J’ai créé cette bannière pour signaler à mes chers clients et collaborateurs que je suis en télétravail sur ma planète jusqu’à nouvel ordre. Que vu d’ici je ne pourrai probablement pas tenir les délais suite à une courbure défavorable de l’espace-temps qui exclut de facto toute tentative de ma part de m’aventurer dans un voyage de retour au vaisseau-mère …
Je viens de jeter à la casse, la concrétisation de l’un de mes plus gros délires de longue date !
Depuis mon plus jeune âge, je m’étais senti inspiré par l’idée folle et récurrente de me lancer dans l’étude, le développement et la construction d’une monoplace à voyager dans le temps. Ho, rien de bien révolutionnaire, juste un modeste appareil artisanal destiné à mon propre usage…
J’allais dans ce projet pouvoir réunir l’ensemble de mes connaissances scientifiques, mécaniques, électroniques, informatiques et y engloutir la totalité de mes maigres économies. Pour des raisons évidentes, je n’avais d’autre alternative que celle de travailler en solo dans mon laboratoire secret.
Mon but n’était pas de m’offrir des opportunités de tourisme spatio-temporel ou que j’aille chiner des objets anciens encore à l’état de neuf pour réaliser des bonnes affaires à mon retour ! Mes expéditions ne serviraient essentiellement qu’à aller délester ma conscience d’un certain nombre de culpabilités.
J’ai toujours aimé réparer des trucs, alors pourquoi pas aller dépanner mes conneries avant même que je ne les commette ? J’irais une à une éponger mes interventions les plus désastreuses et balayer les situations les plus embarrassantes ou honteuses dans lesquelles j’avais été me fourrer dans mon glorieux passé ! Et j’emporterais dans la malle arrière une cargaison d’éponges et de chiffons à déchiffonner pour enchainer les missions de détachage sans avoir à repasser par la case base.
Aujourd’hui enfin, malgré une colossale accumulation de retards sur le planning de départ, ma machine à voyager dans le temps était construite et en parfait état de marche. Je n’avais qu’à retirer la bâche de protection, m’installer aux commandes, saisir les paramètres du plan de vol et c’était parti pour un raccourci vers n’importe quel jour de n’importe quelle année…
C’est au cours de la première phase de tests que j’ai pris conscience que je n’avais jamais pensé à cocher dans un quelconque calendrier, les dates précises auxquelles il m’avait paru si judicieux de retourner pour une intervention. Pire, je n’avais rédigé aucune liste des missions d’assainissement prioritaires à effectuer. Il devenait évident que n’allais pas pouvoir naviguer efficacement à destination en perdant un temps précieux à partir d’estimations au pif et en étant déboussolé ! Plus jeune, je faisais confiance aux métadonnées de géolocalisation spatio-temporelles qui accompagnaient naturellement tous mes souvenirs tourmentés. Mais plus tard et petit à petit, ma conscience s’est mise à relativiser le poids des fardeaux de cet ordre et ma mémoire à choisi de se mettre à confondre des dates, des endroits et des événements. Elle a entrepris de tout archiver plus à mon avantage et de flouter automatiquement tout ce qu’il était préférable de transformer en faux-pas d’importance mineure…
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Pour illustrer cet article, la première esquisse d’un autre projet un peu similaire à celui de ma machine à voyager dans le temps. Mais celle-ci, je ne l’ai pas encore mise à la casse parce que je l’utilise encore très régulièrement…
1. Parquez votre embarcation sur l’emplacement prévu à cet effet.
2. Dirigez-vous vers le parcmètre et acquittez-vous de la taxe de stationnement.
3. Ne gaspillez pas un temps précieux à chercher de l’aide : cette île est inhabitée !
4. Pas de panique, vous ne serez pas dérangé : Prenez conscience que cette île n’appartient à personne d’autre qu’à vous et que dès votre arrivée, elle n’est plus répertoriée sur les cartes comme étant déserte et inexplorée.
5. Prenez quelques photos souvenir, mais oubliez les réseaux sociaux et les échos du reste du monde : Ce coin de paradis est à l’abri de toutes communications anxiogènes et est isolé des réseaux de téléphonie.
6. Dans le cas où une opportunité de sauvetage resterait ou devenait une option souhaitée, enclenchez l’illumination du grand panneau SOS de la plage. Un commutateur se trouve sur la console de commande centralisée de l’île.
