Category Archives: Reportages

Que faire de notre prochaine fête des voisins ?

Dès l’an prochain, notre fête des voisins ne sera plus jamais ce qu’elle a été !

Une fois l’an, notre communauté soudée comme les doigts d’une main d’acier trempé répondait à l’invitation de l’un de nos membres confirmés pour marquer le coup. Le point d’orgue de cette journée était le moment de l’échange de nos petites attentions.

Mais voilà, le drame cette fois-ci, c’est que notre herbivore en chef ait de manière unilatérale décidé de revendre sa formidable cabane de jardin et ait choisi de s’en aller défricher des territoires lointains. Sans doute rêvait-t’il d’un coin de verdure plus verte que celle d’ici ! Pour son cadeau, c’était en principe assez facile : Le plein d’un bidon d’essence le comblait à chaque fois comme si c’était son premier. Lorsqu’il ne promenait pas sa “concasseuse” à gazon sur sa moquette de pissenlits parsemée de cailloux, c’était que plus rien ne le retenait d’être notre Rodin des thuyas ni même notre Odin de la souffleuse à feuilles-mortes. Nous l’avions entre-nous affectueusement baptisé «Edouard-aux-mains-vertes ». A ses heures, il pouvait être notre Figaro de la tondeuse à fil et notre Merlin du compost enchanté. Il était déjà de longue date l’un des piliers les plus solides de notre congrégation ! Son départ nous laissera une fosse des plus difficiles à combler !

Et puis ne manqueront pas de nous manquer aussi, les interprètes de ce couple de tourtereaux nous gratifiant des plus régulières ambiances de festival de la dispute. Notre collectivité ne pouvait se lasser de leurs vocalises discordantes. Pourtant, ce fût sans l’annoncer à haute et intelligible voix, que nos troubadours de la chamaillerie quittèrent le devant de la scène. A chaque opus de notre traditionnel banquet, nous leur offrions un flacon de philtre d’amour du dernier cri, à base d’un mélange sélectionné de plantes aphrodisiaques ! Un nectar pour privilégiés de la passion et une ode à la paix des ménages ! C’est fort dommage que si subitement, malgré nos salves d’applaudissements, ils aient du baisser le rideau ! Quel irrécupérable perte pour nous tous ! Jamais plus le ciment de notre communauté ne sera aussi compact depuis leur envol de leur nid d’amour…

Et ce n’est pas tout ! Je viens d’être informé que le concierge de l’immeuble locatif d’en face se serait lui aussi d’avance excusé pour sa future absence à notre célébration ! Le pauvre diable aurait été victime d’un burn-out surprise et serait captif d’une longue convalescence à durée indéterminable ! Lui qui en plus de ses activités courantes, était notre meilleur bénévole du maintien de l’ordre ! Un service digne du meilleur shérif de pâté. Son présent ne déclenchait pas non plus d’interminable séances de brainstorming : Il était aux anges lorsqu’on lui offrait un article d’équipement de terrain : Comme par exemple cette paire de jumelles infra-rouge pour patrouilleurs nocturnes. Nous lui organisions régulièrement quelques opportunités de mission pour qu’il puisse continuellement faire respecter les grands principes de l’harmonie de notre juridiction ! A tour de rôle, nous le contactions par talkie-walkie pour qu’il intervienne au moment où tel paysagiste déjanté cédait à son addiction aux outils motorisées en dehors des plages horaires convenables ou que tel couple de sopranos transpercés de mille fléchettes ardentes se laissait emporter à grands renforts de décibels…

Franchement, avec ces concitoyens-là, on ne perdait jamais une once de plaisir d’offrir ! Mais là, pour ces prochaines fois, je crois qu’on est mal !

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Source illustration : internet ( affiche modifiée )

Pressentiments d’hiver

J’ai plaqué mes deux pouces bien à plat sur les poignées de mes bâtons, pris une profonde respiration, fermé les paupières et ai improvisé une séance de spiritisme :

– Esprit de compétition, est-tu là ??? (écho, 3x)

Mais c’est hélas sans réponse de l’intéressé que j’ai du m’élancer sur la piste…

Il s’agissait d’une course de rattrapage. A vue de nez, je portais un numéro de dossard situé entre cent-quarante et deux-cents.

La veille, j’avais tenté de me soustraire à vie à une participation éventuelle à cette épreuve. J’aurais accepté sans ronchonner d’être classé bon dernier sur simple entente forfaitaire. Mais c’était le règlement qui stipulait que mon temps à l’arrivée et mon classement se devaient de figurer, avec ou sans mon consentement, dans le petit carnet officiel de mes exploits sportifs personnels.

J’avais conscience que mon échantillon d’esprit de compétition reposait en paix dans un congélateur et pouvais présager que nos fédérations nationales des sports d’élite allaient sans doute devoir se passer de mes futurs titres et médailles.

La trace labourée par les volontaires était profonde et le parcours avait été consolidé par un impitoyable gel nocturne. L’existence de ce sillon verglacé présentait un avantage certain pour moi : Je n’aurais donc pas à décoder la configuration des portes suivantes à chaque virage. Je pouvais slalomer sans prises de tête à condition de ne pas m’éloigner de l’ornière. Mais c’est pourtant en me concentrant sur le point de fuite de la trace, qu’une vision prémonitoire m’a propulsé sur la pente impressionnante d’un champ de neige poudreuse toute fraîche : Je m’y suis vu en train de godiller comme un expert du déhanché en figures libres ! Et j’étais chaussé de skis miraculeusement raccourcis de moitié.

Puis j’ai franchi le portique d’arrivée sans avoir raté une seule porte et surtout sans me faire éjecter du tracé par l’imprévisibilité des éléments. Et bien évidement aussi, sans arracher un chrono digne d’une place d’honneur sur une marche du podium.

C’est à partir de ce jour-là, que j’ai cessé d’invoquer le spectre de mon esprit de compétition et que j’ai adopté ma vision plus personnelle des plaisirs des sports d’hiver. Évidement mon adaptation à la godille dans les champs de poudreuse n’a pas été aussi instantanée que dans ma vision. Mais l’avantage était que quand, avant de me lancer, j’invoquais le soutien de mon esprit de contradiction, il était toujours au rendez-vous !

