Emporté par un torrent déchaîné d’ivresses hors normes
Foudroyé dans l’instant d’un enchantement contagieux
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Et je suis mort de peur à l’idée de ne plus te revoir
Le souffle coupé comme si ça devait être mon dernier
Et me voici condamné à errer dans de tourmentés couloirs
Hanté par ces sentiments dont je ne saurais me délivrer …
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Ça sent encore un peu la Toussaint jusque dans mes
tentatives de lundis poétiques.
Et une pensée pour tous ceux qui vont ou sont allés
jusqu'à mourir d'amour !
-Bonjour cher patient, quel bon vent vous amène cette
fois-ci ?
-Je suis très inquiet, docteur. Depuis que je me suis réveillé, j’ai TRES MAL à mon squelette !
-A votre squelette ??! Rien de cassé
j’espère ? Vous vous sentez peut-être un peu sur les rotules ?
–Mais non docteur c’est grave ! Je subodore la confirmation de mes plus noirs pressentiments : Ça sent le sapin pour moi ! Je perçois des signaux avant-coureurs très clairs et ils m’annoncent la visite imminente de la grande faucheuse !
-Bon sang ! Il va falloir faire vite ! Avant que cette sale garce ne pénètre dans ma salle d’attente avec l’intention de vous occire en pleine consultation ! Dites-moi : De quelle partie de votre squelette souffrez-vous ? Sachant que votre architecture osseuse est constituée d’un peu plus de deux cent fragments divers et variés disséminés un peu partout, il serait préférable que n’ayons pas à vous radiographier de la tête aux pieds. Autrement nous parviendrions au mieux à localiser toutes les pièces défectueuses post mortem, environ dans un délai de deux semaines après la date de vos obsèques. Agissons sans tarder pour vous soustraire à cette terrible agonie…
-Hé bien pour commencer je ressens d’intenses douleurs juste-là dans l’articulation du coude. Mais je subis également de très violents coups de boutoir ici au sommet de mon crâne. Je crains m’être décroché la mâchoire. Et puis aussi m’être fissuré plusieurs côtes. Mon squelette est foutu !
-Bigre ce sont là bien trop de souffrances à endurer pour un seul homme. ! Une première question qui pourrait augmenter nos chances d’établir un diagnostic fiable et susceptible d’augmenter votre espérance de vie : N’auriez-vous pas par hasard passé presque toute la nuit en compagnie d’une bande de joyeux drilles à déconner et à vous bidonner ? Profitant de l’occasion pour faire l’impasse sur toute forme de modération. De mon avis de spécialiste, les symptômes que vous me décrivez en ce qui concerne votre coude et votre crâne indiquent les séquelles d’une biture d’enfer. Et pour les côtes et la mâchoire, je pencherais en faveur de simples effets secondaires consécutifs à une série de fou-rires de fêtard…
-Je n’en sais rien docteur. Je ne me souviens absolument de rien. Je me suis réveillé amnésique sur ma paillasse habituelle, en nage et souffrant comme un damné !
-Bien ! Pour commencer, voici une ordonnance destinée à tempérer votre affolement et apaiser vos traumatismes. Quatre jours d’arrêt de travail ne seront pas de trop. Il vous faut une grande boîte de pastilles effervescentes. Un comprimé matin, midi et soir dans un grand verre d’eau minérale. Et en sortant d’ici, vous irez prendre l’apéro. Et ce sapin vous allez vite me le rallumer, et bien avant de l’avoir abattu et d’en avoir tiré et raboté quatre belles planches…
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"Rallumer le sapin" est une expression indiquant la technique
de reboire de l'alcool pour atténuer les effets désastreux d'une
gigantesque gueule de bois.
Voici donc ma traditionnelle création de halloween pour l’édition 2019. Vous n’êtes évidement pas du tout contraint de la liker juste pour me faire plaisir.
C’est une fête qui me paraît intéressante parce que tout un chacun peut se déguiser en sculpteur ! Et cet art trooop-méga-mooortel peut être exercé à peu de frais dans une simple cuisine. Et exceptionnellement, durant cette période là, il ne sera formulé de reproches à quiconque pour avoir joué avec de la nourriture ..