7. Ne touchez pas aux noix de coco qui trainent un peu partout. Il s’agit d’éléments de décor artificiels.
8. Rendez vous sans attendre dans l’espace détente. Le grand réfrigérateur y est généreusement garni d’une sélection des meilleurs jus de fruits frais en bouteilles.
9. Servez-vous votre cocktail de bienvenue.
10. Prenez le bloc note et le stylo à bille qui se trouvent sur le bar. Rédigez tous les messages manuscrits qui vous passent par la tête. Encapsulez les plus importants dans les bouteilles vides.
11. Jetez les bouteilles à la mer en leur souhaitant bon voyage.
12. Localisez le local de stockage du matériel sur le plan de l’île et allez voir sur place : Tout l’équipement dont vous pourriez avoir besoin durant votre séjour est fourni avec l’offre de base.
13. Étudiez en détail le plan de l’île et remarquez qu’aucun trésor de pirates enfoui n’y est répertorié. Il est de ce fait inutile de vous fatiguer à dégrader ce paysage de carte postale en y creusant inutilement des trous un peu partout.
14. Profitez pleinement de cette déconnexion d’avec toute forme de toxicité sociétale. Appréciez toute l’étendue du forfait illimité de votre liberté. Goûtez au naturel et au calme. Abandonnez-vous à tous les privilèges que peut vous offrir un tel endroit.
15. Et maintenant, à vous d’écrire la suite du programme…
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Un jour peut-être, une île déserte ne suffira plus.
Il s'agira de chercher une île déserte qui se trouve sur une
planète déserte, elle même située dans un recoin inexploré
d'une galaxie quasi-déserte...
En ce moment, ma machine à voyager au plus vite dans le temps est en réparation chez le spécialiste à l’autre bout de la ville.
J’avais suspecté une usure des aérofreins avant qu’il ne constate en sus, la casse d’un ressort temporel à l’arrière.
Ces petites défaillances mis à part, mon vétuste engin glissait encore à merveille au travers du continuum sur ses coussins d’air en étoile à cinq branches. Techniquement, il m’était impossible de remonter le temps dans l’optique au retour, de pouvoir me soustraire à l’entretien périodique de mon appareil : Ca ne marche pas comme ça.
C’est donc exceptionnellement, sans chercher à changer d’époque, comme n’importe quel piéton captif de son fuseau temporel, que j’ai pris le temps de traverser sans hâte l’agglomération de mon port d’attache. Découvrant avec stupeur, que son centre s’était entre-temps métamorphosé.
Dans la vieille-ville, le grand parking pavé avait laissé place à des jardins et à des aires de partages et de convivialités. Un peu partout, je découvrais de nouvelles terrasses ombragées, de merveilleuses idées d’espaces ludiques et décoratifs, de sympathiques surfaces de jeux et découvertes pour petits et grands. Et partout aussi, des expressions de bien-être, de joie et de sérénité.
J’ai dû me pincer pour me rassurer que j’étais bel et bien ancré dans le présent. Écartant l’hypothèse que je ne fusse coincé dans un paradoxe temporel suite à une défectuosité de mon véhicule spatio-temporel. Ou alors que je me sois trouvé confiné dans un beau rêve que j’aurais pu faire lors de l’une mes futures excursions…
Et si à un moment donné, j’avais tout simplement été tenté de prendre un billet retour pour la case départ ?
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Source de l'illustration : Internet.
J'ai visionné des centaines de photographies de "time machines"
dans tous les styles, avec beaucoup d'intérêt, sans parvenir à en
retenir une en particulier. Ce fût un superbe voyage !
Quelle incroyable richesse de créativités et de qualités dans ce domaine !
Si j'ai choisi celle-ci, c'est parce qu'elle a l'avantage aussi,
de permettre de faire du green-washing pour gagner du temps...
L’autre jour, j’ai lu quelque part dans un extrait d’interview, qu’une actrice célèbre aurait déclaré qu’elle ne pouvait presque plus offrir de première impression. En gros, que ceux qui avaient déjà fait sa connaissance par écrans interposés, se seraient forgés une opinion quasi-définitive à son sujet.