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< Ce petit rappel pour informer les anticonformistes que pratiquer le hors-piste peut aussi se révéler être une activité dangereuse et qu’elle est fortement déconseillée selon les périodes et les endroits. >

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Le prix du danger

Hier, j’ai fait une lourde chute en pleine rue. Une dangereuse et spectaculaire gamelle, insuffisamment comique pour déclencher l’hilarité du seul spectateur attentif. Ça s’est passé tellement vite, que personne n’a trouvé le réflexe de filmer la scène avec son smartphone : Tant pis pour mon bêtisier et pour le nombre de vues qu’elle aurait totalisé sur ma chaine.

Oh, rien de grave : une toute petite défaillance de l’adhérence de mes ventouses sur surface glissante, combinée à une subite altération spatio-temporelle de la pesanteur, associés à une instabilité saisonnière de la tectonique des plaques. De mémoire, il me semble que je me déplaçais normalement par léger vent contraire, tirant pleinement profit d’un taux de confiance de 87%.

Il y a des jours comme ça, où simplement vivre, c’est déjà casse-gueule : Heureusement qu’avec les années, on en prend conscience et qu’on apprend à limiter les risques !

C’est pourquoi je m’étais équipé de mon parachute dorsal. Évidemment, je me trouvais déjà trop près du sol au moment du décrochage fatal, pour qu’il puisse se déployer et amortir efficacement les dernières centaines de millimètres de mon vol plané ! Mais ça reste un équipement rassurant surtout que j’y avais stocké un six-pack de bières. Car deux précautions valent mieux qu’une.

Comme ça fait déjà un bout de temps que je suis prisonnier de cette dimension instable, j’estimais y avoir considérablement perdu en élasticité et dilapidé en capital agilité, mais en réalité, pas du tout : C’est propre en ordre que je me suis réceptionné sur le plancher des entrecôtes, avec la souplesse d’un jeune félin qui s’écraserait sur une descente de lit en alpaca synthétique.

Bilan : Pas la moindre ecchymose. Pas même une douleur résiduelle due à la violence de l’impact. Dans le crash, je dois tout de même déplorer la perte d’une bouteille de carburant sur six. Quoique qu’on en dise, quoi qu’on fasse et même si on est en droit d’estimer qu’on est bien tombé, il y a toujours un prix à payer !

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Faites progresser l’enquête en identifiant le coupable parmi cette brochette de suspects !

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De la végétation venue d’un autre monde

Je viens de voir un excellent mais inquiétant documentaire sur les implications de l’industrie de l’agrochimie dans la disparition massive de la biomasse des insectes !

Lien vers ce documentaire sur le Play RTS

J’ai repensé à cette photo que j’avais prise début octobre : J’étais tombé par hasard sur une très grande haie bien ensoleillée dans laquelle grouillait une diversité d’insectes. ( Vous pouvez vous amuser à les repérer et à les compter sur cet extrait )

Ça m’avait paru inhabituel de nos jours, de voir encore tout ce beau petit monde virevolter et bourdonner aussi joyeusement autour de ces boules de fleurs, à l’aspect presque viral.

Ce grand mur de verdure avec la vie foisonnante qui l’habitait, m’avait laissé l’impression de venir d’un autre monde, un espace naturel vivace et préservé…

Je ne suis malheureusement pas très calé en botanique mais J’ai fini par trouver ce que c’était sur internet : Du lierre grimpant en fleur ! ( on l’appelle aussi le lierre des poètes )

Lien Wikipedia : lierre grimpant

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Panique à bord

Je me sentais en forme pour un lundi matin d’été. Je m’en allais travailler à la mine, au volant de ma berline. Mon trajet sur la route de campagne comprenait la traversée d’une dizaine de petites agglomérations.

A cette heure là, il n’y avait vraiment pas foule sur les trottoirs et sur la route. Difficile dans ces conditions de ne pas remarquer un gendarme immobile, ses mains accrochées à sa ceinture, jetant un regard circulaire sur mon passage …

Un coup d’œil prioritaire sur le compteur de vitesse et un autre sur le commutateur des phares : Ouf ! Rien de répréhensible à signaler !  

Je m’éloigne, laissant tout de même trainer un œil intrigué dans le rétroviseur…

Et ce fût rebelote en arrivant au centre du village suivant : Un autre planton en uniforme avait l’air d’avoir pris pour mission d’inspecter mon passage avec circonspection…

Alors un c’était très inhabituel, mais alors deux ? Que se passe t’il ?

Et de poursuivre ma route… Mes papiers sont-ils en règle ? Mes contraventions acquittées ? Mon triangle de panne est-il réglementaire ? Mon gilet à bandes réfléchissantes est-il à ma taille ? Un problème d’ampoule de feu arrière, peut-être ?

Dans le village suivant, encore un regard appuyé surmonté d’un képi réglementaire qui me dévisage dans mon habitacle !!!

Et voilà que je commence à stresser derrière mon pare-brise. Mais que se passe-t-il ? Peut-être qu’un dangereux psychopathe en cavale a été signalé dans les parages ? Un quadrillage du territoire en vue d’une chasse à l’homme ? Mais si ça se trouve, c’est moi qu’ils traquent tous ?

Et dans chaque commune que je traversais, il y en avait un autre exemplaire tout aussi vigilant et affichant une expression faciale non moins soupçonneuse !

Passablement perturbé par l’envergure de cette curieuse opération policière, heureusement qu’à mon arrivée à la mine, il n’y avait pas de déploiement surprise d’agents de sécurité à l’entrée ! Sans quoi j’aurai pu disjoncter, pensant réellement m’être rendu coupable d’un quelconque délit…

Quelques jours plus tard, c’est en allant chercher mes enfants chez leur mère, que je lui ai raconté cette mystérieuse expérience qui avait déclenché chez moi un certain stress paranoïaque. A cette période de ma vie, je me faisais régulièrement aspirer dans ce genre de spirale psychotique. C’est elle qui m’a dévoilé le pot aux roses : Ce lundi là était tout simplement le jour de la rentrée scolaire après les grandes vacances d’été. Et la police était présente à cette occasion aux alentours des écoles, pour veiller à ce que les automobilistes redoublent de prudence et modèrent leur vitesse de croisière !