Vous le saviez peut-être déjà, mais je me considère encore et toujours comme nul en cheveux en dessin. C’est pourquoi je ne saurais résister à la moindre occasion de m’offrir une autre tentative de perfectionnement.
Et voyez vous-même : On peut inspirer de grosses frayeurs aux gens, même si on est blond et bien coiffé !
Respectant une tradition d’amitié établie depuis fort longtemps, un hamster et un campagnol se retrouvaient pour un repas à l’occasion des fêtes de fin d’année. Et c’était au tour du campagnol d’accueillir le hamster dans son repaire.
Dès son arrivée, le hamster se montra volubile en racontant au campagnol son récent bonheur de partager son habitat urbain avec l’élue de son cœur. Qu’ils couraient ensemble des jours heureux dans leur roue géante.
En pénétrant dans l’antre de son hôte, il avait admis que comme lors de sa précédente visite, le campagnol vivait seul. Et c’est à ce sujet que le hamster choisit de lui faire part de son inquiétude…
Alors le campagnol lui raconta que ses journées étaient si chargées qu’à la nuit tombée, il croulait sous la fatigue. Il argumenta que dans l’agriculture, les temps étaient devenus plus durs qu’autrefois et qu’il y était déconseillé de compter ses heures. Qu’il ne restait que peu d’autres choix que de se lever et de se coucher avec le premier et le dernier rayon de soleil…
Mais qu’à de rares occasions, il échappait à sa trépidante vie souterraine et parfois même, faisait la rencontre d’une souris prompte à lui faire frémir les moustaches. Mais qu’il ne parvenait jamais à éviter que la charmante candidate soit une citadine convaincue et se montre peu enthousiaste à l’idée d’une existence champêtre. Que cette malédiction n’eût de cesse de le poursuivre depuis ses premières amours de jouvenceau. Que malheureusement, même animé des intentions les plus langoureuses, il se sentait fort désarmé pour s’en aller pulluler dans des galeries de béton, pour aller frétiller dans des tunnels de plastique ou pire encore, d’aller se laisser incarcérer à perpétuité derrière un grillage métallique.
Mais que depuis qu’il avait entrepris de s’inscrire dans un réseau de rencontres international, il avait misé toutes ses chances sur l’espoir d’attirer à ses côtés, une rongeuse susceptible d’envisager de s’installer avec lui quelque part au grand air d’une campagne luxuriante. Que sa recherche s’accompagnait naturellement de cours de perfectionnement en langues dans le but de favoriser la communication avec des prétendantes natives de toutes contrées.
Le hamster se montra ravi d’entendre son ami le campagnol lui témoigner les yeux brillants d’un tel entrain et il l’en félicita.
Le campagnol sur le ton de la confidence lui révéla qu’il venait justement, quelques jours auparavant, d’avoir la chance de faire une rencontre particulièrement prometteuse. Que la séduisante candidate venait d’Allemagne et résidait à Düsseldorf. Et que pour une fois il se sentait vraiment rassuré parce que malgré ses notions en langue allemande encore faibles , il savait déjà au moins que « dorf » en français, ça veut dire village…
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C'est une rencontre pleine de magie avec une jeune femme fort
séduisante et sympathique qui m'a inspiré cette histoire.
Notre conversation n'a duré qu'une dizaine de minutes.
( Dans la vraie vie je parle couramment la langue de Goethe )
si je n'avais pas eu un peu la tête ailleurs à ce moment-là,
je pense que j'aurais beaucoup aimé tenter l'impossible pour
lui faire rater son envol à destination de Düsseldorf..
Mais je l'ai laissée filer
Lorsque nous avions aux alentours d’une vingtaine d’années et qu’entre amis, dans le large catalogue de sujets de conversations que nous avions, nous choisissions d’échanger à propos des croyances et de la potentialité d’une vie après la mort, je trouvais amusant de déclarer pour ma part préférer croire en l’existence de la réincarnation. Que mon vœu, une fois ma carcasse d’humanoïde passée de vie à trépas, était celui de me réincarner en méduse.
