sein de la confrérie, il est le manager de tout ce qui touche à l’aspect visuel des choses. Il en est le visionnaire et celui qui gère l’image du groupe. Il garde toujours un œil sur tout, même s’il n’est pas opposé à un petit clin d’œil ici ou là.

Il est un observateur aguerri et rien ne semble lui échapper. Il aime se régaler de couleurs, de contrastes, de luminosités, d’expressions visuelles, de reliefs et de textures.

Il porte le numéro 3, un détail qui n’est pas prépondérant. Il m’a prévenu que son œil averti pourrait difficilement accepter qu’il fasse pâle figure aux côtés de ses compagnons.

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La Dream Team [#2] : Claudio

Deuxième membre d’un groupe qui en comptera cinq, peut-être même six.

Il est branché en permanence sur les fréquences sonores. Au sein de la troupe, il est celui qui est toujours à l’écoute et qui occupe le rôle de l’ingénieur du son.

Il se dévoue entièrement et de manière compulsive aux vibrations qu’il perçoit dans l’environnement. Il est particulièrement sensible aux voix, aux harmonies, aux rythmes et aux bruissements de la nature.

Il porte le numéro 2, mais ce détail n’a pas d’importance. Avec son style unique, il se démarquait de ses compagnons. J’ai pensé que nous allions bien nous entendre.

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La Dream Team [#1] : Augusto

Premier membre d’un groupe qui en comptera cinq, peut-être même six.

Son truc à lui, c’est la langue. Au sein de cette troupe, c’est lui qui se charge de l’analyse des saveurs, de la reconnaissance des arômes etc… Son addiction est d’ordre alimentaire : c’est le sucré, le salé, l’acide, l’amer et le glutamate.

C’est le hasard qui a voulu qu’il porte le numéro 1. C’était simplement lui qui avait la dégaine la plus sympathique de toute la bande. Alors j’en ai profité pour le charger de me transmettre le goût de poursuivre cette petite expérience…

En principe, je devrais pouvoir à terme tous les réunir sur une photo de famille accompagnée d’une explication d’où je voulais en venir…

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Petit délire contre gros délire

Un petit délire qui botte le cul d’un gros délire

Il y a quelques temps, nous avions reçu la visite surprise d’un gros délire.

N’avait-il simplement pas remarqué le panneau à l’entrée ? A l’accueil, nous lui avons fait remarquer qu’il s’était probablement trompé d’adresse : Qu’en ces lieux, nous étions spécialisés dans les petits délires. Et que par ailleurs, nous ne disposions pas des infrastructures nécessaires pour aborder des gros délires en toute sérénité.

Mais selon lui, il était bien à l’endroit qu’il avait choisi et n’avait pas l’intention de s’en aller. Il se déclarait vivement intéressé à inspecter l’endroit et très enclin à y vivre pleinement son aventure. Alors nous lui avons demandé de se faire le plus petit possible dans son coin…

Mais au lieu de se faire de plus en plus discret, il s’est installé durablement et prenait de plus en plus de place. Il empêchait nos idées de circuler librement. A lui seul, il bloquait l’émergence de petits délires raisonnables et faciles à vivre. De plus, il devenait de plus en plus gourmand en ressources cognitives. Il virait même à l’obsession. Il n’y en avait presque plus que pour lui !

Et nous savions par expérience que si nous acceptions de faire une seule exception pour lui, nous risquerions d’ouvrir la porte à toutes sortes de gros délires !

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Mais alors que faire de lui ?

Devions-nous le débiter en plusieurs tranches de petits délires d’un calibre acceptable ?

Lui mettre la pression en le sommant de se mettre en conformité avec nos idées dans les plus brefs délais, tout en lui faisant miroiter l’opportunité d’une prochaine réévaluation de son cas ?

Ou alors simplement, tous nous offrir des vacances ! En lui laissant les clés de la boîte crânienne et en le laissant se débrouiller seul. En spéculant sur l’idée qu’un manque d’attention de notre part finirait peut-être par l’atténuer jusqu’à qu’il n’en reste qu’un petit délire comme les autres….