Et voilà une affaire qui celle-ci, n’est pas allé s’éterniser dans les dossiers non-classés.

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Prison brèque

Je devais purger une lourde peine pour des motifs qui me semblaient dérisoires. Mais j’avais pleinement conscience que je ne serais pas le dernier innocent sur cette planète à être injustement condamné et sanctionné. Donc j’étais au pain sec et à l’eau du robinet et les conditions carcérales étaient sévères : Je ne devais quitter ma cellule du premier étage de la taule familiale sous aucun prétexte ! Pour accentuer ma sensation de privation de liberté, la porte d’accès au rez-de-chaussée avait été verrouillée par la surveillante en chef. Mais ça, c’était sous-estimer les talents de serrurier du jeune détenu et mésestimer ses prédispositions à improviser avec les moyens du bord ! J’ai profité d’une ronde de la gardienne pour crocheter le verrou, qui n’a pas résisté plus de trois minutes à mon passe-partout bricolé. Qui ne tenterait rien n’aurait rien, c’était ça la clé ! [ et toc ! ]

Au niveau sensation de pur plaisir, c’était pour moi tout à fait équivalent à l’idée de m’être évadé par la grande porte d’un pénitencier de haute sécurité ! Comme je n’avais pas repéré d’hélicoptère dans la cour pour un envol vertical vers la liberté, je me suis introduit dans le garage et y ai emprunté mon cyclomoteur pour prendre la clé des champs. C’était droit devant, plein gaz, ni vu ni connu et sans même jeter un dernier coup d’œil dans le rétroviseur. [ rires sardoniques ]

Je ne m’étais par contre malheureusement pas suffisamment investi dans la préparation de ma cavale ce qui a fait que le soir même, j’avais été repris par mes gardiens qui m’ont ramené manu militari au mitard. [ très pacifiquement en réalité ] J’ajouterais que je n’étais pas franchement un expert en brouillage des pistes non plus. Mais moi, j’y avais pris goût à cette escapade ! 70 kilomètres de poudre d’escampette, c’était pas si mal pour une première fois ! Et puis bah, ce sera la prochaine tentative qui sera la bonne ! [ on y croit ]

[ Le plus drôle c’est que si ma mère n’avait pas fermé cette porte à clé, je me serais certainement plongé dans une bédé au lieu de me lancer dans une vraie fugue. Mais voilà, pour moi dans ces conditions, il y avait largement de quoi aller jusqu’à limer des barreaux ]

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Lors de mon évasion suivante, j’en ai profité pour hausser le niveau de difficulté d’un cran ou deux. Le centre de détention était cette fois localisé sur une île en pleine mer et ce n’était pas parce qu’il faisait quarante degrés à l’ombre, que j’allais m’y laisser moisir sans me rebeller. C’est encore en réaction à un sentiment d’injustice que j’ai profité de l’heure de la promenade matinale et d’une absence de vigilance des sentinelles pour me faire la belle

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’a pas été une promenade de santé, car je me suis perdu sur cette île qui s’est révélée être bien plus déserte, plus vaste et plus caniculaire que lors de mes premières estimations. Je n’avais aucune envie d’un retour par le même chemin qu’à l’aller et j’avais repéré sur une carte en relief de l’île qu’il en existait un autre. A chaque fois que je gravissais le sommet d’une colline, je m’offrais une vue imprenable sur la suivante qu’il me fallait aller gravir elle aussi ! Mais pour la vue sur la mer, équivalente pour moi à la vision d’un portique d’arrivée, il s’agissait avant tout de ne jamais perdre tout espoir… Les kilomètres défilaient, les collines s’additionnaient et ma langue pendait jusqu’aux genoux ! Je ne rêvais que d’un quelconque robinet d’eau fraîche providentiel et d’une vue sur la côte…

J’ai fini par tomber sur une habitation isolée et suis allé toquer à l’une des fenêtres. Les habitants vraiment charmants m’ont accueilli à bras ouverts et par chance ils avaient assez d’eau en réserve pour me sauver plusieurs fois la vie. Ils avaient même une piscine dans laquelle j’ai pu aller piquer une tête ! Passer comme ça d’un seul coup du zéro gouttelette à l’abondance hydrologique, c’était magique et inoubliable ! Ensuite, retour à la case départ, mais en taxi : il me restait environ 8 kilomètres à parcourir. Point positif de cette escapade : mon sens de l’orientation n’était pas défaillant ! [ youpie] J’ai eu confirmation que je me dirigeais bel et bien dans la bonne direction… ( C’est que je m’étais longtemps demandé si je n’avais pas tourné en rond dans le désert, comme les Dupond et Dupont dans Tintin au pays de l’Or noir )

Cette mésaventure d’adolescent imprudent m’avait ensuite calmé pour des années en ce qui concernait mes tentatives d’évasion. Mais ça ne m’avait pas métamorphosé en prisonnier modèle pour autant…

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Cet article est né d’une discussion récente, qui portait sur le fait de pouvoir ressentir un certain plaisir à aller se perdre, que ce soit dans la nature ou dans ses idées, poussé par la curiosité de voir où ça nous mènera et comment on sera capable de s’en sortir.

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Plan d’évasion numéro 2 (version simplifiée)

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Désordre inhabituel au Phare-ouest

J’habite une paisible petite ville côtière dans l’Ouest du pays. Hoo il ne s’y passe jamais grand chose. Par ici, les rues sont réputées sûres et les mauvaises rencontres se font rares.

Mais on n’est jamais assez prudent : alors, que je me rende au magasin général ou au saloon, je sors toujours armé de mon pass sanitaire !