Suite à cette révélation fracassante, je me souviens de cet interlocuteur qui soutenait que, selon sa théorie, il n’était jamais possible de régresser en renaissant. Mais l’ordre de classement des espèces vivantes pouvant fortement varier selon le point de vue de chacun. Je pouvais alors en ajouter une couche en clamant que la méduse était à mon avis une progression et non une régression !
Quoi de plus over-cool qu’une méduse ? Pourvoir se soustraire aux contraintes de la gravité en vagabondant sans stress inutile en suspend dans un liquide translucide porté à température idéale ! Se laisser entrainer au gré des courants en ne bouffant que le micro plancton qui passe sous notre ombrelle, sans devoir se prendre la tête, les pieds ou les pattes, dans des embrouilles tentaculaires…
…
Même si pour changer, je passais à cette époque aux yeux de tous pour un parfait illuminé, parfois avec le temps, la validité de mes plus fumantes théories fantaisistes pouvaient se vérifier !
Une preuve :
Les méduses font partie des rares espèces qui se délectent de l’acidification des océans et qui tirent profit du réchauffement climatique pour proliférer. Tout cela sans aiguiser plus que ça l’appétit de milliards de bipèdes du sommet de la chaine alimentaire. Et pour enfoncer le clou, il en existe certaines qui sont carrément immortelles sans devoir couper des têtes tous les deux jours pour ça !
Finalement, mon premier choix de réaffectation n’était donc pas complétement fantasque…
il y a de cela plusieurs années, j’avais établi une relation particulière avec des ratons laveurs. J’en avais rencontré une douzaine qui vivaient en captivité dans un parc animalier et qui me tendaient tous leurs pattes au travers du grillage de leur cage en se plaquant contre celle-ci. C’était pour que je les touche. Une fois que j’avais fait le tour des tope-là et que je faisais mine de m’en aller, ils me poursuivaient pour me réclamer une prolongation de nos contacts tactiles. Je me suis laissé prendre à un jeu sans fin et j’ai eu beaucoup de mal à les quitter. Cette rencontre touchante est restée un souvenir impérissable.
Le spécimen plus inquiétant qui a servi de modèle pour le dessin ci-dessus et qui a la particularité d’afficher une expression sournoise voire menaçante est celui d’un mèmeinternet standard que j’ai adapté. J’ai eu beau chercher à lui donner une attitude plus rigolote ou plus sympathique mais j’ai échoué. Au mieux, il avait l’air niais. Alors je me suis ravisé : Pourquoi vouloir à tout prix griffonner le cousin nigaud d’un bisounours ?
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La vérité c'est que ceux que j'ai rencontré au parc animalier
me réclamaient du pop-corn en vente à l'entrée du parc et celui
plus inquiétant représenté sur le dessin veut me faire comprendre,
que sans ration considérable de pop-corn, ce n'est pas vraiment
la peine de revenir lui rendre visite...
J’ai récemment découvert qu’il existait une police de caractères nommée GRETA GROTESK qui reprend le style de l’écriture manuscrite du panneau blanc marqué SKOLSTREIJK FÖR KLIMATET que Greta la messagère emporte partout avec elle dans le monde, pour participer aux grèves de sensibilisation et de mobilisation en faveur du climat.
Par curiosité, j’avais installé cette police de caractères et effectué quelques rapides essais. Ensuite j’avais oublié cet épisode. Mais je viens de retomber dessus par hasard : Signe qu’il fallait pousser cette expérience un peu plus loin et réaliser ce que j’aurais dessiné à l’époque en classe, lorsque j’étais moi aussi encore un habitué des bancs de l’école…
Le scientifique sceptique est aujourd’hui une espèce en voie de disparition parmi tant d’autres.
