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Les Lumières Aveuglantes

Les Lumières Aveuglantes 

 

par SunOf.net


– Bienvenue à l’accueil cher Monsieur. Avant de procéder à votre enregistrement proprement dit, c’est moi qui suis chargée de m’occuper de vous. Détendez-vous, je m’occupe des statistiques d’admission et vais vous poser quelques questions très simples. Ce sera relativement rapide, ne craignez rien : Je dois simplement compléter au moyen de croix, certains champs prévus à cet effet dans le formulaire qui apparaît sur le terminal informatique que voici… La collecte de ces données est anonyme et ne vise que le seul but d’améliorer globalement la qualité de nos services. Etes-vous prêt ?

– Ouais. Bon…  allons-y !

– Question : De quelle manière venez-vous de passer de vie à trépas : Quelques exemples acceptés : maladie, accident, excès de substances, meurtre, autre motif ?

– Alors cochez accident ! Il était tard le soir. Il faisait déjà nuit. Après une longue journée de labeur, je conduisais sur la nationale en direction de mon domicile. Je rédigeais un petit texto/SMS à l’intention de ma compagne pour l’avertir de l’imminence de mon arrivée.  Un petit instant d’inattention je  l’avoue. Je me souviens seulement être entré en collision avec je ne sais quoi … Un autre véhicule peut-être. Je me rappelle qu’il s’en est suivi un profond silence, soudain déchiré par une lumière aveuglante …

– Oui, c’est le signal habituel, la célèbre lumière. Je peux sans doute mettre une croix dans décès par imprudence ?

– Non, parce que la lumière aveuglante, c’était les feux de route de l’ambulance qui arrivait sur les lieux. J’étais dans le coltard, mais au milieu des étoiles, j’ai clairement pu identifier des feux colorés clignotants. A ce moment-là J’étais encore en vie ! Mais c’est con, mon smartphone m’avait échappé des mains lors du choc. J’aurais aimé filmer l’arrivée des secours et mon transfert à l’hôpital. Ça semble incroyable comme ça, mais ça peut faire un véritable buzz en bas monde ce genre de vidéos vous savez !

– Alors vous avez survécu à l’accident ! Je pourrais mettre une croix dans décès suite à un malheureux enchaînement de circonstances ?

– Attendez : Dans l’ambulance j’ai demandé au médecin de bord s’il pouvait nous prendre en selfie avec son téléphone portable et de me l’envoyer par email. C’était seulement dans le but hypothétique  de l’utiliser comme photo de profil sur les réseaux sociaux durant mon séjour à l’hosto. Mais il m’a sèchement répondu qu’il fallait immédiatement que je cesse de bavarder dans mon masque à oxygène si je voulais conserver une infime chance de m’en sortir vivant. A ce moment-là, je me suis dit qu’un tel rabat-joie, j’allais éviter de lui transmettre une demande en ami une fois remis sur pieds. Je ne sais pas s’il m’a administré un calmant ou autre, mais je me suis senti partir dans les vapes sans obtenir la moindre photo souvenir.

– Et c’est à la suite de cette courte agonie délirante, qu’une seconde lumière aveuglante… ?

– Ben non, manque de bol sur ces routes pas très sûres, il a fallu qu’un type au volant de sa grosse berline, qui se disputait, le téléphone à l’oreille, avec un client mécontent, ne soit en mesure de voir arriver notre véhicule prioritaire. Il nous a percutés à un carrefour. J’avais dû reprendre connaissance juste avant le choc afin de pleinement pouvoir en profiter. Etourdis par ce choc, tout le monde semblait se déplacer au ralenti dans des nappes de fumées apocalyptiques. J’ai bien cru que la fameuse invasion des zombies venait juste de débuter ! C’était bien ma veine : Pour une fois que j’étais installé aux premières loges pour réaliser un super clip,  voilà que je me retrouve dépourvu de toute technologie et prisonnier d’une civière !

– Vous cherchez à  me faire croire alors que votre présence ici est due à un mort vivant qui vous aurait dévoré ?  