C’est à ce moment-là, qu’un petit délire un peu teigneux et agacé a pris la parole. Il a clamé haut et fort qu’à son avis, le temps des courbettes et des petites politesses était à présent révolu ! Et il s’est même porté volontaire pour être le premier à aller lui botter le cul…

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Une campagne dans un Eldorado

Il était une fois, un lointain endroit dont la localisation exacte avait été gardée secrète. Il était situé très à l’écart de toute civilisation humaine et sa principale raison d’être, était de contribuer à la préservation de la biodiversité sur la planète. C’était une grande oasis naturelle, qui avait la particularité… d’être un peu particulière !

Un beau jour, dans ce coin de paradis au décor luxuriant et bucolique, devait se tenir l’élection d’un candidat au poste de conservateur en chef. Un mandat à durée limitée qui était à repourvoir.

Et c’est à cette occasion, que s’étaient réunis les délégués de toutes les espèces vivant dans cet espace de nature protégée. Pour que chacun d’entre eux, puisse approcher les différents candidats qui s’étaient déclarés volontaires et motivés à remplir cette honorable fonction ! Ainsi était aussi offerte aux électeurs, la possibilité de voir ce qu’ils avaient dans le ventre, de se forger une idée précise quant à leurs véritables compétences et d’influencer leur choix en faveur du postulant au profil le plus prometteur et aussi le plus apte à œuvrer pour le bien de tous.

Lors de ce grand rassemblement, on avait notamment pu noter la présence de :

  • l’ours (dont personne n’avait encore osé vendre la peau, sans d’abord imaginer devoir lui passer sur le corps pour cela)
  • du gros poisson (qui, végétarien de naissance, n’en avait encore jamais mangé de plus petit que lui)
  • du bœuf (qui affichait une certaine fierté que personne n’avait encore essayé de le planquer derrière une charrue à la con)
  • de l’hirondelle (qui déclarait ouvertement, au risque de déplaire, qu’en réalité elle avait déjà plusieurs printemps à son actif)
  • de l’âne (qui n’avait encore jamais chié la moindre pièce d’or, mais qui évitait aussi de nous en chier une pendule)  
  • du rat (qui n’avait pas le pied marin et qui de ce fait n’avait encore jamais dû quitter de navire dans la précipitation et qui n’en avait aucunement honte)
  • du chien (qui disait volontiers ne pas être le genre de casse-couille à devoir se manifester au passage de chaque caravane)
  • du chat (qui ne cachait pas de n’avoir jamais été gris, pas même les nuits sans lune)
  • du serpent (qui à l’entendre n’aurait jamais été assez con même bourré comme un sac à main, pour vouloir de se mordre la queue)
  • du corbeau (qui prétendait savoir garder des secrets et se targuait de n’avoir encore jamais envoyé de lettre anonyme)
  • du crocodile (qui n’avait encore jamais laissé couler la moindre larmichette en public)
  • du canard (à qui personne n’avait eu l’idée saugrenue de vouloir ne serait-ce qu’en théorie lui casser une patte)
  • du cochon (qui clamait n’avoir toujours eu qu’une parole et qu’il ne s’en était jamais dédit)
  • du lion (qui se déclarait claustrophobe et qui n’aurait jamais supporté de devoir tourner en rond dans une cage)
  • de la baleine (qui tenait avant tout à être prise au sérieux et voulait faire savoir à tous qu’elle ne riait pas plus que qui que ce soit d’autre)
  • du crapaud (à qui il ne viendrait jamais à l’idée de baver sur une colombe car plutôt branché grenouilles que volatiles)
  • du vieux singe (qui affirmait toujours avoir autre chose à foutre que d’apprendre à faire des grimaces ou à devoir se forcer à maîtriser des bonnes manières)
  • du requin marteau (qui ne s’était jamais intéressé plus que ça à la finance vu que son truc à lui c’était plutôt le bricolage)

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Sur la liste des candidats officiels, il y avait :

  • le bon cheval (sur qui personne n’avait encore misé mais qui se refusait d’abandonner tout espoir)
  • la tortue (qui depuis son improbable victoire contre un lièvre s’obstinait à participer à toutes les compétitions)

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J'avais l'intention plus tard, de compléter cet article, 
en énumérant plus de candidats et par exemple aussi, de 
l'enrichir d'une présence représentative du monde des 
insectes... J'ai attendu pour ce faire, de me sentir excité 
comme un puce ! Mais au lieu de cela, voilà que je me suis 
surpris à bâiller comme une huitre et à rester muet comme 
une carpe...