Dans le passé, dans le but de lutter pour sa survie, le scientifique sceptique s’est parfois trouvé contraint d’accepter des mandats pour réaliser une contre-étude, lui prescrivant de se montrer le plus dubitatif possible, quant aux publications de résultats d’études scientifiques sérieuses trop alarmantes déjà menées par des confrères…
Pour ne citer qu’un seul exemple parmi tant d’autres, le monde entier n’oubliera pas les rapports d’experts sceptiques chargés d’affirmer, en écrasant sans tousser un mégot dans un cendrier, que la clope ne pouvait en aucun cas “nuire grave“…
Hier à la téloche, j’ai revu le film documentaire “Avant le Déluge” qui date de 2016.
Nommé en tant que Messager de la Paix sur les questions climatiques aux Nations Unies, Leonardo DiCaprio avait parcouru le globe pendant deux ans pour faire un état des lieux environnemental.
Aujourd’hui, 3 ans plus tard, je constate qu’une part non négligeable et grandissante de la populationmondiale se réveille avec une gueule de bois et se regroupe un peu partout pour réclamer des réactions immédiates et concrètes ! Je propose aux sceptiques qui préféreraient peut-être encore profiter de la “fête” et à tout ceux qui roupillent encore, de se donner une chance supplémentaire durant une heure et demie de remettre en question leur vacillante ou embarrassante conviction. Ensuite il existe bien sûr encore beaucoup d’autres enquêtes et témoignages de ce genre disséminées ici et là et il sera toujours possible encore, aux plus obstinés d’entre nous, d’approfondir le sujet et de recouper toutes les informations qu’ils contiennent…
C’est encore imprégné et inspiré par ce poignant documentaire que ce matin, j’ai rédigé tout un un poème portant sur l’avidité capitaliste que vous pourrez lire plus bas. Je ne sais pas si ça avait déjà été tenté auparavant et si non, eh bien en voilà déjà au moins un pour la route !
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Poésie pour un naufrage
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A l’escalade du pinacle
de mon propre intérêt
A la poursuite d’ivresses conduisant au “sommet“
Je n’ai pas accumulé de capital
sympathie
De bienveillance je n’ai fait que l’économie !
Obsédé de vouloir tirer bénéfice
du doute
Convertissant en déluge ma future banqueroute
Je n’ai su être qu’un capitaine au “meilleur”cours
D’une poigne d’avidité dans un faux gant de velours
Ça fait déjà un bout de temps que je suis le déroulement des actions pacifiques du mouvement “Extinction Rebellion ” à travers le monde. Il vise à pousser les gouvernements à agir rapidement et concrètement afin de limiter le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité et de freiner voire stopper le risque d’atteinte des points de basculement du système climatique pouvant conduire à un effondrement écologique.
Mon attention a bien sûr aussi été attiré par la forte symbolique que représentent tous ces petits voiliers entièrement repeints en rose et en bleu et flanqués de slogans, que des activistes trimballent dans les manifestations. Puis, parmi les nombreux témoignages, j’ai remarqué des images d’un senior installé dans une position très inconfortable à l’avant d’un corbillard. Il s’était attaché par le cou au volant du véhicule funéraire avec l’un de ces antivols rigide pour moto ! Bon, si on ne dispose pas dans l’immédiat d’une carriole mortuaire en état de marche, il reste toujours la bonne vieille technique de la position de la tortue pour retarder l’éventualité de se faire déloger de force …
N’empêche que je préfère et de loin, me laisser surprendre par ce genre d’idées fortes et démonstratives plutôt que de devoir une fois de plus entendre pester un grincheux qui ne se sent pas concerné par le reste du monde et qui n’a plus en stock d’autre réaction lors d’une manif, que le laconique : “… devraient pas faire chier ceux qui travaillent” …
Pour ces gens là en particulier, on pourrait peut-être penser à organiser “des camps de vacances” où ils pourraient aller expérimenter en simulation de conditions réelles, la qualité de vie future de leurs descendants… Il faudrait aussi que ce soit une expérience gratuite. Parce qu’il m’a aussi semblé que les pensionnaires ciblés, étaient le plus souvent du genre assez près de leurs sous.