– Ah mais que nenni ! Parce qu’à ce moment précis, c’est une équipe de secouristes de choc, encadrée de militaires lourdement armés, qui ont fait irruption en glissant du ciel en rappel au bout de cordes : ils ont atomisé les monstres affamés dans un déluge de feu. L’escouade en question une fois le périmètre sécurisé, a escorté chaque victime du second crash en urgence dans un bloc de campagne médicalisé en territoire contrôlé et pacifié. Ils nous ont sortis d’un sacré merdier, je peux vous l’affirmer !

Ensuite dans le but de mesurer mes signes vitaux en prévision de l’arrivée de mon médecin de famille, ils m’ont isolé dans une pièce et m’ont branché sur une console informatisée. La bonne nouvelle c’est qu’il m’ont enfin détaché. Comme je parvenais encore à remuer quelques uns  de mes membres valides, dès qu’ils ont eu le dos tourné, j’ai pu me saisir de la manette de la console et grâce au fait qu’il y avait du réseau public avec un très bon signal WiFi, j’ai pu télécharger à la sauvette une application qui me donnait accès à toutes mes données. C’est en m’enquérant de l’état de mon score et en allant lire mes statistiques que j’ai découvert que je n’avais plus qu’une seule putain de vie en rab : Que cette vie-là était ma seule et toute dernière… Autant vous dire que c’est là que j’ai senti que pour moi ça commençait à sentir le « Game Over » à plein nez ! Tout cela, à cause d’une toute petite seconde d’inattention ! C’était rageant !

Ressasser mon erreur de débutant dans cette partie a fini par tellement me foutre les boules qu’à un moment,  de toutes les forces qui me restaient encore, j’ai balancé nerveusement la manette de contrôle en direction de la console et du moniteur. Et là, il y a eu comme un énorme éclair accompagné d’une pluie d’étincelles. Probablement ce que les électriciens appellent dans leur jargon : un court-circuit. Dans ma colère, j’avais oublié que mes fonctions vitales étaient encore physiquement câblées à cette foutue machine qui partait en flammes et forcément comme c’était mon jour de malchance, je me suis pris plusieurs gros coups de jus jusque dans les tripes.

– Mais c’est à ce moment-là qu’une fois de plus et comme par miracle, quelque chose a empêché notre signal lumineux de vous aveugler ?

– Ah mais non ! Le signal clairement aveuglant dont vous me parliez là, je l’ai vu et bien vu.

– Alors finalement, dois-je mettre la croix dans décès par électrocution ?

– Bon, allez vendu ! Si c’est juste pour des statistiques à la con, on ne va pas y passer la semaine ! Votre patron de toute manière ne prendra probablement pas la peine d’en lire les résultats. Mais dites-moi, entre-nous, sauriez-vous s’il existe une adresse en ligne, où je pourrais m’inscrire pour jouer une nouvelle partie et éventuellement une page ou je pourrais trouver un bon “tuto” avec des tuyaux sérieux qui pourraient me dévoiler des clés implacables pour ne pas claquer bêtement à la première difficulté ? Comprenez, c’est que je ne peux pas me pardonner de ne pas avoir été une lumière sur ce coup là et de devoir abandonner sur un aussi minable score  !

Sopor Culpabilis

sopor culpabilis_sunof.net

– Paul racontez nous donc ! Quelle bonne farce avez-vous commise durant la nuit passée  ?

– Eh bien, pour marquer le coup (car c’était une nuit de pleine lune sans nuages) je me suis introduit aussi discrètement que possible, dans la chambre à coucher du plus grand escroc connu de la planète …

– Intéressant ! Votre souffre-douleur assoupi était-il sur ses gardes et s’est-il réveillé au moment de votre intrusion ?

– Il n’a pas agité le moindre cil. Il roupillait tel le bienheureux ! J’avais été briefé que celui-là, rien ou presque ne l’empêcherait de pioncer comme une souche.

– Et quelle fût alors la nature du bon tour que vous lui avez joué ?