Ma première impression de cet article a été qu’elle avait plutôt eu le fin nez de procéder à des tirs groupés de premières impressions, sans forcément avoir a y être confrontée en personne. Qu’ensuite les premières impressions réussies se sont naturellement regroupées en fans clubs ou en autant de terrains conquis. Qu’ainsi, un premier tri efficace à large échelle avait été effectué. Que tout cela à mon sens, avait toutes ses chances d’être un bon concept.
Suite à cette première analyse rapide, sa déclaration est allé garnir la pile des sujets de réflexion en attente.
Il y a eu cet autre jour où j’ai fait la découverte du poisson-spatule. Il était en suspension derrière un écran de verre et me fixait de son œil critique. Comme son nom le laisse supposer, cette espèce a été affublée entre ses yeux d’une longue spatule, qui mesure un bon tiers de sa longueur. Pour être honnête, ma première impression a été que c’était sans doute là, un poisson du vendredi. Non pas celui du jour où on serait tous éventuellement censés en consommer, mais celui du designer épuisé par la masse de travail accompli, se voyant tuer du temps sur un projet lambda en attendant son départ en week-end.
Serait-ce là le fruit d’une tentative de mutation qui aurait mal tourné ? Est-il un exemplaire unique dont la malformation aurait provoqué le rejet des siens ? Mais non, il s’agit bel et bien d’un modèle de série : Il y en a plein d’autres là-dedans et ils sont tous presque en tous points pareils !
Mais à quoi bon pourrait lui servir cette oblongue spatule ? Certainement pas d’écritoire ou de boîte à hameçons, cela parait évident. Une hypothèse plausible serait que cet outil proéminent lui serve à aller farfouiller dans une épaisse couche de vase, à la recherche de restes de granulés de nutriments ou pour y dénicher une âme sœur enfouie. Parce que de toute évidence, pour cette espèce en particulier, un bon repas en face à face ne promet pas que des sommets de romantisme.
C’est un coup d’œil sur la fiche technique du curieux spécimen qui m’apprend que son appendice nasal surdimensionné est bardé de haute technologie en matière de récepteurs sensoriels…
Et nous, qui avec le progrès, nous sommes habitués à cuisiner du poisson sans arêtes, sans œil, sans écailles, sans nageoires, qui ne colle pas dans la poêle, qu’on peut retourner facilement à l’aide d’une spatule profilée. Un ustensile basique dont on est soudain amené à découvrir que nous n’en sommes absolument pas à l’origine non plus !
C’est donc suite à ma seconde impression que je demande une fois de plus à dame nature de m’accorder son pardon et si possible, un supplément de largesses, pour l’avoir une fois de plus, un peu vite, suspectée de se livrer à des bricolages ridicules avec des pièces qui lui restaient sur les bras.
Voilà, aujourd’hui ce sujet est passé de la pile des sujets de réflexion en attente à celle des sujets à approfondir en attente. Un de ces jours, c’est décidé, je vais aussi prendre le temps de me pencher sur la fiche technique de cette fameuse actrice…
Nous habitions pas loin du centre-ville, au troisième étage d’un immeuble locatif. Notre balcon donnait sur la rue au-dessus du trottoir. J’étais trop jeune pour obtenir un permis de sortir à ma guise pour explorer la mécanique des rouages de notre vaste monde. Ce fût donc de cette modeste plateforme, que j’avais commencé à observer la multitude de mouvements extérieurs.
En bas, se profilait une large rue droite et en pente. Je n’avais que peu de déplacements de piétons à épier et m’étais rabattu sur les mécanismes de la circulation des personnes. Dehors, les automobiles ne ressemblaient pas à celle que je voyais défiler dans notre poste de télévision. Elles étaient presque toutes repeintes avec des couleurs vives. Et il y avait aussi de nombreux trolleybus qui remontaient la rue en s’accrochant fermement à nos deux câbles tendus. J’avais noté que ces véhicules-là étaient tous d’un bleu uniforme. Visiblement, tout le monde achetait le même modèle. Au loin, sur la grand place, point de départ de ma rue, il y avait une importante station de trams animée de mouvements de foule ponctuels.