C’est là où récemment, devant une tournée de verres d’eau qui pique, j’avais fait la connaissance de « Big moustache ». Il se vantait d’être un hors-la-loi non-vacciné et se disait prêt, s’il le fallait, à partir en cavale. Il m’avait confié préférer prendre le risque de s’emplafonner dans un cactus avec sa trottinette électrique plutôt que d’aller se laisser piquer par le grand sorcier d’une tribu de charlatans avides de billets verts. Ce jour là, j’avais survécu à un duel idéologique et prophylactique. J’avais réellement senti le potage d’anticorps de mon système immunitaire friser l’effervescence. Je crois même pouvoir affirmer que c’est ce qui m’avait évité d’aller croupir dans un bagne médicalisé.

J’ai été surpris d’apprendre qu’un hold-up avait eu lieu à deux pas de chez moi et pas plus tard qu’hier. Des brigands s’en sont pris à la compagnie des chemins de fer. Les malfrats ne se sont pas attaqués à un train régional au milieu d’une prairie entretenue par un troupeau de vaches allaitantes non, ils sont passés à la gare centrale pour effectuer un retrait au guichet durant les heures d’ouverture. Un peu à l’image de ces réfractaires qui n’ont toujours pas installé l’appli officielle sur leur smartphone ou qui rechignent à se prosterner devant des automates à billets. Je soupçonne une bande de marginaux qui veulent encore palper du vrai cash plutôt que de succomber aux sirènes de la modernité en s’emparant d’un portefeuille de clés de blockchain en cryptomonnaie.

Le comble dans cette affaire, c’est qu’une fois leur forfait commis (ils ont raflé tous les billets disponibles hormis ceux de train) ces bandits se sont enfuis à la seule force du jarret sur des bicyclettes dépourvues d’assistance ! Un choix fort risqué au niveau sécurité routière, quand on sait que les pistes cyclables ne courent pas encore les rues par ici. Je suppose que tout ceci n’est que la signature d’un gang d’activistes écologistes. Un braquage à attribuer aux propagandistes de la décroissance. Une filouterie perpétrée par des adeptes illuminés d’une secte d’agitateurs idéalistes qui se soucient d’équilibrer à la fois leur bilan carbone et leur bilan comptable !

Le chef de gare a subi un sérieux choc psychologique, mais aux dernières nouvelles, ses jours ne seraient plus en danger. L’employé du guichet restera traumatisé à vie et ne vendra probablement plus jamais de billets de train sans trembler. Mais ce qui inquiète le plus les autorités locales, c’est que par ici, un hold-up old school, c’est des choses à nous mettre notre shérif aux arrêts pour burn-out ! Parce que son truc à lui c’était plutôt de coller moult contraventions pour abus de droit de parcage ! Il n’avait jamais envisagé un jour se trouver également dans l’obligation de pédaler à la poursuite des truands du rail.

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La chasse aux coïncidences

Il y a quelques jours, je suis parti à la chasse aux surprises et aux coïncidences et je n’ai pas été déçu !

Je définirais ces excursions-là comme étant partiellement aventurières(-euses). Elles s’accompagnent d’une série de plaisirs certifiés en terrain connu. C’est pour m’assurer que dans le cas où je rentrerais bredouille sur le plan des surprises et des coïncidences, j’aurai au moins reconfirmé la part d’allégresse anticipée.

Ça m’évoque ces fictions qui racontent l’histoire d’une même journée qui se répète indéfiniment et au déroulement du jour, jamais tout à fait identique à celui de “la veille“.

Et Il y a eu foison de surprises et de coïncidences pendant cette ixième journée de safari : Par exemple, j’ai trouvé près de la plage, un vieux chapeau déboussolé et une tortue égarée. Le premier en cuir usagé marron et le second, en plastique jaune canari. Deux coïncidences : 1) Une tortue venait d’obtenir un premier rôle dans un article précédent sur ce blog et 2) n’étant que trop peu satisfait des chapeaux que je griffonne, je venais de m’imposer une longue série d’exercices de dessin de personnages à tête à chapeaux…

La saison n’étant plus à la baignade ni à la chasse aux crocodiles, j’ai emporté le butin du jour chez moi, l’ai nettoyé à grande eau et mis à sécher.

Ce matin durant ma phase de réveil, j’ai réalisé que je n’avais même pas encore pensé à l’essayer, ce nouveau couvre-chef ! Je me suis précipité hors des plumes motivé par cette simple curiosité : C’était pour moi une toute première fois, car je n’avais encore jamais commencé une journée de cette manière-là !

Mais le vieux galurin orphelin de son baroudeur d’origine était bien trop petit à moins que ce ne soit mon tour de tête qui ait été surdimensionné.

Et maintenant, si j’en crois la légende, Je vais devoir continuer à m’exercer à dessiner des chapeaux et à m’en retourner sur place pour revivre cette journée de chasse aux surprises, jusqu’à ce que je déniche un chapeau abandonné qui soit parfaitement à ma taille …

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Quatre Objets Volants Clairement Identifiés

En ce moment, ça parle à nouveau beaucoup d’Objets Volants Non Identifiés. Et moi ça me va, car c’est un sujet que j’apprécie depuis longtemps.

Alors voici mes deux témoignages portant sur des faits qui datent de plusieurs décennies :

Une nuit, alors que je circulais en voiture en rase campagne, j’ai vu, de mes yeux vu, trois soucoupes volantes sur ma droite qui dansaient d’une manière étrange au-dessus des montagnes. C’était des lumières très blanches qui tournoyaient et qui tour à tour changeaient brusquement d’altitude. Je me suis immédiatement arrêté au bord de la route et ai quitté mon véhicule afin de pouvoir évaluer sereinement la situation. Évidement je ne vous le cache pas, en nourrissant aussi l’espoir que ces visiteurs venus de l’espace étaient en phase d’approche et n’attendaient plus que mon signal de ralliement pour venir m’enlever et me sauver des griffes de ce monde de brutes.