– J’ai commencé par réveiller sa conscience mais uniquement celle-ci. Croyez-moi, ce ne fût pas chose aisée, puisqu’elle était profondément endormie ! Et ce depuis plusieurs dizaines d’années,  …

– Vous n’avez pas fait dans la dentelle Paul !

– Vous imaginez l’affreux cauchemar qu’il a fait : de toute sa vie, c’était probablement le tout premier de cette ampleur. Il s’est vite trouvé très agité et prisonnier de ses draps. Imaginez, il s’est même mis à parler durant son sommeil, lui, réputé être l’un des filous les plus taiseux. Mon canular nocturne a dû sensiblement le changer de ces rêves de splendeur, de pouvoir et de puissance dont il était coutumier.

– Je dois avouer que vous vous êtes dépassé Paul. Continuez, nous sommes impatients de découvrir la suite de ce récit …

– Je crains fort que dans son délire, il n’ait dû revoir en personne de nombreux revenants truandés, quantité de spectres vengeurs, pléthore d’ombres glaçantes. C’est là que comme souvent, sa conscience a tenté de réveiller sa colère, dans le but de se décharger sur elle de toutes ses hantises. Mais je suis intervenu à temps et ai pu bloquer le processus de transfert !

– Vous maîtrisez parfaitement votre sujet Paul. Bravo ! Je vous félicite !

– Merci Maître ! Se voyant pressée de toute part, sa conscience a ensuite cherché à réveiller l’agressivité. L’expression faciale de l’ensommeillé s’est considérablement durcie. Mais pas la moindre trace de regrets ni de remords a témoigner aux visiteurs de son rêve. Alors, j’ai réveillé un à un quelques souvenirs de ses plus vilaines actions passées, ai ré-intensifié de vieilles amertumes, ai agité une belle série de ses casseroles ! Ce qui a du produire un tintamarre assourdissant dans sa tête ! A ce moment-là, j’ai constaté une légère surchauffe de sa conscience, qui n’a plus trouvé d’autre alternative que d’entreprendre de réveiller les glandes lacrymales…

– Vous voulez dire que vous vous êtes attribué le mandat de faire se larmoyer de culpabilité le plus grand escroc de la planète ? Nous en sommes très impressionnés Paul !

C’est bien cela Maître! Et pour finir je me suis dirigé vers la porte de la pièce, l’ai ouverte, ai claqué des doigts pour que le cauchemardeur se réveille bien en sueur. J’ai à haute et intelligible voix éclaté d’un rire angoissant* pour être bien certain qu’il m’entende avant de claquer la porte de sa chambre à coucher et disparaître dans la nuit comme si je n’avais jamais existé !

– Eh bien Paul, reste à espérer que le sujet ait su apprécier cette bonne farce autant que nous et qu’il en gardera comme nous un très bon souvenir !

..

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* Ecoute en exclusivité le rire angoissant* de Paul :

Le rire angoissant*

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[ n.d.l.r. ] L’auteur n’a jamais suivi une seule leçon de latin et ne connaît personne dans son entourage qui soit de langue maternelle latine. Ce titre là-haut est uniquement supposé faire intello…

Chemical Friends

Bonsoir cerbère !

Bonsoir Monsieur, pouvez-vous

me présenter votre invitation ?

La voici ! Je me nomme Calmant.

Oui, vous êtes bien sur la liste. Et vous êtes attendu !

Le maître des lieux est un peu anxieux en ce moment,

 Entrez vite le rejoindre, lui et les autres convives,

Allez prendre une coupe de champagne au bar !

 

Merci mais sans façons pour la coupe. L’alcool et moi

ne faisons pas bon ménage ! Je ne suis pas venu seul.

Je suis accompagné de Clémence et de Constance !

Elles sont chargées de contenir les indésirables

comme les effets secondaires par exemple !

 

Alors bienvenue à vous aussi Mesdames!

Entrez vite !

J’espère que vous apprécierez le festin.