Il aurait fallu déménager pour que je puisse étendre mon étude à ce trafic là dans des conditions optimales. J’en étais donc arrivé à la conclusion que, pour les besoins de mon enquête, je devais petit à petit prendre le contrôle de mes propres déplacements. J’avais probablement su en convaincre mes parents pour qu’ils me fassent cadeau d’une rutilante trottinette accompagnée d’un contrat d’investigateur en mobilité douce.
J’étais passé d’observateur de perchoir à chercheur de terrain sur balconnet mobile ! Et je participais à un programme de fiabilisation de chambres à air, travaillais en tant qu’harceleur de semelles et servais les besoins de la science en qualité d’inspecteur de colles à sparadraps. Je donnais également beaucoup de ma personne dans l’élaboration des produits désinfectants du futur qui ne piqueraient plus.
Un jour je m’étais fait voler mon premier prototype pourtant soigneusement garé dans le corridor de notre immeuble. Une mésaventure qui pour moi s’était révélée être le signe que je participais au développement d’un concept révolutionnaire, qui n’était probablement pas pour arranger les bidons de tout le monde…
Ensuite, j’ai inventé l’antivol pour sécuriser le train d’atterrissage de mon second prototype. Un accessoire chargé de l’empêcher de s’envoler vers d’autres destins.
Puis arriva le jour où le coup de patte à intervalle régulier ne me permettrait plus de couvrir les distances à aller explorer. J’avais alors réalisé que le temps était venu de penser à électrifier mon engin et projetais à terme de le brancher sur les deux câbles qui tractaient déjà les trolleybus. Mais mon paternel avait su me dissuader de me lancer sur cette voie, me rassurant au passage que sur ce coup-là, j’étais vraiment trop en avance sur mon temps…
Je ne dispose pas encore de mon propre accès facilité à la mer. Le premier port de plaisance maritime est à six cents bornes de mon loft. C’est en partie la raison pour laquelle je n’ai pas encore envisagé de devenir propriétaire d’un yacht de luxe. Mais ce n’est pas non plus que je parte complétement de zéro : Je possède déjà une partie de l’équipement : Masque de plongée, tuba et palmes et tout ça, sur mesures. Et puis je peux me flatter d’être le capitaine et seul maître à bord de ma propre chaloupe pneumatique individuelle pour me préparer pour le jour du grand sur-classement.
La dernière fois que je m’étais offert un séjour en bord de mer, j’avais pu constater dans tous les ports qu’il y avait eu, depuis ma visite précédente, une prolifération de navires tape-à-l’œil surdimensionnés … Hébin ! Ça se démocratise, me suis-je dit… Et puis, c’est super pour ceux qui les conçoivent aussi : ils se font plaisir.
A ce rythme, il ne saurait tarder que je puisse voguer en toute première classe sur le pont supérieur du mien ! Mais bon, ça ne presse pas. Et puis en restant un poil logique, il faudrait commencer par faire l’acquisition d’un jet privé pour raccourcir mon accessibilité à mon futur port de plaisance. Mais comme la multiplication des jets d’affaires semble aujourd’hui être une évidence, ça devrait bientôt se réaliser. Ça se démocratise, donc il y aura forcément un jour ou chacun aura le sien. Et puis c’est génial pour ceux qui les construisent aussi : ils se font plèze, je me dis.
D’ailleurs, tout ceci n’est plus qu’un processus naturel qui fait ses preuves de longue date. A un moment donné dans l’histoire ancienne, tout le monde devait s’entasser dans des trams et des autocars. Et soudain, arrive l’automobile privée et voilà que petit à petit, ça se démocratise. Et même que j’en ai une rien qu’à moi ! Et puis, quand même je me dis, c’est franchement top, si on pense une seconde à ceux qui les fabriquent. Je ne peux pas m’empêcher de les imaginer tous ravis.
…
Hier, j’ai fait mon tout premier vol à bord de mon jet privé flambant neuf. J’avais décollé avec l’intention d’aller faire le tour des chantiers navals haut de gamme. Avec une arrière-pensée d’acquisition. Confortablement installé dans mon fauteuil inclinable derrière mon hublot, J’admirais la vue d’en haut, quand est survenu un problème technique : L’appareil s’est mis a piquer du nez ! En une seconde, mon baptême de l’air privé n’était plus du tout conforme avec un plan de vol de rêve. J’ai du ouvrir les yeux en sursaut et c’était moins une. J’étais à deux doigts de devoir me réveiller mort, plongé dans un bassin privatif ou planté dans une pelouse de terrain de golf hors de prix…
J’avais esquissé ce promeneur évoluant dans l’un de ces mondes virtuels prometteurs dans lesquels on nous dit qu’on pourra acheter les yeux fermés du rêve à volonté .