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Au départ j’avais l’intention de “repeindre” en rose le corbillard vintage de la célèbre série TV “six feet under” Mais n’ayant pas trouvé de photographie qui convenait, j’ai cherché un peu partout et constaté que je n’étais pas du tout le premier zigoto à vouloir “tuner” un corbillard avec cette couleur…
Avez-vous déjà écouté le bon vieux sketch de Fernand Renaud qui parle du douanier qui n’aimait pas les étrangers ? Parce qu’il répétait sans cesse qu’ils venaient tous manger le pain des français ?
Alors écoutez et/ou regardez :
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Eh bien, vous n’allez peut-être pas le croire, mais à cette époque de mondialisation galopante et de tendance à l’ouverture des frontières, j’ai récemment à plusieurs reprises fait la rencontre, d’un sinistre gabelou qui aurait à mon avis aujourd’hui encore, tout à fait pu fertiliser l’inspiration de Monsieur Fernand !
Pour commencer, plantons un décor pour éclairer les lecteurs qui ne le connaitraient pas déjà :
A savoir que je n’attends pas d’un garde-frontière qu’il soit en possession d’un diplôme de la Sorbone confirmé par 10 années d’expérience en terrain instable ! Je n’avais d’ailleurs jusqu’ici, jamais eu à me plaindre d’un incident notable avec l’un ou l’autre d’entre eux. J’avoue toutefois nettement préférer en toutes circonstances, de tenter ma chance d’éviter d’avoir à être confronté à tout préposé biberonné au pur concentré d’andouille. Je me sens aussi l’heureux détenteur de l’information confirmée que le prestige de l’uniforme ne recouvre pas forcément les meilleurs critères de qualité humaine…
A savoir également que je réside actuellement en Suisse romande dans une zone frontalière avec la France. Un nombre conséquent de frontaliers traversent sans encombres la frontière pour venir travailler en Suisse et nombreux aussi, sont mes compatriotes qui vont faire des courses en France voisine. Chacun semble finalement un peu y trouver son compte. Et avant les événements que je décris ici, je m’y rendais moi aussi, au rythme moyen d’environ une visite par semaine.
La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne, mais elle a conclu des accords bilatéraux avec l’UE et applique la libre circulation des personnes. Des différences de système fiscal et de taux de taxation entre ces deux espaces économiques font aussi qu’il existe certaines limitations strictes aux importations de marchandises vers la Suisse.
C’est pourquoi dans les postes de douane, depuis l’époque de la création de l’UE, le plus souvent des gardes-frontières suisses sont présents pour vous demander si vous avez quelque chose à déclarer à votre entrée sur le territoire. Souvent également, personne ne vous soumet côté français à un contrôle systématique lors de votre entrée en France.
Voilà en gros et en résumé, ce qui concernait le décor à planter !
Depuis quelques temps, j’avais soudain très régulièrement eu à faire à un douanier français exagérément suspicieux et désespéramment chiantissime. Lors d’une bonne moitié de mes tentatives d’entrée en France, lorsqu’il était de service (quand il ne l’était pas, je ne lui connaissais d’ailleurs pas de relève) ce dernier s’était mis bille en tête de me suspecter de manière étrangement insistante de venir déposer mes sacs d’ordures ménagères en France ! Et c’est ensuite devant les vitres à l’arrière de mon véhicule, qu’il se mettait curieusement à danser en quête d’une potentielle poubelle transfrontalière .
Tout au début de sa campagne pour moi d’un genre tout à fait inédit, je m’en étais même un peu amusé en me disant que leur niveau d’alerte Vigipoubelles avait récemment dû monter d’un cran ou deux. Et en indécrottable idéaliste, je me suis mis en tête, à maintes reprises et de plusieurs manières différentes de lui faire comprendre que je venais “tout simplement” pour ne rien faire d’autre que quelques courses et qu’en fin de compte, je m’apprêtais à importer des déchets en devenir, plutôt que d’y en exporter. Que dans mon pays de résidence, les bonnes déchetteries ne manquent pas et que les points de recyclage sont nombreux et très bien organisés ! Qu’en tant qu’être humain, j’étais animé d’une profonde conscience écologique et qu’avant que ses dégradantes suppositions à mon égard ne soient en mesure de tendre à m’exaspérer, il ne me m’était même jamais venu à l’idée de sauvagement abandonner mes poubelles dans sa région. Et que cette philosophie de vie n’allait pas changer de sitôt. Que si mon pays disposait d’une longue réputation mondiale de grande propreté, je ne pouvais pas croire une seconde que c’était en grande partie du au fait que la plupart de mes compatriotes se débarrassaient volontiers de leurs détritus dans des décharges sauvages situées hors frontières !