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Bonsoir vigile ! Mon nom est Aspirine Antidouleur. Depuis notre dernière rencontre,

J’étais dans l’impatience de pouvoir festoyer à nouveau dans l’une de vos soirées cocktail !

 

Mais vous êtes toujours notre invité spécial, Sire,

Sans doute avez-vous remarqué le slogan sur

le carton d’invitation: Ca va faire mal ce soir !

Venez, Migraine que voici, va vous escorter

à votre table. Vous n’allez pas être déçu !

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Bonsoir surveillant, je suis madame Pilule, et…

Madaaa…me Piiii…luuuu….le. Bizarre, je ne trouve

pas votre nom sur mon ordonnance !

C’est certainement parce Je suis invitée à d’autres festivités, pas très loin d’ici.

Ce sont des amis qui m’ont chargée de passer vous dire que

malheureusement, ils ne pourront se joindre, à la présente célébration,

qu’en toute fin de soirée. Durant l’after je crois.

Ils répondent aux patronymes de Seltzer et Rennie.

Il seront juste en retard ! Il ne faudra pas vous inquiéter !

Eh bien chère Madame, je vous remercie d’avoir pris la peine

de nous en avertir. J’en prends bonne note !

Au plaisir de vous revoir bientôt !

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Bonsoir portier, veuillez m’annoncer : Lord Paracétamol !

Palsambleu ! Je n’aurais raté cette sauterie pour rien au monde !

Bienvenue Messire ! Nous vous savions

grand amateur d’ambiances fiévreuses.

Et c’est un honneur de vous savoir parmi nous.

Entrez donc et laissez-nous vous divertir !

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Holà garde ! Mais quel est donc la raison

de tout ce fichu remue-ménage ?

Laissez-moi passer !

 

Bonsoir Maître Somnifère ! Vous n’avez pas été invité

et m’en voyez désolé. Car ce soir nous faisons grand tapage.

Le maître des lieux, avec vous, m’a chargé

Avant tout, d’entretenir des rapports de bon voisinage !

J’espère que tout cela ne vous empêchera pas le sommeil, de trouver !

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Bonsoir, j’ai vu de la lumière, je passais par là par hasard !

Je ne suis pas en possession d’une invitation,

En guise de sésame, puis-je simplement vous promettre d’être sage ?

 

Allons donc, je ne vous laisserai pas croire

que je ne vous ai pas reconnu mon très cher Viagra.

Si c’est encore pour importuner nos invitées

en leur faisant la cour

Je ne pourrai pas vous laisser

entrer comme cela !

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Medical Cocktail

Cueilli au vol avec délicatesse

Le roi du Blues fb

– C’est la première fois que vous venez nous voir ici dans nos bureaux ?

– Oui, je ne sais pas comment ça se passe, mais vous allez certainement me guider un peu …

– Bien, alors commençons : Si vous êtes un gros bosseur, efficace, organisé et résistant au stress, je peux vous proposer un poste de fourmi. C’est situé en bas de l’échelle : un poste d’ouvrier subalterne. Mais si vous appréciez les voyages, cette mission inclus de très nombreux déplacements …

– Hé bien, en tant qu’être humain déjà, j’étais plutôt cigale, alors je crains que je ne me sente à contre-emploi. Et j’avoue que l’idée de devoir me fondre dans la frénésie d’une fourmilière, ne me tente pas plus que cela.

– Je comprends, mais malheureusement en ce moment, on ne recrute pas de cigales. C’est plutôt un job temporaire d’été, vous savez !

– Tant pis. Et quelles autres carrières pouvez-vous me proposer ?

– Voyons… Vous vous sentiriez plutôt pelage, plumage ou couvert d’écailles ? Plutôt grand prédateur, proie discrète, imposant ou minuscule, volant ou rampant ? Attendez, je viens de tomber sur un poste de zèbre à pourvoir immédiatement. Il vous tenterait ?

