Méfiance, méfiance !
Je suis très méfiant. J’ai peur de l’inconnu et je crains les gens.
J’aime avoir le contrôle, la maîtrise des événements…
D’ailleurs je ne me rends à aucun mariage ni à aucun enterrement.
Je reste terré chez moi pour éviter tout risque d’accident
Je suis très prudent. J’ai peur de la vitesse et je crains les vents
Jamais je ne prends la parole, j’aime savoir ce qui m’attend
Je préfère garder mes distances et agir calmement
Je suis asocial, renfermé et plus personne ne me comprend
Hier encore lors de ma dernière psychanalyse
Il m’a dit qu’il serait grand temps de boucler mes valises
Et de partir à l’aventure du côté de Venise
Qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise
Alors j’ai empoigné à deux mains le restant de mon courage
J’ai décidé soudainement de tourner une page
J’ai démoli pierre par pierre le mur qui faisait barrage
Et je n’ai pas emporté de méfiance dans mes bagages
A la gare j’ai décidé de retrouver le sourire
Puis j’ai laissé sur le quai le passé qui me faisait souffrir
Je suis monté dans le train en partance pour l’avenir
Et pour une fois je n’imaginais plus d’abord le pire…
Salade de fruits et légumes
S’il n’avait pas ramené sa fraise
Et qu’il n’avait pas attrapé le melon
Il ne m’aurait pas pris le chou avec ses salades
S’il ne m’avait pas cassé les noix
Qu’il ne m’aurait pas traité de banane
J’en aurais pas eu gros sur la patate
Au point que je lui balance une pêche en pleine poire
Et lui ratatine la pastèque contre les mûres
L’éclate comme une framboise et lui presse le citron
Maintenant sur le gâteau , voilà que la cerise
C’est ses frais de dentiste qui seront pour ma pomme
Cette histoire me laisse mi-figue mi-raisin
Je me suis juste interposé entre cet haricot et l’ananas
Alors que c’était pas vraiment mes oignons
Je ne faisais que passer par hasard dans le coing
Et je ne pensais pas provoquer une volée de pruneaux
J’ai l’œil gauche comme une orange sanguine
Ca m’apprendra à vouloir, comme une courge
Ainsi maladroitement manier le bâton et la carotte
Et me mêler des histoires de ces deux grandes asperges
A la cervelle de la taille d’un petit pois
A l’avenir je resterai à l’écart, sans bouger comme un légume
Et resterai indifférent aux différents des autres derrière mon jus de fruits
Au lieu de vouloir jouer au justicier médiateur pour pas un radis
Rencontre avec un OGNI (Objet Guidon Non Identifé)
Contrairement à ce que le gouvernement voudrait nous faire croire,
nous ne sommes pas seuls (à être ridicules) dans l’univers !
Selon mes diverses observations d’aujourd’hui,
les bras et les jambes de l’étrange créature venue d’ailleurs
semblent anormalement disproportionnés dans le sens de leur longueur.
(Chaque paire pourtant exactement au nombre de deux unités chacune)
Ce handicap paraît rendre difficiles ses déplacements physiques sur notre planète !
L’entité semble donc devoir utiliser pour se mouvoir, un accessoire roulant
mal adapté dont l’émanation régulière de fortes détonations
augurent d’une technologie, qui ne serait finalement
pas à ce point en avance sur la notre…
Un petit tour sur le manège de Montmartre
Vent d’ange
Sculpture imposante
A fleur de crapaud
Quand je n’étais encore qu’un brave petit têtard,
Je n’imaginais pas une seconde qu’au delà de mon nénuphar,
A l’autre bout de mon marécage sur la rive de la grande mare
Attiré par le parfum de la fleur inconnue en goûtant au fruit du hasard
Comme si j’étais subitement devenu le plus chanceux des veinards
Un jour plus rien ne me paraîtrait étrange, inquiétant ou bizarre…
Je ne ressens presque plus de peurs
Sans doute par la magie du bonheur
Haut les masques !
Viens vite me réchauffer, ô rayon de soleil…
Coup de chaleur sur la banquise
L’autre soir, nous avons eu la visite de deux beaux pingouins tendance chelou.
Un apprenti pingouin accompagné d’un maître pingouin dont le rôle principal était surtout de rassurer le novice, par exemple, lorsqu’il s’étranglait un peu trop dans sa vilaine cravate trop serrée…
Ces deux oiseaux pas tout lisses représentaient fièrement un catalogue par correspondance, dans lequel ils proposaient un parachutage régulier sur site de lectures pour nos longues soirées d’hiver. (Vous savez, avec en principe une obligation d’acquérir un bouquin au moins tous les trois mois, pour au moins ne jamais oublier qu’on a un jour dans le passé, appris à lire…)
Bravant les éléments, la nuit polaire, le froid glacial, ils se sont gentiment déplacés jusqu’aux portes de notre igloo. Aucune idée, de l’endroit où ils avaient bien pu parquer leur brise-glace ou leur traineau dans le quartier.