Malheureusement mon espoir d’un exil salvateur a vite été balayé. Il s’agissait au sol de puissants projecteurs articulés pointés vers le ciel, dont les faisceaux n’étaient pas visible et dont seuls se reflétaient les points de contact des rayons sous les nuages invisibles de la nuit noire. L’origine de ces objets lumineux étaient probablement des festivités qui avait lieu dans une localité située derrière la chaîne de montagnes. Bref, pas vraiment de quoi alerter les Bogdanov brothers, la Nasa ou le Gepan.

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La deuxième fois, ça m’est arrivé en plein jour ! L’objet volant qui n’émettait aucun son m’a pris complétement par surprise. C’était une grosse soucoupe de couleur blanche, brillante, en rotation sur elle-même et elle fonçait droit sur moi à grande vitesse à hauteur d’yeux avec un angle d’inclinaison d’environ 30 degrés. Le pilote de l’objet volant n’avait sans doute pas vu la vitre qu’il y avait sur sa trajectoire et n’a pas pu éviter le crash. Tout a volé en éclats dans un fracas épouvantable. Je crois que j’ai eu la vie sauve grâce à cet écran protecteur qui séparait l’espace cuisine-salle-à-manger du hall d’entrée de notre appartement. Le pilote malchanceux, n’était autre que ma compagne, visiblement fâchée à l’encontre de sa cible, suite à un profond désaccord au sujet de notre petite chienne âgée d’à peine un an (un cocker roux). J’étais pour ma part opposé à son projet viscéral et précipité de lui faire avoir une portée aussi jeune. Pourtant en rentrant du boulot pour le repas de midi, je n’ai pu que constater qu’elle avait quand même organisé chez nous la présence surprise d’un jeune mâle de taille similaire pour procéder à la petite affaire. Je ne vais pas décrire ici la séquence galipette à laquelle j’ai eu droit en dégustant mon plat, ni dépeindre la scène finale quelque peu embarrassante, mais je pense que j’ai dû lâcher un gros commentaire moqueur à l’intention de l’organisatrice de ces ébats canins au moment où que je quittais la pièce. Et cette créature d’origine humaine contrariée n’a rien trouvé de plus terrestre que de riposter par un tir d’assiette spatiale d’une précision diabolique. Et tout ça pour rien du tout, à part traumatiser ces pauvres animaux domestiques qui venaient juste de vivre l’expérience de leur toute première fois et terroriser un terrien rescapé ! Parce qu’il n’y a pas eu de naissance(s) à la suite de ce rendez-vous galant fort mouvementé. Mais au moment du bilan négatif de l’exercice, j’ai cette fois choisi de m’abstenir de ramener ma fraise pour éviter de me prendre une soupière brûlante sur le coin du casque.

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J’ai encore viré ma souris !

Je préfère ne pas héberger de souris non-informatique ! Mais je n’ai jamais posé de trappe ! Je l’attrape délicatement pour ensuite la relâcher à l’extérieur. Le premier mulot que j’avais saisi en parfait débutant, c’était en camping et il m’avait mordu les doigts. J’avais appris en autodidacte qu’un animal ultra-miniature pouvait mordre beaucoup plus fort qu’il n’en a l’air. Le second rongeur s’était égaré dans ma salle de bains. Il en faisait désespérément le tour en boucle à la recherche d’une sortie de secours. Sans doute découragé, c’est sans discuter qu’il s’était volontairement enfilé dans l’Impasse de la Chaussette que j’avais placée sur son parcours. Plus tard, j’avais découvert dans un cagibi de stockage, qu’une famille nombreuse de souris s’offraient un festin dans les sacs de restes de pain sec que je conservais dans cet endroit avant recyclage.

Je pouvais donc me féliciter d’une certaine expérience dans l’expulsion de souris !

Et jusqu’à hier à l’aube, je n’en avais plus rencontré à l’intérieur du périmètre de mon territoire privé. Comme d’habitude, j’ai intercepté le visiteur et d’un geste prompt, l’ai jeté avant tout réflexe de morsure dans mon panier à linge sale avant d’en rabattre le couvercle.

L’animal captif se montrant extrêmement remuant dans sa prison, je suis sorti de la maison en toute hâte pour l’exfiltrer. Relâchée, la petite bestiole a tracé comme s’il y avait le feu en direction de la route, au risque d’aller se faire écraser dans la circulation. Mais à ma grande surprise, elle s’est arrêtée sur le trottoir et s’est subitement transformée en oiseau gris coloré de rouge et de bleu, pour ensuite majestueusement prendre son envol…

Une fois de plus, mon cerveau de veille a fait preuve de plus d’imagination que mon cerveau de fonction. Même si de toute évidence le premier s’inspire généreusement des aventures de l’autre.

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Mon confort sonore

En prolongement de ma récente enquête sur mes forces et mes faiblesses sensorielles, je suis allé fouiller dans ma mémoire à la recherche de situations que j’ai vécues : En particulier celles qui m’avaient particulièrement exaspérées. Et j’ai pu me rendre compte que j’aurais pu m’épargner d’innombrables désagréments, si je m’étais simplement équipé de bouchons d’oreilles atténuateurs ou d’un dispositif portable de ce genre !

Aussi vrai que je peux m’extasier de véritables coups de foudre auditifs et que la musique qui me touche particulièrement parvient à élever mon niveau de plaisir et de sensibilité jusqu’à atteindre une zone “dangereuse“, je ressens évidement aussi les sensations inverses ! Je peux me sentir extrêmement incommodé voire carrément agressé et (mal) réagir en conséquence.

Dans mon cas, tout dépend énormément de si l’émetteur du son que je perçois se trouve aussi dans mon champ de vision ou pas. ( Et c’est valable pour les sensations agréables et désagréables )

J’imagine que c’est la raison naturelle pour laquelle je ne suis pas un assidu du téléphone, que je n’apprécie pas franchement de travailler dans un open space avec une visibilité partielle et que je réagis facilement négativement à l’égard de ces personnes qui se croient seules au monde et qui s’expriment plus fort que nécessaire. Je ne m’opposerait pas à ce qu’on interdise les feux d’artifice, par exemple. Tout comme le type de moto avec laquelle je circulais quand j’avais vingt ans… (Ben oui, c’est un sens qui peut s’affiner avec les années …)

J’ai fait un inventaire de ce genre de situations de mon vécu et c’est vraiment flagrant : Je me serais déjà économisé un sacré paquet de nerfs et aurais évité quelques clashes si j’avais identifié ce problème plus tôt et que j’avais entrepris quelque chose pour le garder sous contrôle !

