Category Archives: Déballages (poésie modeste)
Le vertige du perchoir
Tout petit déjà, je me voyais tout en haut
Je voulais devenir le plus grand, le plus fort !
Comme tout le monde, j’ai grandi et me suis construit
Suis parti apprendre les ficelles d’un métier prometteur.
Ensuite un à un, j’ai gravi tous les échelons
Et parfois j’ai vraiment dû m’accrocher ferme
Redoubler de prudence, pour ne pas tomber de haut
Me permettant d’actionner tous les pistons nécessaires
Pour grimper encore j’avoue m’être appuyé sur quelques leviers
Me suis trop souvent déchargé sur des collègues
Ai utilisé des arguments de poids pour les impressionner
Tout en essayant de ne jamais écraser personne !
Aujourd’hui je suis celui qui manipule tout d’en haut
Je suis le grutier qui petit déjà voulait aller effleurer le ciel
C’est moi qu’on charge des travaux délicats et lourds
C’est moi qui suis fièrement perché au sommet de ma tour
A la conquête d’un monde inexploré
J’ai bâti des ouvrages
Ai percé des galeries
Traversé des marécages
Bravé des intempéries
Escaladé des sommets
Trimballé des fardeaux
J’ai exploré le cœur des forêts
Usé bon nombre de godillots
J’ai navigué dans la tempête
Ai étanché une soif de conquêtes
Combattu de vilains stratèges
Evité embûches et pièges
J’ai esquivé des menaces
Ai renforcé ma cuirasse
Bien sûr, parfois je me suis égaré
Me suis senti épuisé et désorienté
Me suis résigné à battre en retraite
Ai du accepter quelques défaites
J’ai du déposer bravoure, bouclier et armes
Ai abandonné mes yeux noyés dans les larmes
Et le lendemain, redressé comme par miracle
Je contourne encore des obstacles !
J’affronte sans peur des démons imaginaires
Cultive une parcelle de richesse sur cette terre…
( image ci dessus piquée ou vous savez puis modifiée par qui vous savez )
Pieds et poings déliés
Sur les trop étroits sentiers de naguère,
Où je ne poursuivais qu’un combat solitaire,
J’en ai bavé des ronds de chapeau,
Et le vase à débordé de plus d’une goutte d’eau !
Ce n’était plus que pathétique fuite en avant,
Et voguait la galère, à contre-courant.
Mais désormais je marche sur la bonne voie,
Je me suis délesté d’un grand poids.
J’ai jeté aux orties mon balancier d’équilibre,
Posé pieds sur terre, commencé un nouveau livre,
Mon regard fixé droit dans les yeux de l’avenir
J’avance pas à pas, rien ne sert de courir.
Je suis mon tout petit bonhomme de chemin,
Avec mes gros sabots qui ne reculent devant rien.
Ma voie royale est tracée à l’encre bleue,
Et je pars y user mes bottes de sept lieues,
Avant de me reposer bien au chaud dans mes pantoufles,
Juste le temps de reprendre mon souffle.
Aujourd’hui, je préfère danser pieds nus sur la braise,
Que rester immobile sur le fil, le cul entre deux chaises…
L’insignifiante méditation bleue
On me dit parfois un peu flâneur et fleur bleue,
Et si je ne m’ouvre plus que pour attraper la lumière…
J’atteindrai encore le plus fin de ton odorat et captiverai tes yeux !
Puis je me fanerai quand s’allongera l’ombre sur la terre,
A quoi bon vouloir tant briller, se flatter, puis finir par passer aux aveux ?
Et confesser ces circonstances où l’on a confondu l’art et la manière !
On me dit parfois un peu flâneur et fleur bleue,
Et si je ne m’ouvre plus que pour boire dans ta rivière…
J’envahirai encore ta salive et bouterai à tes oreilles le feu !
Puis je me défraichirai quand se rependra la pénombre lunaire,
A quoi bon vouloir tant échanger, s’encenser, et finir par quitter les lieux ?
Verser des larmes de rosée pour avoir égaré de nombreux repères !
On me dit parfois un peu flâneur et fleur bleue,
Et si je ne m’ouvre plus que pour déposer un baiser sur ta chair…
J’inonderai encore de ma sueur ton corps généreux !
Puis je me ternirai quand sonnera une trêve dans ce plaisir de plaire,
A quoi bon vouloir tant s’aimer, se glorifier, craindre de finir malheureux ?
Crier dans la nuit pour calmer la morsure d’une douleur partenaire !
la prison dorée
Pauvre petite bulle d’air
Te voilà enveloppée et prisonnière
Cellule d’ambre dorée pour jolie petite sphère
Tout ton oxygène le piège a recouvert
Pour te noyer au cœur de la matière
Sans même que tu ne joues la fille de l’air
Ne te respirera plus jamais personne
Ne virevolteras plus par vent d’automne
J’espère qu’un jour tu me pardonnes
De t’avoir entraîné vers cette souricière
De laquelle je voudrais tenter de t’extraire
Te libérer pour que tu rejoignes ton atmosphère…
Quand je t’aperçois immobile juste là au travers
Je pourrais presque te caresser entre les barrières
Je voudrais pouvoir briser l’éclat de ta cage de verre
Pulvériser cette vitrine pour tout l’or de la terre
Te revoir libre comme l’air, échappée de cet enfer…
L’invraisemblable destinée d’Ordinaryman
Ce gars comme il faut, d’un geste arracha ce masque qui lui irritait les yeux Et le jour suivant il cessa également d’engloutir ses fortifiants et ses calmants !
Ce citoyen sans histoires décida sans aviser quiconque de devenir un sale con Le jour même il jeta aux flammes le fameux guide du gentilhomme respectable
Ce bougre bien sous tous rapports entama alors une fort douloureuse mutation Et le jour suivant il s’autoproclama empereur des couillons, roi des instables
L’individu cessa d’offrir des bouquets, tua sa spontanée frénésie de compassion Au petit jour, il se levait désormais pour tout contester et déclencher des rébellions !
Le trublion repoussa sa frontière de décence et opposa ses plus vives réactions Et le jour suivant il supprima sa loi l’obligeant à toujours fournir des explications…