Pour moi, d’un point de vue purement “clichesque“, c’était un peu comme si d’un jour à l’autre mes compatriotes douaniers suspecteraient chaque frontalier français à leur passage en douane, d’être des brigands en puissance ! L’un de ceux capables de débarquer sur notre territoire dans le but de braquer à l’explosif ou au semi-remorque, l’un de nos nombreux distributeurs automatiques de billets de banque ou pour une sortie “by night” entre amis pour percer à jour l’un de nos jolis fourgons de transports de fonds insuffisamment blindés.
Que de mon point de vue c’était quand même un peu de sa part, comparable à mettre beaucoup trop d’asticots dans le même panier de crabes…
Mais en monologuant inutilement dans un vide intersidéral dépourvu d’écho, je voyais bien qu’au fond du regard inexpressif du péager en question, beaucoup trop de petites lumières s’allumaient toutes en même temps !
D’une semaine à l’autre à chaque fois, cette sentinelle obtuse nous avait oubliés, moi et mes déclarations de bonnes intentions. Aucune évolution positive sensible n’était mesurable dans l’exercice de sa mission. Je me suis dit que devais certainement avoir à faire à un genre de comique de répétition.
Bien sûr, aujourd’hui presque partout en Suisse, une taxe de base est perçue à l’achat de nos sacs à ordures officiels et je ne prétends pas pouvoir exclure qu’il existe bel et bien des helvètes assez mal-embouchés pour se permettre d’aller détaxer leurs ordures ménagères en pays voisin et ami. Ceci juste pour lamentablement se soustraire à un principe équitable de pollueur-payeur et pour au passage aller indirectement désorienter du planton en mal d’indélicatesse.
Mais voilà, mon concept révolutionnaire et insistant de « juste pour faire quelques courses sans intention aucune d’exportation de déchets » ne semblait pas prendre racine ni même être tout à fait à sa portée ! Visiblement et c’était un comble, cet agent très spécial, n’avait pas été doté de la faculté de comprendre et d’imprimer ce que justement, j’avais à lui déclarer ! Le fait qu’en même temps son action dissuasive cumulée risquait à terme d’influencer défavorablement le chiffre d’affaires de certains de ses compatriotes du coin ne l’avait vraisemblablement pas encore effleuré. Bien sûr je me suis posé quelques questions de base à son sujet : Visiblement dans sa bonne cinquantaine, ça ne devait pas être un problème d’expérience professionnelle ni du à une simple lacune dans sa formation continue. Il y avait autre chose ! Un détail qui me faisait un peu penser à Monsieur Fernand !
Après quelques confrontations successives avec les suspicions infamantes de cet obscur garde-barrière, j’ai progressivement commencé à trouver son idée fixe me concernant, bien plus que juste saumâtre.
Je ne voyais pas pourquoi je devrais accepter à vie comme ça sans réagir d’être serial-suspecté d’être un vil contrebandier d’ordures ménagères ! Si à la rigueur pour panacher un peu, il aurait pu avoir l’éclair de fantaisie de m’accuser à tort de vouloir passer en douce une ou deux caisses d’armes de naguère ou de frauder deux ou trois sachets de “farine revigorante“, j’aurais pu trouver cela un tant soit peu professionnel voire flatteur ! Mais alors là à force, cet hurluberlu officiel n’avait réussi que de petit à petit me foutre en rogne !!!