J’ai griffonné ce croquis à titre de pense-bête pour le futur. A ma connaissance, ce modèle de bouchon n’existe pas dans la réalité et sa forme est ici seulement symbolique.

Ah, et un bon conseil, si vous avez mis un bébé en route, équipez vous à temps… Il y en a justement un là dehors dans la rue qui lâche les décibels et je ne l’ai pas en visu…

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Déplacements d’anxiétés

J’ai enfin ces dernières semaines, trouvé une réponse à l’une de mes vieilles questions qui était restée ouverte. Il y a de cela deux décennies, j’avais dû commencer à prendre des anxiolytiques prescrits par mon psychiatre. Au départ, c’était vraiment des doses de cheval et avec le recul, je n’ai rien à redire là-dessus. Cette molécule a réellement permis de calmer la bête, a contribué petit à petit à re-stabiliser la boussole et à me remettre les idées bien en place.

Beaucoup plus tard, la ration quotidienne est tombée à des valeurs, disons… d’entretien. Ça douillait quand même encore 10.— par jour pour un seul cachet. Sur un an, ma petite dépendance aux molécules magiques engloutissait quelque chose comme un budget de vacances de rêve sur une île paradisiaque. L’ombre des palmiers sur une plage de corail, je pouvais donc mettre une croix dessus pour raisons de santé. ( Je vous épargne les petits calculs en matière de primes d’assurance maladie, décomptes d’honoraires et de franchise pour ma pomme etc… )

Je n’avais jamais eu à rouspéter non plus devant les compétences sensibles de mon thérapeute. Il m’avait fourni des outils théoriques efficaces et m’avait guidé pour que je puisse aux mieux me dépatouiller avec la confusion dans laquelle me mettait ma situation.

Mais une chose qui m’avait frappé, c’est qu’il me répétait toujours exactement la même phrase à chacune de nos séances mensuelles et qu’elle ne cadrait pas avec le reste, alors qu’il n’avait pas autrement pour habitude de radoter :

– C’est comme l’insuline pour un diabétique, il va falloir le prendre à vie…

J’avais trouvé très louche et même parfois agaçante, cette phrase récurrente martelée en dehors de nos échanges intéressants et constructifs. Pour les non-initiés, il faut savoir que ces crises étaient entrecoupées de longues phases de répit complet. Et mon problème n’avait évidement rien d’aussi dangereux dans mon cas en tout cas, qu’un diabète mal soigné. Mais il fallait avaler le bonbon quotidiennement pour me prévenir d’éventuels déclenchements. Et il était semble t’il écrit quelque part que je risquais même un jour de me retrouver enfermé dans une crise sans fin. Un billet aller simple pour le nid de coucous, on va dire.

Bien sûr lorsque tout allait bien, j’avais tenté d’interrompre mon traitement et connu quelques rechutes bien glaçantes. Ce n’était donc pas la bonne solution. Et si c’était pour m’entendre encore répéter en boucle la fameuse comparaison avec l’insuline du diabétique…

Ces derniers temps je retombe justement souvent sur le scandale des prix de l’insuline aux USA. Il y a là-bas beaucoup de diabétiques qui n’ont pas les moyens de se payer ce produit qui est vital pour eux ! Il n’y a que trois sociétés qui la distribuent et ils en ont “artificiellement” gonflé les prix jusqu’à l’exorbitant. Quand on s’y intéresse un peu, ce n’est franchement pas du tout le rêve américain ! Et c’est là que j’ai découvert que l’une de ces sociétés-là, était la même que celle qui produisait aussi ma dragée journalière à dix balles !! Et moi les coïncidences, on peut dire que ça me parle…

Donc mon psy avait certainement du être “travaillé” par “un -e influenceur – euse de ces laboratoires pharmaceutiques“. Un(e) délégué(e) commercial(e) très au fait de deux traitements, très rentables sur le long terme et volontiers fournis à volonté par leurs soins…

J’ai tout de même fini par pouvoir arrêter ce traitement par moi-même, en adaptant ma manière de le prendre et en diminuant petit à petit son dosage. Cela ne s’est évidement pas fait en quelques mois, c’est sans doute ce qu’on appelle prendre son mal en patience. Par chance, les comprimés faisaient de plus en plus d’effet et je pouvais donc en réduire progressivement et prudemment la posologie. Vers la fin, je devais même couper mes petites pilules en deux au canif, parce qu’il n’y avait rien de plus léger de disponible en pharmacie.

Ça fait pas mal d’années maintenant que je n’en ai même plus en réserve dans ma pharmacie. Et j’en ai jeté pas mal à la poubelle sans trop compter.

Mes dix balles d’aujourd’hui, tant qu’à faire, je préfère les investir dans le plaisir d’un bon produit de brasserie. Tout en espérant qu’en appliquant cette réaffectation, mon divorce pharmaceutique n’aura pas pesé trop lourd dans la décision en faveur d’une augmentation massive des prix de l’insuline au pays de la liberté de baiser ses compatriotes jusqu’à l’os…

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Madame Lelivre et Monsieur Lecahier

Il était une autre fois et il y a fort longtemps, un grand soir où j’étais de sortie dans le grand jardin des péchés de toute nature. J’y avais fait la rencontre de deux personnes que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. L’homme était assez calme et la femme un peu foldingue. Elle semblait bien partie pour croquer une récolte entière de fruits défendus. Il s’est avéré que ces deux-là n’étaient pas en couple.