– Alors oui zèbre j’aime bien. A part pour l’uniforme. Je crains qu’il soit un peu trop voyant pour que je me sente à l’aise, rapport au type de personnalité que j’ai acquise lors de mon expérience précédente.  J’avoue que je n’aurais rien contre un minimum de mimétisme dans mes nouvelles fonctions !

– Hé bien, je constate que ça ne va pas être simple de vous réincarner hahaha, mais notre service est là pour ça et nous y consacrerons le temps qu’il faudra. Poursuivons… Alors… Voyons… Au département carnivores, ils cherchent des assistants avec beaucoup de mordant, mais ils embauchent plutôt des jeunes qui ont les dents longues. Il y a aussi de belles opportunités dans les zoos, des postes à long terme, vous seriez nourri, logé et soigné, si bien entendu, vous vous sentez prêt, à endosser une activité quotidienne offrant peu de libertés et qui implique de continuer à entretenir des contacts régulier avec vos ex- congénères du sommet de la chaine alimentaire… Ah ! Si vous êtes en possession d’un brevet de plongée et avez une licence de pêche, nous sommes aussi à la recherche d’un martin-pêcheur. Une activité motivante avec de grosses responsabilité, et puis…

– Oh mais.. veuillez me pardonner de vous couper la parole, il me vient subitement une idée : une opportunité en tant que chenille vous auriez ça dans vos fichiers ? Je me souviens que sous ma forme humaine déjà, j’avais apprécié de me retirer dans un cocon pour me consacrer à la gestion d’un projet ambitieux, une métamorphose…

– Vous avez de la chance, nous avons justement ici une annonce parue ce matin même. Un instant, je consulte les détails du profil demandé : Alors… personnalité de terrain, esprit d’entreprise, grande souplesse, goût pour la légèreté, capacité à se laisser ballotter dans tous les sens, bonne tolérance aux changements fréquents de direction… Ah et notez qu’une préférence sera accordée au candidat qui montrera de réelles aptitudes à utiliser le minimum de raccourcis et de lignes droites pour relier deux points…

– Mais dites-moi, ce descriptif me semble avoir été rédigé sur mesure ! Y a-t-il des risques inhérents à cette profession  ?

– Bah, tout au plus à être cueilli au vol avec délicatesse puis épinglé dans la vitrine d’un collectionneur. Mais à ce moment-là, revenez me voir ici. Nous dénicherons ensemble une autre affectation pour vous,  et des plus épanouissantes, je peux vous le promettre.

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Si vous souhaitez soutenir l’artiste qui a réalisé la magnifique aquarelle du martin-pêcheur et qui a édité un ouvrage écrit par une de ses amies et illustré par elle, rendez vous sur le lien suivant  : aqualowe.ch
Merci et à bientôt !

Une dent contre moi

une dent contre moi_sunof.net

– Non mais admets le carrément, que tu as une dent contre moi !

– D’accord ! Alors puisqu’on en est là, je te le déclare aussi sec  : Carrément !

– Ben…  Je t’écoute : Carrément quoi ? Allons, précise le fond de ta pensée…

– Eh bien, juste caaarrrrrément, comme ça se prononce, en quatorze lettres …

 

Surtout n’arrête pas ton cirque !

 Ce soir Monsieur Loyal porte encore son plus beau sourire,

Il est au centre de la piste, pour nous servir !

Mesdames, Messieurs, avez-vous apprécié notre spectacle ?

Avez-vous savouré chaque arôme, chaque parfum de ce miracle ?

Ne vous a t’il pas fallu moins d’une fraction de seconde,

 Pour vous détacher de votre parfois bien triste monde ?

Avez-vous laissé s’écouler chaque perle d’émotion ?

Avez-vous au fond de vous pu retrouver, votre âme d’enfant ?

Duel intergénérationnel

Palsambleu , mais quelle froissante outrecuidance et quel toupet ! Vous fîtes là, fi de toute convenance ! Vous salissâtes mon honneur en me qualifiant ainsi de vil bourgeois paresseux ! Diantre , nonobstant votre audace de grossier et arrogant freluquet , j’exige cinglante réparation et ceci dès l’aube dans le sous-bois, près du vieux moulin. Je vous laisse le choix des armes , l’épée, le mousquet ou même la pétoire ! Préparez-vous à expier votre affront dans de dantesques conditions !