J’en ai tiré la conclusion que si ce funeste douanier se permettait de s’octroyer une fois par semaine un droit de me suspecter d’être un « vil contrebandier d’ordures ménagères » je pouvais dès lors tout aussi bien me sentir en droit à mon tour et une fois pour toutes de le suspecter d’être « le douanier le plus con de l’hexagone !!! »
En d’autres temps, suite à ce genre de désagréments inutiles, j’aurais probablement réservé un séjour d’une semaine de thalassothérapie pour contrôler mes envies d’aller retendre une à une toutes les coutures de l’uniforme de ce fantoche empoisonneur et aurais en sus, pris un rendez-vous d’urgence pour une séance d’acuponcture locale pour me contraindre à boucler ma grande gueule le plus longtemps possible … Mais ça c’était avant !
Et c’est à ce moment là que j’ai décidé de passer plus sérieusement à l’action…
L’opération Helmut
Le plan d’action de l’opération « Helmut » était assez ambitieux ! Au départ il était conforme au dessin ci-dessus. Pour le mettre en œuvre, j’aurais dû me mettre en quête d’un sponsor et engager un chauffeur complice au bénéfice d’un permis poids lourds. Ensuite j’aurais dû corrompre un haut-fonctionnaire de la voirie afin de lui emprunter un «garbage truck» pour effectuer une course spéciale durant une heure ou deux. Ce type de véhicule se faisant de plus en plus rare sous nos latitudes, j’aurais probablement même du aller faire le tour des musées.
La phase de préparation de l’opération « Helmut » m’aurait fait perdre un temps précieux. De plus il aurait également fallu faire appel à un consultant juridique pour qu’elle se déroule dans un cadre strictement légal. Mais une terrible épidémie d’ulcères menaçait de se répandre comme un trainée de mauvaise poudre dans toute la région et il fallait faire vite en agissant avec les moyens du bord !
Infrastructure et équipement
Pour l’opération « Helmut » je disposais en tout temps de deux véhicules :
La SunMobile
La SunGonette
La SunMobile était une berline monovolume peu discrète de couleur bleue métallisée. C’était uniquement dans le but d’optimiser le volume de chargement à l’arrière que je l’ai délestée de ses banquettes. Chose pratique pour par exemple, transporter une pioche et une pelle. Ce sont des outils indispensables, en admettant qu’il devait un jour me venir à l’idée d’aller me débarrasser, ou pire enfouir, mon compost en contrée voisine. Elle offrait en outre, une vaste boîte à gants, idéale pour y ranger une cagoule, des mitaines antibactériennes ainsi qu’un imposant pulvérisateur de désodorisant.
La SunGonette était un fourgon multi-fonctions de couleur blanc clair. L’outil idéal du professionnel souhaitant en toute efficacité se confondre dans le trafic. Cet utilitaire aurait de préférence été mis à contribution dans les cas où il me serait curieusementvenu à l’idée par exemple, d’exporter en zone tricolore, sans pour autant devoir renoncer à un minimum de confort, une kyrielle de barils de produits toxiques. En outre à l’arrière, je pourrais aussi en tout temps installer un SunPlumard. Des fois qu’une mouche devait soudain me piquer de l’idée saugrenue de vouloir court-circuiter un circuit ordinaire et bien ancré : En me refusant d’importer, pour ensuite réexporter les mêmes déchets en organisant des séjours “All Inclusive On Site ” et donc directement “full hors taxe au sac” à l’étranger.
Opération Helmut phase #1
De par sa profession, ce veilleur zélé d’un autre temps devait sans doute être porteur de la notion de montée en grade. Mon ambition dès lors était de me démarquer de la catégorie « présumé exportateur de détritus » d’entrée de gamme ! Pour gonfler mon degré de « louchitude » et décrocher mon admission dans la classe supérieure de soupçonnables, je me devais d’activer une partie inexploitée du cortex préfrontal du vigilant zigue. Il me fallait non plus tenter d’agir sur la mémoire à court terme du sujet, mais m’inscrire en délinquant du vide-orduresà haut potentiel dans sa mémoire à long terme. Il devait dès lors et à chacun de mes passages, même si visiblement il n’était pas physionomiste, instantanément pouvoir se souvenir de moi ! Ceci sans avoir à aller consulter le grand registre des trafiquants d’immondices dans sa guérite.