Au cours d’une conversation avec le gars en question, me voyant intrigué par les sursauts excessifs de la dame assise à proximité, il m’a confié à peu près la phrase suivante :

-Alors elle, si on veut, c’est un peu comme un drôle de livre : Elle a toutes les pages, mais pas dans le bon ordre…

Cette représentation surprenante est depuis à jamais restée gravée dans ma mémoire. D’ailleurs il arrive que je m’en serve en pensée dans certaines situations. Et avec ma manie de tout visualiser, je l’ai imaginée en album psychédélique haut en couleurs, saturé en rebondissements anarchiques. Je l’ai simplement référencé du titre de Madame Lelivre.

J’avais par la suite un autre soir sympathisé avec elle. Son interprétation m’avait parue moins chaotique qu’ils avaient pu me la laisser entrevoir. Mais elle avait assurément une personnalité discordante d’avec les standards les plus répandus. Je me rappelle encore qu’elle méritait tout à fait sa deuxième lecture !

Cette circonstance peu ordinaire m’a rappelé ce type singulier, qu’on avait invité à venir avec nous dans une discothèque lointaine. Lui, c’était sur la piste de danse, qu’il faisait soudainement des bonds en se livrant à des gesticulations excentriques. Tout cela en vociférant une phrase aussi étrange que comique. Et ainsi, il libérait naturellement tout l’espace nécessaire autour de lui sous la boule à facettes. Et puis, une fois sa chorégraphie d’extra-terrestre qui se lâche terminée, il retrouvait toute sa réserve. Quand on a percuté que ce n’était pas des clowneries intentionnelles, on s’est évidemment amusés à spéculer sur l’origine de ces effets secondaires. Qu’il avait probablement dû chuter de la table à langer. Et certainement la tête en bas, le pauvre !

Je l’avais ensuite revu un autre jour par hasard dans un train. Il m’avait alors présenté son cahier rempli de poèmes manuscrits. C’était un recueil d’impressionnantes envolées lyriques très bien et très proprement écrites, truffées de mots savants qui m’ont ensuite encouragé à ouvrir plus régulièrement mon dictionnaire. Monsieur Lecahier, cet alien qui dansait comme un pied, était donc loin d’être complétement frappadingue !

Ce sont deux personnes que je n’ai plus jamais revues après notre deuxième rencontre.

Et moi alors dans tout cela, que suis-je ? Un carnet de notes, un roman à l’eau de rose, un guide touristique ou un bouquin de recettes ? Ou peut-être une compilation de tout ça ?

Je sais qu’il m’est arrivé de me mélanger les chapitres. De m’égarer dans ma propre lecture. Mais j’ai également démêlé des intrigues. Tiré des énigmes au clair. Biffé des passages nébuleux et sans grand intérêt. Surligné des paragraphes importants. Et aujourd’hui, il m’arrive de penser que j’en sais déjà presque trop sur moi-même.

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Le dresseur de puces

Avant de jongler avec des plumes et des crayons, j’ai été dresseur de puces. De minuscules bestioles qui n’ont pas été faciles à apprivoiser. Des créatures plus complexes qu’elles n’en avaient l’air et avec qui, il était pour moi loin d’être évident d’entrer en bonne communication.

J’allais devoir m’introduire dans leur microcosme et acquérir de la technique. Tout apprendre de leur anatomie. M’enquérir de leur savoir-faire et m’intéresser à leurs personnalités.

C’était une activité passionnante, même s’il m’est arrivé de jongler avec des dizaines de points d’interrogation en simultané pour n’obtenir qu’un petit bond en avant. Et le plus souvent, c’était encore moi le dompteur, qui alignais des séries de sauts désordonnés dans ma cuisine…

Il pouvait arriver comme ça sans raison qu’au milieu d’une représentation, elles me plantent-là, interrompant brutalement leur numéro ! Ou alors que subitement elles aient un coup de folie et adoptent un comportement anarchique inattendu.

Alors j’ai évalué l’éventualité d’adopter un chien. C’est bien connu, les puces ça apprécie de se défouler sur des chiens ! J’avais pensé qu’à cette condition peut-être, elles arrêteraient de me lâcher sans prévenir en plein spectacle au moment où il commençait à être rôdé…

Puis un jour, j’ai déniché une variété de puces qui étaient livrées avec le chien. Je n’étais donc pas le seul saltimbanque qui avait du mal à faire régner l’ordre absolu sans sa petite troupe. C’était un détail intéressant et amusant. Une sorte de revanche : C’est un chien de garde qui répondait au nom de Watchdog qui était cette fois installé dans la puce et non le contraire !

Et si la puce se mettait en tête de ne pas obéir au doigt et à l’œil du dresseur et à la vigilance du chien de garde, c’était le chien qui en toute discrétion, lui montrait les crocs et le programme pouvait reprendre comme il avait déjà été maintes fois répété….

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Note : Cet article n’est que le récit du chemin tortueux qui m’avait mené vers le dessin de l’article suivant

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Anatomie et portrait de l’une de mes puces à chien, fabriquée à base de sable :

( Un document qui date de 2002 )

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Un Hôtel qui voulait attirer mon attention

J’ai récemment gagné le premier prix d’un concours de circonstances un peu flippant. Une suite de coïncidences en série qui, une fois réunies, convergeaient toutes pour m’inviter à la visite guidée d’une maison hantée…

En son temps, j’aimais beaucoup me faufiler à toutes fins d’exploration dans des bâtiments désertés et des ruines à l’abandon. J’ai un truc un peu mystique avec les murs chargés d’histoire. Et cette fois-ci, j’ai été copieusement servi, avec insistance, et sans avoir à quitter le confort de mon fauteuil.

Pour commencer, j’ai très récemment vu le film « Dark Water » (le remake américain de 2005). C’est le drame d’une mère et de sa fille qui déménagent ensemble dans un immeuble locatif des plus lugubres. Un édifice dont la tronche de la façade à elle seule, suffiraient à faire pâlir d’effroi toute succube gothique expérimentée.