Avec son sac à dos rempli de valeurs factices, il aurait largement eu de quoi s’y projeter, sachant toutefois qu’il fallait aussi s’y aventurer un peu à l’aveugle…
Mais c’est sans prévenir, que la réalité l’avait soudain rattrapé ! Et qu’il a dû interrompre son périple romanesque, pour remettre les pieds sur terre !
Et ce n’est qu’une fois qu’il a de nouveau pu se libérer de l’emprise de sa réalité, qu’il a été mis au propre et qu’il est aussitôt reparti pour une nouvelle randonnée dans un monde imaginaire.
Je viens tout juste de rentrer d’un séjour à Grumpyland. Cette fois, j’y suis resté une semaine et il n’y pas un jour où je n’ai pas été déçu. Les autochtones et les autres touristes se sont en majorité montrés envahissants et insupportables ! Il ne s’est pas passé une demi-journée sans que je n’aie à me sentir irritable et grognon. Et l’hôtel, il était d’un si-ni-stre ! Pas le moindre effort sur la décoration… La météo était des plus exécrable et niveau bouffe, on était à des années-lumière de la haute gastronomie. Et comme on pouvait s’y attendre, le service était évidemment lui aussi parfaitement à la hauteur : Une ca-ta-strophe !
Au niveau emmerdements là-aussi, on peut dire que j’ai été servi. Absolument rien du tout ne s’est passé comme prévu. Et la nuit, il n’a jamais été possible de dormir tranquille ! Un cauchemar sans nom ! Un soir à deux doigts de perdre mes nerfs, j’ai cherché à écourter mon séjour. Mais je n’ai pas été fichu de retrouver mon billet de retour dans mes affaires. C’est là que j’ai failli péter une ou deux durites et ça se comprend ! Ensuite, j’ai eu à faire aux pires incompétents à l’accueil : Non mais Ini-ma-ginable ! A les entendre, je n’existais même plus dans leur ordinateur ! Ils me répétaient qu’officiellement, je n’avais rien à faire là-bas !
Là, c’en était trop pour moi : Je me trouvais en plein naufrage ! J’ai craqué ! Je me suis vu errer dans les impasses de Grumpyland jusqu’à la fin des temps…
C’est quand ils ont enfin été en mesure de percevoir la profondeur abyssale de ma détresse qu’ils m’ont proposé un arrangement : Ils m’offraient gracieusement mon billet de retour, à la condition que je leur fasse un peu de publicité en arrivant…
On pourrait croire que je suis un électron libre d’astreinte à toute conformité, mais c’est entièrement faux ! J’ai été domestiqué très jeune déjà. J’ai même dû me soumettre à une autorité parentale assez stricte parfois. J’ai par exemple longtemps été contraint de fréquenter les bancs de l’école alors que j’avais beaucoup mieux à faire. Ils ont du profiter d’un instant de somnolence pour me capturer et m’enchainer à un radiateur du collège ! Et évidemment, captif de ce long processus qui n’était pas dans ma vraie nature, j’y ai au final un peu perdu en authenticité.
Lorsqu’ils m’ont enfin libéré pour mauvaise conduite de mon formatage scolaire , il ne restait en moi déjà plus grand-chose du flâneur-cueilleur pré-conditionné.
A peine le temps de souffler un peu que je tombais cette fois dans le piège de la technologie : ” -Tu vas apprendre un métier d’avenir avec sérieux et tu n’iras folâtrer à volonté dans la nature, qu’ensuite !” Une fois de plus c’était entre parenthèses que j’avais dû brider ma prometteuse trajectoire d’électron désinvolte.
Quand ce fût chose faite, j’avais été appelé à me plier à apprendre à servir mon pays la pâquerette au bout du fusil. A exécuter des ordres les yeux-fermés, sans rouspéter et à marcher au pas de charge en rangs d’oignons. J’avais célébré le jour de mes vingt ans en faisant les vingt pompes réglementaires devant la caserne. Je n’avais pas d’autre choix sinon la désertion.