A cette période-là, je bricolais l’aménagement de la SunGonette.
N’étant pas locataire d’un SunGarage, c’est la SunMobile qui me servait
de dépôt pour des outils et du matériel.
Je n’ai de ce ne fait pas eu à faire appel à un décorateur de cinéma pour mettre en en scène un modeste mais crédible dépotoir à l’arrière de la SunMobile, avant de me lancer dans l’aventure d’un nouveau franchissement de la ligne de démarcation.
Le chargementde la phase #1
le gros carton vide du frigo-minibar tout neuf de la SunGonette *
le sac en papier contenant quelques chutes d’isolant en laine de pierre *
Un sac poubelle ouvert et rempli au ¼ de sa capacité contenant ce que j’avais balayé dans la SunGonette suite à une séance de bricolage *
A la dernière minute, j’ai dû renoncer à exporter un sachet en plastique transparent contenant des épluchures de carottes * dont la mise en évidence sur le siège passager aurait pu troubler l’esprit l’analyse du guetteur. Je me devais de limiter au strict minimum le nombre d’accessoires susceptibles de porter préjudice à mon innocence.
* A noter que seuls les déchets ménagers en sacs sont taxés, pour le reste il y a la déchetterie officielle.
Expérience sur le terrain#1
Les réactions du cornichon en faction n’ont pas déçu mes meilleurs pronostics. La vision du gros carton vide à l’arrière de la SunMobile lui a exorbité les pupilles et extrait les deux paluches des poches. J’avais donc cette fois emporté assez de grain à moudre pour sortir tout poireau apathique de la plus barbante des routines.
Séquence d’événements marquants de la phase #1
Sa fouille en règle de mon chargement hautement suspect.
Mon explication qu’en ce moment je bricolais un aménagement de fourgonnette, que je souhaitais conserver le carton, que la laine de pierre n’est pas à jeter et que le sac était encore loin d’avoir pleinement rendu service.
Sa décision indiscutable de ne pas me laisser entrer sur le territoire « juste pour faire quelques courses »
Sa grande générosité de me faire cadeau des 150 Euros d’amende qu’il aurait pu s’il avait été dans un mauvais jour me facturer pour pareille “infraction“.
Mon vif témoignage de désappointement souligné d’un regard noir animé de rafales d’éclairs électriques.
J’ai donc obtempéré en faisant demi-tour, mais cette fois-ci, en étant certain de m’être démarqué du commun des exportateurs de poubelles et satisfait, d’avoir à mon tour pu être le plus chiant des “touristes“.
A noter pour la petite histoire que je suis finalement quand même allé faire mes courses à l’endroit prévu en sélectionnant un poste de douane alternatif, nettement plus pacifique et que plusieurs semaines après le déroulement de la phase #1 de l’opération, le chargement décrit ci-dessus n’a toujours pas été déchargé nulle part sur la surface de la planète.
J’ai conclu au moment du débriefing de cette phase #1 de l’opération Helmut, qu’elle pouvait être couronnée d’un franc succès.
A suivre …
A la fin de cette histoire, je révélerai la localisation
exacte du poste de douane où vous pourrez vous aussi et
à volonté aller vous laisser bassiner par ce fonctionnaire
en mal d'intuition et de courtoisie.
Je l'ai d'ailleurs personnellement et de vive voix informé
lors de mon dernier passage qu'il allait à la perfection
incarner son rôle central dans cette histoire, même si
à mon humble avis, il ne gagnait pas à être connu.
( Il m'a même proposé du papier pour écrire... )
Au fond je crois que ça ne lui a pas trop plu, mais là
c'est un peu à mon tour de me contrefoutre de
tout ce qu'il pourrait bien en penser !
A part ça, depuis que j'ai entrepris d'écrire ce récit,
je n'ai plus du tout les boules ! Et ça n'a même pas
coûté une blinde en honoraires de consultations.
Mais je vais quand même encore m'accorder une petite
journée "wellness"pour assurer le coup...