On dirait presque un building construit avant l’invention de la lumière du jour ! Oser y inviter sa belle-mère pour un brunch un dimanche matin ensoleillé équivaudrait en points de cruauté, au minimum à un ticket premium pour l’enfer. Cette sinistre bâtisse avait pour particularité de chouchouter ses nouvelles locataires en leur proposant de mystérieuses fuites d’eau brunâtre. Mais voilà, le solide crépi du plafond de la chambre à coucher et la dissémination au sol de l’intégralité de la batterie de casseroles ne viendront jamais à bout de cette malédiction liquide…

Au départ déjà, le bailleur de ces quatre murs peu étanches n’avait pas l’entregent du représentant d’une agence immobilière de haut standing. Il voulait simplement fourguer l’objet embarrassant au premier gogo venu s’il devait y en avoir un et se barrer vite fait. Alors en spectateur, on écarte d’emblée son éventuelle candidature surprise pour un rôle de futur colocataire et de beau-père pour la gamine. Le concierge de la place n’a pas non plus tout à fait la dégaine du bellâtre aimable de lagon bleu. En plus il est taciturne, borné et donne à penser qu’il pourrait être né d’une légende moyenâgeuse de Transylvanie. (Comme c’est d’ailleurs parfois également le cas dans la vraie vie…)

– Allons, signez ce contrat ici et là et je nous épargne une promenade dans le coupe-gorge de la buanderie commune…

Dix ans après le film d’origine du remake résumé ci-dessus, des faits réels présentant de nombreuses et troublantes similitudes se produisaient à Los Angeles, dans l’hôtel Cecil situé dans le quartier chaud-bouillant de Skid Row. Il s’agit d’un vieil établissement de 700 chambres, bien centré mais aussi réputé bigrement mal fréquenté. Une jeune canadienne d’origine chinoise âgée de 21 ans, Elisa Lam y disparaît. La dernière fois qu’elle avait été vue, c’était sur une vidéo de surveillance de l’ascenseur de l’hôtel. Son étrange attitude sur les lieux laissera les enquêteurs perplexes. Elle pressait subitement un à un toute une colonne des boutons d’étages de l’ascenseur et se cachait dans l’ angle mort de la cabine. Mais cette fichue porte coulissante ne se fermait jamais ! Alors elle s’avançait pour regarder dans le couloir, semblait parler à quelqu’un d’invisible posté à l’extérieur en agitant ses bras et ses mains. Elle se livrait à un étrange manège, puis finissait par définitivement disparaitre sans laisser de traces dans le couloir …

Je pensais qu’il n’y aurait à jamais qu’un seul hôtel qui m’aura vraiment foutu les chocottes : Celui de l’adaptation de Shining de Stanley Kübrick. Vous me direz, ça parait normal, c’était le film que j’avais vu près les Aristochats, alors ça m’a fait un choc. Mais il y a peu, s’est ajouté celui de la cinquième saison d’American Horror Story : Hotel. J’avais dû abréger mes souffrances après deux ou trois épisodes. Pour ménager mes nerfs et préserver la qualité de mes nuits de sommeil. J’ai demandé le room-service, l’addition et me suis empressé de rendre la clé de ma chambre à la réception…

Ce que je n’avais pas encore compris à ce moment-là, c’est que cette saison-là de cette série télé était elle-aussi basée sur les nombreuses légendes louches et morbides du Cecil Hôtel : Le désormais fameux palace glauque des bas quartiers de la Cité des Anges.

Ah tiens dans le lot, j’avais failli oublier de compter le célèbre motel de Norman Bates !

Ces nombreuses sollicitations à une visite guidée semblaient donc toutes tirées ou dérivées de l’histoire d’un même lieu ?

Et qu’est il arrivé à Elisa ? Cette jeune touriste qui a subitement disparu après être ressortie de cet ascenseur récalcitrant à l’intérieur de cet établissement ?

Pourquoi les eaux s’écoulant à la fois des robinets des chambres de cet hôtel ainsi que celles suintant des murs et s’échappant de la plomberie du film Dark Water étaient-elles toutes à ce point saumâtres ?

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Il n’y a pas très longtemps de cela, j’avais consulté un article sur l’encyclopédie en ligne qui mentionnait ce même lieu d’hébergement en voulant en savoir plus sur l’affaire du Dahlia Noir.

Et cette semaine, je me retrouve par hasard devant un documentaire très détaillé sur la disparue qui séjournait au Cecil.

Malheureusement, Elisa a été retrouvée sans vie 19 jours après sa disparition par un employé technique de l’Hôtel. Elle s’était noyée dans l’un des quatre grands réservoirs d’eau situés sur le toit de l’établissement. Ce sont des clients de l’hôtel qui s’étaient plaints de la teinte anormale et du goût désagréable de l’eau. La malheureuse avait échappé à toutes les recherches organisées dans ce vaste bâtiment durant dans ce laps de temps.

Selon les conclusions de l’enquête, elle était souffrante et n’avait pas suivi à la lettre les prescriptions de sa médication. C’est probablement à la suite d’un épisode psychotique qu’elle aurait tenté de fuir un quelconque danger imaginaire. Qu’elle serait montée sur le toit en empruntant l’échelle de secours et se serait jetée dans ce réservoir en passant par la petite trappe d’accès. Une citerne dépourvue d’échelle intérieure, dont il ne lui aurait ensuite été possible de ressortir que lorsqu’elle était remplie à son niveau maximal. Ses habits étaient ceux visibles dans la séquence de la vidéo de surveillance et elle ne portait aucune trace de blessure, pas même une ecchymose.

Elisa était une blogueuse. Ses écrits reflétaient qu’elle cherchait à surmonter ses problèmes et qu’elle souhaitait se projeter dans la vie. Une existence avec des hauts et vraisemblablement des très bas. Son histoire si tragique m’a profondément touché et rempli de tristesse.

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A une époque maintenant lointaine, j’avais moi aussi connu des troubles pouvant par moments brutalement déformer ma réalité tout en imaginant avoir en tout temps la liberté de me passer de mon traitement. Mais si j’ai finalement pu connaître cette chance-là, qui n’est probablement pas offerte à tout le monde, c’était au bout d’une bataille rigoureuse qui aura duré plus de quinze ans !

Voilà ! Ayez une pensée pour le repos d’Elisa et soyez très prudents avec vos hantises si vous en avez !

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