Le mode semi-incognito

Hier, je suis allé faire quelques courses dans un supermarché assez éloigné de chez moi.

Je me suis habitué au port du masque chirurgical dans les endroits publics. Et j’ai pris l’habitude de retirer mes lunettes de vue afin d’éviter que de la buée respiratoire ne m’empêche de décoder l’étiquetage des produits ou n’en floute le nutriscore.

Ça reste une impression étrange que de se faufiler entre les rayons dans la mascarade générale en mode « consommateur semi-incognito » ! Dorénavant, notre frigo connecté et internet en savent clairement plus long sur nos habitudes alimentaires que notre épicier de quartier pas très physionomiste.

Je me suis dit que ce serait peut-être la période idéale pour être en cavale. Être recherché par toutes les polices, pour délit de grimaces menaçantes sous cape sur la voie publique.

Je pourrais alors par exemple jouer au “gros bras” effrayant avec cette caissière ? Surjouer un peu à la manière d’un Darth Vador sous assistance respiratoire, celui qui ne ne veut pas laisser de place au moindre doute quant au respect de sa vie furtive future :

-Si jamais on te le demande…. tu diras que tu ne m’as jamais à moitié vu ! … Parce que je pourrais très bien revenir en tapinois …. pour vous mettre en quarantaine, toi et ton magasin ! Alors … motus, bouche cousue et masque par-dessus !!! Bonne fin … de journée !

Dans ce monde d’apparences transformées, ceux qui dessineraient les demi-portraits-robot ne travailleraient plus qu’à temps partiel. La reconnaissance faciale serait une technologie obsolète. Les caméras de surveillance recyclées en webcams météorologiques. Les délits de sale gueule devenus de l’histoire ancienne. Le selfie “intégral” qualifié d’obscène.

A nu, je reste aisément reconnaissable à mon auguste nez au design particulier et breveté. Mais là, en mode client furtif, je resterais à jamais méconnaissable et introuvable partout où je choisirais de me planquer. Cela grâce à la magie opérée par ce simple accessoire de camouflage identitaire et sanitaire en tissu synthétique…

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Alors que je sortais de la grande surface, toujours en mode semi-incognito, poussant mon charriot en direction de mon véhicule, une femme à l’élégance remarquable qui elle, arrivait au magasin au même instant, m’a longuement “dévisagé” comme si j’étais le seul bipède dans les parages qui aurait fait quoi que ce soit de particulier pour se faire remarquer. Elle a eu l’air troublée et ses yeux se sont mis à briller. Hypnotisée par je ne sais quels effets spéciaux, elle m’a salué très chaleureusement lorsque nous nous sommes croisés à la distance minimale recommandée de distanciation sociale ! Alors que moi, encore absorbé par mes emplettes, je n’avais pas même encore envisagé d’enlever le bas ! Je l’ai cordialement saluée à mon tour en lui adressant un large sourire invisible…

J’avais déjà remarqué que le port d’une belle chemisette moderne à manches courtes d’une taille en-dessous pouvait affûter l’émotion immédiate de certains regards féminins. Mais je ne m’attendais pas une seconde à pouvoir un jour apparaître plus attirant masqué qu’à visage découvert !!!

Cette situation pour moi inédite et déconcertante m’a également rappelé la très grande importance que je donne à ces moments magiques. Ceux-là même, qui peuvent naturellement et intensément émaner du croisement de deux regards inconnus… A ma connaissance, les sites de rencontres en ligne n’offrent jamais ce type de merveilleuses surprises dans leur catalogue de prestations ! Après mûre réflexion, je vais attendre un peu avant de m’inscrire et prendre le temps d’évaluer ma capacité à démasquer la beauté cachée de quelques inconnues envoyées à ma rencontre par le grand verger du hasard…

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Si j’ai souhaité apporter ce vibrant témoignage, c’est aussi dans le but d’encourager les derniers réticents. Ceux qui sont encore opposés au port du revêtement partiel de façade. Certains craignant peut-être, durant cette longue pandémie, de sacrifier une moitié de leur sex appeal et donc probablement aussi d’être amputés d’une partie non négligeable de leurs potentielles conquêtes déconnectées…

Et il ne faut pas oublier qu’il fût une époque pas si lointaine que cela, où les bals masqués étaient très prisés des joli-cœurs…

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Pour compenser l’absence d’une illustration plus récente dans cette thématique, vous pouvez suivre ce lien :

Une journée bien-être

Hier, je me suis accordé une « journée wellness ». Après trois mois de semi-confinement, c’était plus que nécessaire. Et aujourd’hui, en toute franchise , je me sens nettement mieux qu’avant-hier !