Ou alors, faites dans l’heure amende honorable en bonne et due forme à la taverne devant un ou deux bols d’hydromel… Cherchons des solutions pour mieux nous comprendre et nous respecter malgré nos différences.

Je saurai devant de vertueux remords me profiler gentilhomme et passerai l’éponge ruisselante sur l’ardoise de mes reproches à votre égard…

Ok, tope là mec, t’as mille fois raison là-dessus, on ne va pas chipoter comme deux connards et s’exploser la tronche et se niquer la  life ! On va se prendre une bonne biture au troquet en se taillant une bonne grosse bavette et on enterre le conflit. De toute façon tu vois,  je ne dispose d’aucune arme et je n’ai pas de port d’arme pour un vrai flingue.

Par contre chez moi , j’ai une console avec un jeu de baston assez réaliste et si ça te branche , je te propose tout d’abord un bon petit duel à la manette ! C’est le perdant qui payera les deux premières tournées , ça roule pour toi comme ça mon vieux ?

 

La touche du chef

– Allo ? Bonjour ! J’ai un gros problème avec l’un de vos produits

– Bonjour cher client ! Pour parler à l’un de nos chefs de produit, tapez le 1 !

– Mon automobile toute neuve est subitement tombée en panne et j’ai du l’abandonner près d’un chantier

– Pour communiquer avec l’un de nos chefs de chantier, tapez le 2 !

– De plus je n’ai pas pu faire autrement que la garer en double file….

– Pour papoter avec l’un de nos chefs de file, tapez le 3 !

– Il se pourrait que le joint de culasse soit en mauvais état

– Pour bavarder avec un chef d’Etat, tapez le 4 !

– Heu rassurez-moi, le service après-vente, c’est bien votre rayon ?

– Pour palabrer avec l’un de nos chefs de rayon, tapez le 5 !

– Vous allez bien m’envoyer l’un de vos spécialistes en mission ?

– Pour jaboter avec l’un de nos chefs de mission, tapez le 6 !

– Pour moi l’essentiel c’est que je puisse rouler, le reste c’est votre cuisine interne !

– Pour discourir avec l’un de nos chefs de cuisine, tapez le 7

– Sinon j’exigerai d’être remboursé, et votre poubelle peu fiable là, je vous la rends !

– Pour babiller avec l’un de nos chefs de rang, tapez le 8

– Dites, m’envoyer une dépanneuse est bel et bien dans vos projets immédiats ?

– Pour jacasser avec l’un de nos chefs de projet, tapez le 9 !

– Vous ne pourriez pas me passer un collaborateur qui bosse à l’atelier plutôt que me proposer l’un de vos nombreux chefs là ?

– Pour tout autre brin de causette, tapez le zéro et attendez qu’un chef d’atelier veuille bien intercepter cette communication…

Sang dessus-dessous

Pierre Auguste Renoir           Les amoureux

 

– Oh bonjour Monsieur Globule…

 

– Bien le bonjour à vous, madame Plaquette !

 

– Monsieur Globule, je suis inquiète : Vous m’avez l’air très fatigué aujourd’hui ! Racontez-moi vite ! Comment s’est elle passée cette journée ?

 

– Eh bien normalement je suis tenu au secret professionnel mais voilà je vous le confie quand même, parce que c’est vous, mais ne répétez ceci à quiconque… ON a commencé la journée par faire l’amour !!!

 

– Oh, je trouve que c’est une particulièrement bonne manière de débuter une journée !!! Vous devriez arborer une mine radieuse !

 

– Je vous l’accorde. Mais voyez-vous, pour commencer il a fallu faire appel à d’importants renforts pour approvisionner un corps caverneux, et ce imaginez le, dès les prémices du réveil.