Une fois libéré de mes obligations patriotiques et conditionné à marcher droit, je suis retombé dans le piège de la technologie. C’est que ma profession me rappelait les jeux de briques de construction danoises de mon enfance mais avec un supplément d’électrons remuants dedans. Des électrons qui se bousculaient plus ou moins intensément dans des fils de cuivre multicolores : Je me sentais à nouveau évoluer dans un espace quasi illimité. Cette fois, ça pouvait être moi, le maître des électrons. Je pouvais à tout instant décider de les libérer tous. Devenir le roi du court-circuit, si d’aventure l’envie devait m’en prendre !
Et puis un jour, j’ai eu la visite du préposé au respect des normes. Celles qu’on disait être en vigueur. Il parcourait plus d’un millier de kilomètres pour venir inspecter mon travail. Il passait chaque détail en revue à la loupe et dressait une liste de tout ce qu’il fallait corriger. La terre devait être bien à la masse mais pas de n’importe quelle manière ! Il était pointilleux, procédurier mais aussi de contact agréable. Une fois de plus, j’étais prié de me plier à des normes strictes et préétablies ! De menotter l’électron libre en moi. Au mieux, de le remettre au frais, pour plus tard.
D’un côté, je comprenais très bien la raison d’être de toutes ces fichues normes mais de l’autre, je voyais également proportionnellement fondre mon espace de liberté et de créativité ! Cruel dilemme : Pour bien faire, il me fallait encore déplacer le curseur à contrecœur.
Un jour, ce fût mon tour de parcourir le millier de bornes pour aller rendre visite au préposé au respect des normes. Il m’avait déjà transmis de nombreuses connaissances importantes ! Mais le mystère des origines et du parcours de domestication de ce présumé grand maniaque était resté entier.
Un soir, il m’a révélé qu’il vouait une véritable passion à ces vieux fourgons en tôle ondulée : Les Citroën Type H. Un véhicule utilitaire qui, au pifomètre datait de bien avant l’invention des normes internationales et du tout début de l’Ère des électrons. Une époque que je situerais approximativement à une semaine après le big bang ! Et j’ai découvert que lui aussi, quelque part, avait conservé de quoi s’accrocher encore un peu à ses grandes aspirations d’origine !
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Après avoir rédigé l’article ci-dessus, c’est dans le but d’y ajouter une illustration que j’ai tenté de dessiner l’un de ces fourgons à main levée. Mais je le voulais un peu déformé, plus fantaisiste. J’ai voulu lui apporter ma petite touche personnelle. En faire une caricature. Résultat : c’était complétement raté ! Affreux !
“- Il y a des cas où rien ne sera jamais mieux que l’original !” m’aurait alors affirmé l’expert en glissant les plans d’origine sous mes yeux… “- A respecter à la lettre près, sinon ce n’est même pas la peine d’essayer !”
Et moi, une fois de plus de m’incliner et de lui donner raison… ( Mais ce sera juste pour cette fois )
Je crois que ce n’est pas tous les matins, sur une plage de sable fin, que la vie t’offrira un voilier flambant neuf. Une vagabonde impatiente qui à la faveur de la nuit, en a profité au gré des courants pour se carapater aussi loin que possible, de la morosité de son port d’attache.
Et ce n’est pas tous les jours non plus, que tu saisirais cette aubaine et grimperais à bord de cette aventurière et fugueuse embarcation. Que tu te retrouverais maître à bord sur le pont à larguer les amarres pour de bon ! Que tu hisserais à ta guise et en personne toute l’envergure d’une grand-voile. Que tu te risquerais à t’emparer de la barre pour pleinement profiter de tous les plaisirs et les promesses d’un imprévisible voyage.