Selon leurs dires, mon esquimaude adorée serait une de leurs adhérentes*, et ce, de si longue date que ça méritait largement une discussion à bâtons rompus, sans capuchons, ni moufles, au coin du feu !
Ces pingouins avaient une multitude de questions à poser à leur fidèle adhérente, probablement dans le but de la satisfaire de leurs belles impressions, durant tout le prochain siècle.
A un moment, au cours du bien éprouvant questionnaire, ils lui ont demandé ce qu’ils pouvaient améliorer dans leurs prestations de services.
A ceci elle a répondu avec une bien belle politesse, qu’ils devraient commencer par changer leur méthode largement trop insistante, envahissante et suspecte d’approche de leurs clients…
Malgré la clarté cristalline de sa réponse et la fraîcheur soudaine du climat, les deux manchots n’ont même pas fait mine de la moindre hésitation dans le sens d’un repli d’intelligence. Les cours intensifs de vente agressive et de psychologie du pigeon royal moyen qu’ils avaient suivis avec l’intérêt qui s’impose, ne faisait sans doute pas référence à ce genre de réaction un rien échauffée, d’une pourtant si fidèle adhérente.
Alors, comme s’ils avaient abusé du suçotage de glaçons aromatisés de perspectives de succès, ou passé toutes leurs dernières vacances dans le bac de congélation rapide de leur bahut, ils ont froidement continué leur blabla selon le schéma inculqué par les grands initiés…
A un moment donné, leur insistance à vouloir à tout prix intéressant vendre l’intégrale d’Alexandre Dumas à ma chérie visiblement fatiguée d’être prise pour une bille, dépassait de loin les règles de base de la bienséance en société.
Alors je me suis dressé de toute ma hauteur, tel l’ours bipolaire que je suis, projetant une ombre menaçante sur les murs de notre igloo, et leur ai indiqué la marche de l’empereur à suivre :
– Ramassez votre bazar et puis dehors ! Là, vous allez partir faire votre baratin sur une autre banquise !
L’apprenti pingouin est resté figé comme s’il avait soudain manqué d’un apport d’antigel.
Et le maître pingouin avec un aplomb hallucinant, semblait lui, encore vouloir argumenter que c’était bien l’adhérente (et non son pâle ourson ci-joint) qui devait décider de leur départ pour d’autres arnaques…
Je suis contre le massacre des bébés-phoques, mais au juste, qu’en est-il de l’éradication des pingouins crétins ?
Enfin, une fois leurs palmes jaunies plantées dans la neige d’une plaque de glace à la dérive sur l’océan, maître pingouin a ajouté dans un dernier élan historique « Vous ne devriez pas ainsi vous couper du monde… »
(Relisez cette toute dernière phrase et rajoutez simplement un effet d’écho nocturne qui s’éloigne, ça le fera, je pense)
Ah ben merde alors, une fois de plus, je me suis emporté : Le monde alors, c’était eux ?
*Adhérente = Cliente jugée captive qui ne souhaite pas fuir la société de consommation
Waterproof
Je me baigne dans le bonheur alors que je ne sais pas nager
Plonge la tête la première dans un océan de plaisirs déchaîné
Coule des jours heureux, par les tumultes des flots, me laisse emporter
Et noie mes peurs dans les courants de chaque nouvelle marée.
Mais lorsque les larmes du ciel martèlent le pavé
Quand soudain le fond se dérobe et je n’ai plus pied,
D’un coup sec je déploie mon grand parapluie
Et je me réfugie dans ma petite bulle de nostalgie.
Je frôle les murs de la ville déserte tant que s’abat l’averse
Sur moi toutes les calamités du monde se déversent
Les eaux sont troubles et je ne vois plus que gouttes
Qui emplissent à ras bord le réservoir de mes doutes
Elle m’avait dit que les orages je devrais les affronter
Prendre conscience qu’il serait temps de me mouiller
Qu’il n’y a rien de plus rafraîchissant dans la vie
Que de courir au devant d’un torrent de pluie
Nul besoin de grimper au dessus des nuages
Pour échapper à cette crainte obsessionnelle du naufrage
Alors j’embarque quelques bonnes doses d’audace
Et me déleste de cette épaisse et lourde carapace