A peine tiré sans sommation d’un rêve paisible, comme j’étais de garde, j’ai du immédiatement courir à destination d’où vous savez, sur les lieux même de l’opération, pour renforcer les besoins en afflux !

Et puis vous me connaissez de réputation, je ne me laisse pas coaguler dans mon coin. J’aime le travail bien fait et voyage volontiers là où c’est chaud et où il y a des festivités au programme !

Et dans le genre d’alerte en question, l’union fait la force, chacun doit y mettre du sien conformément au consignes de l’organisation. On ne peut pas se permettre une débandade !

 

– Une fort belle intervention à en juger par votre palpitant récit ! ! Et quelle fût alors la suite du programme ?

 

-Une pause café. Le remuant liquide fût servi sous une forme très concentrée et sur un plateau sur les lieux même de l’enthousiasme.

ON est resté dans de beaux draps, bien froissés ! De quoi nous faire un sang d’encre quant à la suite des réjouissances !

Bien entendu, les battements ont repris de plus belle et dans les vaisseaux, nous avons tous été sévèrement secoués par vagues successives.

Bien accrochés, nous avons attendu une accalmie et … contre toute attente, sans ne pouvoir nous accorder aucun répit, nous avons immédiatement été remis à rude contribution…

C’était bien notre veine, si je puis me permettre une petite facétie !

 

– Ah que s’est il passé, ON a enchaîné avec une seconde tasse d’espresso ?

 

– Non ! ON a encore fait l’amour !

 

– Oh mais ON semble tenir une forme éblouissante dites moi ! J’imagine sans peine que vous vous apprêtiez à vivre une de ces trop rares mais intenses journées à caractère sportif ?

 

-Bah non quand ON se rencontre, c’est presque chaque fois pareil ! D’abord ON nous fait miroiter une grasse matinée suivie de quelques faiblards élans de tendresse.

ON est sensés se la couler douce, à profiter du repos du guerrier qui revient rompu, de longues croisades…

Il faut comprendre, nous, après avoir entendu dire que certains collègues de la concurrence sont de service de piquet uniquement le samedi et encore, le plus souvent en moyenne un sur trois, les mois de légère élévation de température de l’atmosphère, et nous, qui nous coltinons la circulation au quotidien, nous faufilons difficilement sur les grandes artères, aux heures de pointe, on se sent bien mal lotis  !

Et puis ON croit dur comme fer que l’amour c’est logé en plein dans le cœur. Et qu’il faut absolument accélérer le rythme de ses pulsations en procédant à divers exercices périlleux et forts épuisants pour prouver et maintenir la force de cet amour.

Si ça continue, je ne vais faire qu’un tour, et je vais finir par voir rouge ! J’arrêterai le service de piquet et je demanderai ma mutation, voire ma transfusion au service des transports du système immunitaire.

 

– Oui mais c’est certainement parce qu’ON est du matin ! Au petit jour, ON se sang frais comme une rose, pas encore de trace du moindre signe de risque de défaillance, de fatigue démotivante, dus à une pénible journée…

Tôt le matin, avant d’entrer en scène, le désir de se produire des artistes est intense et fougueux et le funambule est déjà, par nature, fièrement dressé, en parfait équilibre… Et le soir venu, vous êtes tranquille !

 

– Hé bien, par ici notre véritable problème, c’est qu’ON est du matin ET du soir ! Et c’est sans compter que nous espérons tous, afin de minimiser les risques potentiels d’infarctus, que n’ait jamais lieu en plus de cela, une sieste crapuleuse non planifiée !

 

– Oh bon sang, mais alors là, vous êtes carrément surexploités ! Je compatis de suite à votre désarroi !

Mon cher Monsieur Globule, gardez espoir et moi je prierai nuit et jour pour vous et tous vos semblables. Et pour qu’ON aspire à plus de modération et surtout pour qu’ON ne vous mette pas encore plus de pression en vous imposant une substance hyperactive issue d’une petite pilule bleue dont le seul le but est d’intensifier votre productivité !