Mes tous premiers pas d’extraterrestre, je les ai faits sur la lune en compagnie de Tintin le reporter et de son sidekick, le vieux loup de mer barbu. Pour que l’expérience soit la plus complète possible, nous avions choisi de nous y rendre un jour où elle était bien pleine et lumineuse. Notre séjour là-bas n’a pas duré une semaine, parce que sur place, c’était vite un peu la déprime. Il faut dire qu’il n’y avait pas la plus foisonnante des biodiversités, qu’on ne tombait pas en pâmoison devant l’exubérance des styles et des matières et qu’on ne frissonnait pas longtemps devant la richesse de la palette de couleurs. Ce parc d’attractions était vaste, mais il n’y avait pour ainsi dire qu’un seul thème à choix et il y était particulièrement récurrent. En gros, une fois que t’avais fait le tour d’un cratère ou deux, que t’avais shooté tes selfies, tu te réjouissais de rentrer pour retrouver l’atmosphère reposante de ton bercail. Et puis Milou a été le premier à se plaindre du mal du pays déjà en arrivant, après y avoir vainement cherché un arbre pour se soulager.
Mais comme on dit toujours, ce qui compte avant tout, c’est évidemment la découverte, l’aventure et l’enrichissement…
Un peu plus tard à l’école, lorsque ce fût mon tour de partager mon premier exposé devant la classe, c’est ce voyage lunaire qui m’avait conduit à choisir le thème du système solaire. Ce sujet de thèse pourtant universel, n’avait pas une minute envoyé mes petits camarades sur orbite. Beaucoup semblaient bombardés par des pluies de météorites de somnolence, d’autres cherchaient visiblement un moyen de cintrer la trame de l’espace-temps pour profiter d’un raccourci vers l’heure de la récréation. J’en apercevais certains nourrir l’espoir de voir l’orateur soporifique et son discours barbant, aspirés par le gosier béant d’un trou noir. Même le prof semblait parfois se demander si j’avais vraiment eu les pieds sur terre au moment de choisir de disserter aussi longuement à propos de lointaines géantes gazeuses et de boules de glace exemptes de chocolat et de vanille.
Mais comme on dit toujours, ce qui compte avant tout, c’est évidemment l’échange, le partage, l’enrichissement…
Ça m’a intrigué lorsqu’ils ont envoyé un robot d’exploration à chenillettes sur la planète Mars. « Hé machine, va donc jeter une lentille autofocus sur place. Il se pourrait qu’en fouillant bien, tu y déniches une ou deux gouttes d’eau fossilisées et quelques vestiges de bactéries ». J’observais avec grand intérêt si l’automate visiteur ne souffrirait pas d’un problème de parachute à l’arrivée et comment il allait s’y prendre, une fois égaré dans ce vaste désert rouge et ocre à 99,9%, pour surmonter le choc de l’addition de ses nombreuses déceptions en vivant son rêve de rencontre avec d’accueillants petits hommes verts au détour de chaque caillou poussiéreux. Comment il ne craquerait pas et ne finirait pas par autodétruire ses panneaux solaires à grands coups de bras articulés et de perceuse à substrats rocheux. Comment il ne perdrait pas petit à petit toute sa foi en la fameuse promesse de départ de son chef de mission, celle qu’on enverrait très vite d’autres volontaires kamikazes en renfort pour le décharger et lui tenir compagnie.
Mais comme on dit toujours, ce qui compte avant tout, c’est évidemment la science, la conscience, l’enrichissement…
Mon espace vital actuel se trouve sur la petite planète bleue. C’est la troisième à partir de l’étoile en flammes située au centre du système. Plus précisément dans un petit pays à peu près au milieu du continent européen. Aux infos, ils ont dit que la consommation nationale annuelle de ressources nécessitait 3 planètes. Alors j’ai ressorti de mes tiroirs la documentation de ma thèse pour étudier la question. Pour les deux astres qu’il nous manque, j’ai choisi Jupiter et Saturne. Déjà parce que les anneaux de Saturne, pour moi visuellement, ça en jette, mais à un niveau carrément intergalactique. Mais aussi parce qu’elles sont toutes les deux principalement constituées d’hydrogène et d’hélium. Il parait que l’hydrogène, ça sera le carburant du futur, alors autant porter mon choix sur des planètes qui n’en manqueront pas de sitôt. C’est que les carburants, on y est un peu accros par ici. Et puis l’hélium, c’est toujours utile pour gonfler des ballons festifs et pour faire la voix idiote qui fait rire tout le monde et à tous les coups. Et si un des ces jours on devait passer à une consommation de quatre planètes, on a encore de la marge. Il en restera encore quelques-unes en réserve et ça, déjà rien que dans notre système à nous…
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Quelque part en Nouvelle-Zélande > Source IG/Twitter lola.photo