Ce qui fonctionne le mieux pour moi, c’est d’aller jouer aux sardines dans les thermes d’une ville voisine. A chaque fois, je ressors du court-bouillon parfaitement régénéré et durant la nuit qui suit, je pionce comme un koala.

En méditant dans le bain à bulles, je me disais que décidément, l’être humain avait pour particularité de se créer lui-même la plupart de ses problèmes. Et je suis bien placé pour le savoir vu que je fais pareil ! D’ailleurs, si on doit en arriver à devoir s’accorder une « journée wellness », c’est que toutes les autres ne le sont pas vraiment ! Sinon on les appellerait toutes juste « journée ». La grande mode maintenant, c’est de fêter la journée annuelle de ceci ou de cela. Moi cette année par exemple, j’ai déjà prévu de célébrer la journée du roulement à billes qui tombe pile en septembre ! (Ne cherchez pas… je me comprends)

Après avoir été barboter dans la rivière à remous, j’ai décidé prématurément de quitter le bassin de plein air. Il y avait une machine de chantier juste à côté, qui s’entêtait à faire un boucan d’enfer et qui empestait le Diesel qualité paquebot. Mais après trois mois de semi-confinement, pas question de faire le difficile. Il faut savoir se montrer un poil compréhensif : Pour certains camarades bipèdes, s’il a pu à un moment être interrompu, le travail a dû être repris pendant que d’autres se paient encore le luxe de se prélasser dans leur piscine. Et puis allez, tiens : une « journée moyennement wellness » lors d’un retour progressif à la normale, on ne va pas cracher dessus !

Pour ajouter une petite pointe de wellness à cette journée, je suis allé me régaler les papilles dans un petit restaurant asiatique qu’il m’avait été recommandé de boycotter durant les trois mois d’hibernation. Avec un peu de sauce piquante, je me suis dit qu’en fin de compte, l’être humain ne se créait pas que des problèmes !

Je n’ai été de retour dans ma ville qu’en soirée à l’heure de pointe. A mon humble avis, s’il y avait une statue qu’il faudrait déboulonner sur le champ, ce serait bien bien celle érigée à l’intention du crétin qui a inventé les heures de pointe ! Ça diminuerait peut-être le nombre de processions de ses fidèles. J’ai pu constater avec effroi qu’en effet, les gens n’était plus du tout confinés à leur domicile ! Ils l’étaient maintenant dans l’habitacle de leurs bagnoles respectives dans un bouchon interminable. C’était en quelque sorte l’imbrication d’un confinement dans un autre confinement, après le semi-confinement. Un cauchemar emboité dans un autre cauchemar, après un mauvais rêve. Mais par un temps estival; comme ça en définitive, tout ne paraît pas si sombre…

Moi ? Ah mais non ! L’embouteillage ne m’a pas du tout niqué ma « journée moyennement wellness » ! Parce que je circulais dans la direction opposée et que c’était le boulevard. Pour moi, c’était aussi l’heure de pointe, mais de celles qui pointent vers l’arrière. Je me rendais en ville à l’heure précise où tous les autres semblaient préférer la fuir. Et là, je me suis répété que décidément l’être humain avait pour particularité de se créer lui-même la plupart de ses problèmes.

Je crois que s’il m’est un jour proposé de sélectionner ma prochaine vie, expérience faite, je ne cocherais peut-être plus la case “être humain”. Et j’éviterais également l’option fourmi. Trop de stress, de trafic et de files d’attentes, là-aussi. On verra bien d’ici là. Pour l’heure, j’en suis resté au choix qui me parait le mieux me convenir de vilain petit canard.

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L'intelligence artificielle et les fourmis, par Hervé Lehning
Source Illustration : Merci le web !