 

Le bazar des tuyaux

 

 

– Bonjour madame, excusez-moi mais je suis, depuis quelques heures, à la recherche d’un article et il m’est impossible de le trouver.  Pourtant, ce n’est pas faute de le chercher dans tous les recoins de votre boutique, et comprenez-moi, je suis un peu pressé par le temps.

 

– Bonjour Monsieur ! De quel genre d’article s’agit-il exactement?

 

– D’un article du genre sensationnel, voyez-vous, ça serait de préférence pour la une ; pas une simple dissertation destinée à la rubrique des faits divers ou pour les entrefilets des chats et des clefs perdus d’un quotidien ennuyeux. Eventuellement si vous aviez, quelque chose de bien sombre, qui pourrait noircir ma page blanche, vous m’arrangeriez !

 

– Je vois ce qui vous conviendrait Monsieur : Une exclusivité, un scoop en quelque sorte. Je vous demande de patienter un instant j’interroge mon ordinateur pour voir si nous avons encore ce genre d’articles en stock … … …

Non, vous m’en voyez désolé cher client, mais nous avons vendu le dernier papier renversant, que nous avions encore en magasin, ce matin même. Et la prochaine livraison de nouvelles fraîches et cyniques, ça ne sera en principe, que lundi prochain. En ce moment c’est plutôt calme dans ce monde injuste et obscène.

 

– Mais que c’est embêtant cela ! Et des photographies choquantes de célébrités en mauvaises postures, des prises de vues scandaleuses ou embarrassantes, vous en avez encore en rayon ? Je pourrai toujours broder un tantinet au niveau éditorial, entre nous, j’avoue que j’en ai maintenant plus ou moins pris l’habitude.

 

– Oui là vous tombez bien ! Nous avons en promotion des images d’une jeune chanteuse considérablement éméchée et pas du tout à son avantage sortant d’une boîte de nuit et il nous reste aussi, entre autres, celles d’un acteur qui casse la gueule à un paparazzo sur un parking. Voulez-vous que je vous imprime la liste de prix et le détail des arrangements que nous avons conclus avec les intéressés en mal de popularité ?

 

– J’hésite, votre offre est alléchante, mais je crois finalement que je vais d’abord essayer de contacter mes autres fournisseurs de sensationnel. J’espère que d’ici à ce que nous mettions sous presse, j’aie encore un événement croustillant, un malheur de dernière minute ou un rebondissement quelconque à me mettre sous la plume, que je puisse encore pondre, dans l’urgence, un chapitre scabreux là-dessus. En attendant, à vous, je souhaite encore une bonne journée Madame…

 

 

Entretien au comptoir du « Glue Bar »

–          Garçon, s’il vous plaît servez moi vite un Scotch, frais mais sans glaçons !

 

–          C’est un club privé ici Monsieur, seriez-vous un nouvel adhérent ?

 

–          Non, mais je vous assure que déshydraté, je peux être un sacré port de colle !

 

–          C’est ce que j’ai pensé lorsque vous vous êtes collé au bar et ça se devine aisément au timbre de votre voix! Pas besoin même, de coller une oreille au dos de celui-ci d’ailleurs !

 

–          En effet, je suis l’un de ces clients qui, lorsqu’il a soif, peux se montrer collant. Inutile de me laisser sécher bien longtemps. Je m’agrippe immédiatement au moindre contact à même la matière, on me dit vite appliqué et « à prise rapide » …

 

–          Je vois et à part ça, que faites-vous dans la vie, vous faites aussi dans la bande adhésive, avec une troupe d’amis par exemple ?

 

–          Vous n’y êtes pas, je suis un pilote d’essai tout ce qu’il y a de solitaire. Et ce n’est qu’une fois désaltéré que je décolle…

 

Non mais il lui manque une case ?

-Si tu veux mon avis, nous ne sommes tous que des pions , et on on ne pourra rien y changer…

– Mais cesse donc de négativiser mon ami et soyons fous ! Allons tenter de tirer notre épingle du jeu là bas tout au fond…